La ministre déléguée chargée de l’Industrie, Agnès Pannier-Runacher, a rencontré le 14 avril les représentants de six filières industrielles parmi les plus concernées par les hausses de prix et l’allongement des délais d’approvisionnement en matières, matériaux et composants qui affectent la relance de la production. A savoir l'automobile, l'agroalimentaire, le bâtiment, l'électronique, la métallurgie et la chimie. Au sortir de cette rencontre, si le gouvernement souligne des efforts louables pour amortir les tensions, on ne peut que constater que les leviers nationaux manquent face à un dérèglement du commerce international. Du moins dans le délai imparti.
Agnès Pannier-Runacher a détaillé plusieurs mesures pour amoindrir l'impact des tensions sur les approvisionnements. Les efforts sont à la fois administratifs, avec un représentant chargé de remonter tous les cas de tensions à la Direction générale des entreprises, douaniers pour faciliter l'acheminement des conteneurs qui arrivent tout de même, diplomatiques pour maintenir les industriels français en tête de liste sur les carnets d'ordres étrangers et de facilitation du dialogue, pour réduire les tensions entre fournisseurs et clients dans les filières.
Pénurie... de stocks tampons
Trois mois après le plan d'action mis en place pour faire face le moins mal possible à la pénurie de semi-conducteurs, le constat est sans appel. "Le déblocage n'est pas attendu avant la fin de l'année" et compter sur les solidarités dans la filière est chimérique car "l'auto n'a plus aucun stock tampon", a reconnu Agnès Pannier-Runacher devant la presse. La France ne produisant pas les composants dont a besoin son industrie automobile et l'Europe pas beaucoup plus, difficile d'imaginer une solution locale à une pénurie mondiale.

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9 Avril 2026
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Dans les matières premières - intrants chimiques, plastiques, acier, métaux non-ferreux, pâte à papier, coton, bois... - l'horizon est moins désespérément bouché, et une normalisation des livraisons, si ce n'est des prix, est attendue plutôt en fin de premier semestre. Là, des mesures permettront à l'avenir d'atténuer les tensions - comme la couverture de l'écart de prix entre plastique recyclé et vierge dans le plan de relance pour faciliter le démarrage de filières de recyclage ; ou les 273 projets de relocalisation voire de localisation de productions jusque-là inexistantes en France. Cet effort a mobilisé 462 millions d'euros d'argent public, pour des investissements cumulés de 1,8 milliards d'euros qui devraient créer 11 500 emplois et en pérenniser plus de 27 000, a rappelé la ministre.
Enfin, ni la France ni l'Europe n'ont la réponse à la désorganisation actuelle du commerce maritime, dans lequel les conteneurs voyagent beaucoup entre la Chine et les Etats-Unis, dont les économies ont redémarré, et trop peu vers l'Europe. Même si le vieux continent a commencé à se préoccuper de son accès aux matières critiques, une politique de sécurisation des approvisionnements de l'industrie française reste à construire.
Les tensions se répercutent dans les filières
En attendant, les tensions se répercutent dans les filières industrielles, entre la sidérurgie et la métallurgie, entre la pétrochimie et la plasturgie... Surtout lorsque l'amont peut faire jouer des clauses de force majeure qui le protègent de pénalités en cas de retard de livraison, et que les PME en aval restent démunies face à leurs clients, faute de munitions à transformer. Agnès Pannier-Runacher "en appelle à la bienveillance dans les relations contractuelles", rappelant que "l'Etat et les acheteurs publics ont été interpellés pour ne pas appliquer à la lettre les clauses de pénalités en cas de retard dû à des ruptures d'approvisionnement". Mais une PME qui risque la continuité de son activité ou la totalité de ses marges ne reste pas toujours bienveillante avec ses fournisseurs, comme l'ont constaté les journalistes de l'Usine Nouvelle qui ont enquêté sur ces pénuries.



