Une touche de vert dans le bitume. La couleur des routes ne va pas changer, mais leur composition peut évoluer, comme veut le prouver NGE. Ce groupe spécialisé dans le bâtiment et les travaux publics (16 000 personnes, 2,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2022) a développé, pour ses propres besoins, un liant d’enrobage composé de matières biosourcées à hauteur de 25%. «Jusqu’à présent, nous utilisions exclusivement du bitume, une ressource fossile issue du pétrole, facilement disponible. Il s’agit d’un matériau visco-élastique qui a un bon comportement aussi bien à froid qu’à chaud, et son prix est intéressant», rappelle Jérôme Muller, le responsable du laboratoire LC2, le laboratoire central chaussées (LC2) du groupe, à Martignas-sur-Jalle (Gironde).
Pas question de toucher aux caractéristiques de l’enrobé : «On peut faire des matériaux incorporant jusqu’à 100% de matériaux biosourcés, mais nous nous sommes arrêtés à un taux de 25% pour parvenir à un comportement qui se rapproche vraiment du bitume», insiste Jérôme Muller. Objectif affiché, obtenir le même comportement à froid ou à chaud que le bitume routier, avec un fort trafic routier à supporter. Autre prérequis, faciliter la fabrication et l’usage de ce nouveau liant (le liquide mélangé avec les granulats): ni l’usine, ni les machines déployées sur chantier n’ont subi de modifications dans le cadre de la fabrication et des premières applications du Biostar B25, le nom donné à ce nouveau produit. «La seule différence réside dans l’odeur», s’amuse le manager.
Un coproduit issu de l’industrie papetière
Le choix de la matière de substitution s’est porté sur le tallöl, aussi appelé huile de tall, un coproduit de l’industrie papetière obtenu lors de la transformation du pin en pâte à papier (procédé kraft). «Le prix de ce produit reste raisonnable», souffle Jérôme Muller. Habituellement, le tallöl est utilisé en bioraffineries. La Suède, les Etats-Unis, la France (pays d’origine des produits utilisés par NGE, sans données sur l'identité de l’industriel) et l’Autriche en produisent. Le seuil d’incorporation du tallöl à proportion de 25% dans le liant d’enrobage est aussi lié à la disponibilité de ce produit: «Ces coproduits ne remplaceront jamais les 10 millions de tonnes de bitume consommées chaque année en Europe», juge le responsable du labo LC2.
Comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, NGE a fait fabriquer les premières quantités de son nouveau liant au sein de son usine spécialisée, à Brive-la-Gaillarde (Corrèze). La production s’est déroulée en octobre 2022. L’entreprise de BTP estime que le Biostar B25 permet de séquestrer 50 à 100 tonnes d’équivalent CO2 par kilomètre de route. Une mise en application a ensuite été effectuée sur un chantier routier en Isère. «Nos clients, qui sont souvent des donneurs d’ordres publics, doivent être convaincus qu’il n’y a pas de risque», ajoute Jérôme Muller, qui prévoit un deuxième chantier en Nouvelle-Aquitaine. L’enrobé constitué du nouveau liant pourra être recyclé aux mêmes conditions que du bitume classique, assurent ses concepteurs.
Pour l’heure, le coût en sortie d’usine du Biostar B25 est supérieur de 30% à 50% à celui d’un liant classique. A terme, «l’idée est que ce liant reste accessible à tous, malgré son surcoût», anticipe Jérôme Muller.



