C’est donc oui, mais de manière conditionnelle. Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé, vient d’autoriser, ce 23 mars, le recours à l’hydroxychloroquine pour traiter le Covid-19. Mais uniquement dans les cas de patients "hospitalisés pour une forme sévère, et sur décision collégiale" des équipes médicales hospitalières. En revanche, le ministre, suivant l’avis de son haut conseil scientifique, exclut d’utiliser ce traitement pour le reste des malades. Un décret doit être publié "dans les prochaines heures", selon Olivier Véran, pour "encadrer l’utilisation hors AMM (Autorisation de mise sur le marché) de l’hydroxychloroquine".
Résultats prometteurs mais critiqués
Cette décision fait avancer le débat actuel dans le monde de la recherche et de la santé, entre ceux qui prônent le recours à l’hydroxychloroquine pour traiter le Covid-19, en raison des travaux menés à l’étranger sur la chloroquine et surtout en raison de ceux de Didier Raoult, infectiologue membre du conseil du haut conseil scientifique mis en place par Olivier Véran le 11 mars et directeur de l’institut hospitalo-universitaire Méditerranée Infection. Son étude, qui aurait démontré une véritable efficacité pour le traitement par hydroxychloroquine de patients graves du Covid-19, est critiquée par une partie de la communauté scientifique, notamment car elle n’aurait pas été assez étendue, menée sur seulement une vingtaine de patients.
Hydroxychloroquine, pas chloroquine
L’hydroxychloroquine diffère de la chloroquine. Si le second est un anti-paludique, commercialisé sous le nom Nivaquine et qui pourrait aussi être utilisé dans le traitement du Covid-19, le premier est indiqué en France dans le traitement de maladies articulaires d’origine inflammatoire comme la polyarthrite rhumatoïde, le lupus, ou la prévention des lucites. L’hydroxychloroquine, commercialisé par Sanofi sous le nom Plaquenil, est fabriqué par le laboratoire français dans son usine de Gijon, en Espagne, selon la base de données publique française des médicaments.
Essai de l'Inserm avec 800 patients en France et 3200 en Europe
Ces derniers jours, Sanofi avait indiqué, suite aux résultats de l’étude de Didier Raoult, qu’il envisageait de mettre à disposition plusieurs millions de doses gratuitement à l’Etat. Ce qui pourrait permettre de traiter l’équivalent de 300 000 malades du Covid-19. Par ailleurs, l’hydroxychloroquine a finalement été inclus dans l’essai européen Discovery coordonné par l’Inserm. Cet essai avait été annoncé le 11 mars dernier, d’abord en France, avec 800 patients, mais a été étendu en Europe avec un total de 3200 patients qui seront recrutés dans les prochains jours en Belgique, aux Pays-Bas, au Luxembourg, au Royaume-Uni, en Allemagne et en Espagne, a dévoilé l’Inserm le 22 mars.
Cet essai n’utilisera pas de placebo. Il va comparer le traitement avec des soins standards respiratoires avec un traitement standard en ajoutant le remdisivir, un en ajoutant le lopinavir et le ritonavir, un avec le lopinavir, le ritonavir et l’interféron bêta, et donc un en ajoutant l’hydroxychloroquine aux soins standards. Coordonné depuis Lyon, cet essai sera déployé d’abord en France dans les hôpitaux de Paris (Bichat), Lille, Nantes, Strasbourg et Lyon. Mais l’Inserm prévoit de le déployer au total dans une vingtaine d’établissements dans tout le pays. D’autres pays européens pourraient également s’ajouter à la liste initiale.



