L'eldorado du marché des purificateurs d'air à l'heure du Covid-19

Alors que les aérosols sont désignés comme principaux responsables de la transmission du Covid-19, le secteur de la purification de l'air s'active pour répondre à une augmentation de la demande en instruments. Ce marché encore insignifiant il y a une décennie décolle depuis quelques années.

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Purificateur d'air
Purificateur d'air

Pour lutter contre la pandémie, la décontamination des espaces via la destruction des aérosols véhiculant le Covid-19 annonce la consécration des purificateurs d’air. Mateo santé, Teqoya, Terra, Mercate… En France, ils sont une cinquantaine de fabricants de ces machines à surfer sur l’explosion du marché de la purification d’air domestique et professionnelle.

Ce bond s’observait bien avant la pandémie. La Fédération Interprofessionnelle des Métiers de l'Environnement Atmosphérique (FIMEA) estime qu’il représente aujourd’hui entre 80 et 100 millions d’euros dans l'Hexagone, alors qu’il n’était que de 25 millions il y a quatre ans et de moins d’un million il y a une décennie.

Croissance exponentielle

La croissance du secteur est portée par la combinaison des appels d’offres publics et des entreprises soucieuses du retour du présentiel en toute sécurité. Dans les écoles aussi, les purificateurs pullulent: dans la région Auvergne-Rhône-Alpes avec 10 millions d'euros débloqués en mars, ou plus récemment en Île-de-France. « Deux autres régions sont également intéressées par les systèmes de purification, confie à l’Usine Nouvelle Charles-Henri Dornbierer, spécialiste des épurateurs à la FIMEA. Et la région île de France envisage d'élargir le dispositif aux associations ».

Dans les autres lieux publics, les purificateurs pourraient apparaître d’abord dans les espaces de moyenne taille comme les commerces, les PME ou les hôtels. Les grandes salles comme les cinémas ou les open spaces ou les réfectoires exigent quant à eux davantage d’appareils… ce qui peut constituer un obstacle au regard de leur prix.

Purificateur à plusieurs milliers d’euros l’unité

La région Auvergne-Rhône-Alpes a acheté ses purificateurs en moyenne 1 416 euros TTC l’unité (hors coût d’installation). Il semblerait que certains fabricants aient cassé les prix des précédentes installations, alors que jusqu'à présent il pouvait coûter à un établissement dans certaines industries ou le domaine médical, là où la purification de l’air est une obligation, un coût de « plusieurs centaines de milliers d’euros » pour équiper l'ensemble d'un bâtiment.

Dans la lutte contre le Covid, « les purificateurs mobiles n’ont pas besoin d’être encastrés dans le bâtiment, ce qui réduit sensiblement le coût de l’ingénierie, de la conception et de la réalisation », indique à l’Usine Nouvelle Etienne de Vanssay, président de la FIMEA. Aujourd’hui, la purification de l’air peut se proposer au-delà des blocs opératoires : dans les laboratoires, dans les salles d’attentes, chambre de patients, département de pneumologie, ou encore les EHPAD. »

Un purificateur d’air domestique est vendu entre 100 et 500 euros tandis que le prix d’un appareil professionnel démarre à 1 500 euros et peut monter à 4 000 ou 5 000 euros l’unité. Etienne de Vanssay justifie cette différence de prix par un cahier des charges plus lourd pour les appareils professionnels.

Les filtres HEPA recommandés par l'ANSES

Il existe plusieurs technologies pour les purificateurs d’air. La plus commune est le filtre haute efficacité des particules aériennes (HEPA). Elle est aussi la seule recommandée par l’autorité sanitaire Anses, d’après son rapport en 2017 qui alertait du risque sur la santé des autres méthodes de purification comme les UVC, le plasma, l’ozonation ou encore la photocatalyse. Depuis, les constructeurs sollicitant ces autres technologies cherchent à regagner leurs lettres de noblesse, d’autant plus que des marchés se ferment pour eux : les régions Île-de-France et Auvergne-Rhône-Alpes ont suivi les recommandations de l’Anses en n’équipant les classes qu’avec des purificateurs à filtres HEPA.

Pour regagner la confiance des acquéreurs de machines, certains constructeurs font passer des certifications dont la filière peste contre le coût à « plusieurs dizaines de milliers d’euros ». La FIMEA plaide pour établir de nouvelles normes – très peu nombreuses sur ce secteur – afin de réduire le coût induit par les certifications et identifier les appareils sans risques pour la santé.

La concurrence… du silence

Le paramètre déterminant qui départagera les concurrents dans la course aux purificateurs réside dans la capacité de ces derniers à être silencieux. « Quand un épurateur fait du bruit, ça devient insupportable et les gens l’arrêtent », explique à l’Usine Nouvelle Olivier Martimort, dirigeant de l’entreprise Nano Sense. Or un purificateur désactivé signifie moins d'air traité... d'où le lien direct entre le niveau sonore et l'efficacité d'un purificateur. 

Les constructeurs se sont positionnés en dessous de 60 décibels, sachant que le plafond de tolérance de l’oreille humaine se situe à 80 décibels, soit le bruit d’une perceuse. « Mais 60 décibels, ce n’est pas assez quand un bureau calme se situe à 45 décibels, affirme Charles-Henri Dornbierer. Par ailleurs certaines machines présentent une faible nuisance sonore mais seulement quand la ventilation n’est pas au maximum, ce qui n’a pas d’intérêt. Outre l’efficacité de l’appareil, la nuisance sonore est le prochain enjeu des constructeurs de purificateurs ».

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