« J’enterrais mes chats dans un carton, alors j’ai décidé de faire la même chose pour les humains ». Voilà comment le concept de cercueil en carton-cellulose a fleuri dans l’esprit de Georges Braissant au début des années 1990. « Il faut bien protéger notre environnement d’une manière ou d’une autre ! », s’exclame ce retraité, habitant à Saint-Martin-en-Bresse (Saône-et-Loire). Pour lui, pas de doute : le cercueil en cellulose constitue une excellente alternative au cercueil traditionnel, tant d’un point de vue écologique qu’économique.
Fabriqué à partir d’un mélange de kraft (fibre vierge) et de papier recyclé et assemblé grâce à de la colle à base d’amidon de pomme de terre ou de maïs, le cercueil en cellulose ne présente aucun effet toxique sur l’environnement. Comme quoi, même dans la mort, il est possible d'être respectueux de l'environnement... Homologué par le ministère de la Santé depuis 1998, ce produit peut être utilisé lors d’obsèques. Il commence aujourd’hui à se démocratiser, après 20 ans de relatif anonymat.

Un marché « confidentiel »
Son prix y est sans doute pour quelque chose. «46 euros en sortie d'usine», avance son inventeur, qui achète en gros auprès de cartonneries pour revendre ensuite à des entreprises de pompes funèbres. Celles-ci sont toutefois encore peu nombreuses à en proposer à la vente, à partir de 480 euros en moyenne. En raison d’un manque à gagner ? «C’est sans doute lié à la filière dans son ensemble, avec des acteurs qui ont l’habitude de travailler avec du bois », analyse Jean-Michel Audivert, directeur commercial chez DS Smith Packaging dans le nord-est de la France. Malgré un « frein psychologique », il constate cependant « un changement rapide de culture chez les particuliers », qui seraient de plus en plus nombreux à se tourner vers le cercueil en cellulose. « Ça reste toutefois un marché confidentiel, on parle en milliers de cercueils ».
Pour en promouvoir la commercialisation, Georges Braissant a lancé en 2012 l’Association cercueil écologique en cellulose, dont il a récemment passé les rênes à Agnès Dione. Installée à Poitiers (Vienne), cette entrepreneure a ouvert en 2019 son entreprise de pompes funèbres écologiques, Accmé, avec pour objectif de « répandre aux Français cette démarche totalement écologique, qui préserve les nappes phréatiques ». Agnès Dione propose par ailleurs une personnalisation de ses produits: colombe, avion de ligne ou encore voiture de course, il y en a pour tous les goûts. « J'essaie également de collaborer avec des artistes-peintres de la région », précise la gérante.
Conçu pour la crémation, un cercueil en carton-cellulose « brûle jusqu’à 30 minutes plus rapidement » qu’un cercueil traditionnel, affirme Agnès Dione, qui s’alarme de voir « disparaître une forêt chaque année pour construire des cercueils en bois ». Bien décidée à s’imposer sur ce marché, elle multiplie les initiatives pour informer la population à ce sujet. Et son prochain projet est déjà dans les cartons : créer un cimetière naturel à Poitiers.




