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L’Europe, championne dans la production des armes d’escrime

[D'où viennent les objets des sports olympiques ? 1/4] L’Usine Nouvelle se penche la fabrication des armes d’escrime, sport olympique depuis les Jeux d’Athènes en 1896. Plus d'un siècle après, les épées, fleurets et sabres utilisés lors des Jeux de Paris 2024 sont majoritairement produits par des entreprises européennes, à l’image de l’Allemand Allstar, du français Prieur Sports et de l’anglais Leon Paul. Toutes trois se fournissent en lames chez l’entreprise française Blaise Frère, leader mondial dans ce domaine.

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Deux mois avant le début des Jeux Olympiques, les épéistes français Romain Canonne et Alexandre Bardenet sont venus choisir leurs lames à la forge de Blaise Frères, en compagnie du responsable de production adjoint Hugo Cheynet.

Du 27 juillet au 4 août 2024, c’est sous la nef du Grand Palais que les escrimeurs et escrimeuses manieront leurs sabres, fleurets et épées dans l’espoir de remporter une médaille olympique. Les armes qui croiseront le fer cet été viennent majoritairement de fabricants européens comme l’allemand Allstar, le britannique Leon Paul ou le français Prieur Sports installé en Bourgogne-Franche-Comté.

Un processus de fabrication long et complexe

Une épée, un fleuret ou un sabre, c’est d’abord une lame. Celles des sportifs les plus aguerris sont fondues en acier maraging, «plus flexible et plus résistant que l’acier normal», précise Ludovic Lesne, directeur général de Prieur Sports. Installé à Genlis en Côte-d’Or, le groupe ne fabrique pas ses propres lames, mais se fournit chez un producteur ukrainien et chez le français Blaise Frères. Ce dernier domine le marché des lames nues, celles qui ne sont pas encore assemblées avec le reste de l’arme. C’est dans la Loire, au Chambon-Feugerolles, que Blaise Frères les forge.

«La lame nue est conservée telle quelle pour les sabres, mais pas pour les épées et les fleurets», explique le directeur général de Prieur Sports. Pour fabriquer ces deux dernières armes, il faut en effet lui ajouter une tête de pointe et un fil de lame, grâce auxquels un signal électrique est transmis lorsque le bout de l’arme touche l’adversaire. Quand le contact se produit, une ampoule s’allume au bord de la piste, permettant aux arbitres de compter les points. Afin que la lame devienne une arme, il faut également la doter d'une garde pour protéger la main de l’escrimeur, et d'une poignée pour lui permettre de la tenir. Selon Ludovic Lesne, dix minutes suffisent à un bon armurier pour monter une épée, un fleuret ou un sabre.

Des leaders français et européens

Fondé en 1788, Prieur Sports se présente comme la plus ancienne marque d’escrime au monde. Fournisseur officiel de la fédération française d’escrime, le groupe emploie 18 salariés. Selon son directeur général, il s’est imposé comme l’un des leaders du marché grâce à son ancienneté et à la qualité de ses équipements majoritairement produits en France. Il a connu des hauts et des bas, mais il est aujourd’hui en croissance. «Lorsque Prieur Sports a été repris par Didier Contrepoids il y a 14 ans, notre chiffre d’affaires n’était plus que de 200 000 ou 300 000 euros. Depuis, il a été multiplié par dix, et l’entreprise connaît une croissance à deux chiffres depuis six ans !», s’enthousiasme Ludovic Lesne.

Selon son directeur général, Prieur Sports vend environ 1000 armes montées et entre 5000 et 6000 lames seules par an. Leur prix varie selon le type et la qualité de l’arme. «Une épée en acier classique coûte entre 130 et 160 €. Mais si l’arme est montée avec une lame en acier maraging, il faut compter entre 250 et 300 € pour une épée, de 175 à 230 € pour un fleuret et environ 180 € pour un sabre », détaille Ludovic Lesne.

En Europe, son groupe s’ajoute à deux autres grandes entreprises d’armes d’escrime : Leon Paul, dont les sites de production sont basés à Londres, et Allstar, qui fabrique ses armes en Allemagne. «Aujourd’hui, la pratique de l’escrime se développe fortement aux Etats-Unis et en Asie, alors qu’elle se cantonnait pendant de nombreuses années à la vieille Europe», constate Ludovic Lesne. Emergent ainsi de nouveaux marchés pour les fabricants européens, ainsi que pour quelques producteurs chinois.

Mais ces entreprises connaissent aujourd’hui des difficultés d’approvisionnement. L’acier maraging est en effet fortement convoité par le secteur aéronautique, ce qui le rend moins accessible pour fabriquer des lames d’escrime. S’ajoute à cela le conflit russo-ukrainien, qui complique depuis deux ans l’approvisionnement des entreprises en lames russes et ukrainiennes. «Mais je pense que ce contexte géopolitique profite à Blaise Frères», commente Ludovic Lesne.

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