La hache de guerre n’est pas encore enterrée. Mais la désescalade se profile dans les tensions commerciales entre l’Europe et les Etats-Unis. Bruxelles et Washington ont décidé de se mettre autour de la table pour régler leur conflit commercial sur l’acier et l’aluminium. Depuis 2018, l’ancien président Donald Trump avait imposé 25 % de droits de douanes sur les importations européennes d’acier et 10 % sur celles d’aluminium, en invoquant la sécurité nationale. Dans un geste de bonne volonté, Bruxelles a aussi renoncé à une nouvelle hausse de droits de douane prévue au 1er juin sur une série de produits américains, qui devait intervenir en rétorsion des surtaxes américaines.
Vers une résolution définitive du conflit Airbus-Boeing
Avant le premier voyage officiel de Joe Biden en Europe et le sommet UE-Etats-Unis du 15 juin, l’Europe veut mettre toutes les chances de son côté pour aplanir à cette occasion ses différends commerciaux avec Washington. Elle a bon espoir aussi d’aboutir sur l’autre grande pomme de discorde transatlantique, encore plus stratégique aux yeux de Paris, à savoir le conflit Airbus-Boeing. Depuis mars, les Etats-Unis et l’Europe ont amorcé une détente là aussi en suspendant pour quatre mois leurs mesures de rétorsion mutuelles. Sur ce dossier interminable qui traîne depuis 17 ans, l’OMC avait autorisé les Etats-Unis à surtaxer 7,5 milliards de dollars d’importations européennes. En sens inverse, l’Europe peut appliquer des droits de douane punitifs sur 4 milliards de dollars d’importations américaines. Une solution doit être impérativement trouvée au 11 juillet, sous peine d’un retour en arrière. "Nous sommes au milieu du gué : le moratoire sur les surtaxes expire dans deux mois. Nous n’avons pas le droit à l’échec ", pointe Franck Riester, le ministre délégué au commerce extérieur. Mais Katherine Tai, la représentante américaine au commerce, qui participe par visioconférence au conseil des ministres des affaires étrangères le 20 mai, estime possible de parvenir à un accord final sur les subventions aux grands constructeurs aéronautiques.
Soulagement pour les exportateurs de vins et spiritueux
Le contexte est porteur. La nouvelle approche de l’administration américaine, plus encline à s’appuyer sur ses alliés européens que sous l'ère Trump, incite Bruxelles à faire preuve de bonne volonté. En pleine flambée des prix mondiaux et des tensions sur les chaînes d’approvisionnement mondiales, les industriels n’ont pas non plus besoin de freins supplémentaires au commerce, sous peine de ralentir la relance. Mieux vaut par ailleurs définir des règles du jeu communes sur le dossier aéronautique, alors que le développement des avions décarbonés va nécessiter d’importantes subventions publiques et que la Chine est en embuscade.
L’armistice commercial devrait être suivi de près par les exportateurs de vins français et de cognac. Le secteur a été l’une des principales victimes collatérales des tensions transatlantiques sur l'aéronautique. En 2020, ses exportations vers les Etats-Unis ont plongé de 18 %, sous l’effet conjugué du Covid et des sanctions. Celles-ci auraient au final coûté 280 millions d’euros d’exportations l’an dernier selon FranceAgrimer.



