«La 5G n’est pas un danger ! Ce n’est pas moi qui le dis mais l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire.» C’est ainsi que Nicolas Guérin, président de la Fédération française des télécoms, qui réunit tous les opérateurs télécoms en France à l’exception de Free, a réagi à la publication, ce 20 avril 2021, du rapport « Exposition aux champs électromagnétiques liée au déploiement de la technologie de communication 5G et effets sanitaires associés » par l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail).
Une affirmation immédiatement tempérée par Matthieu Schuler, directeur général délégué et directeur d’évaluation des risques à l’Anses lors de la conférence de presse de présentation du rapport.
«Ce n’est pas ainsi que nous formulons notre avis, nuance-t-il. Nous ne disons pas que la 5G est sans danger et qu’il faut y aller sans aucune précaution. Nous ne disons pas non qu’elle présente de risques avérés sur la santé. Nous disons simplement, qu’au stade actuel de nos connaissances et avec les données dont nous disposons aujourd’hui, nous pensons qu’il est peu probable que la 5G présente de nouveaux risques pour la santé.»
Deux bandes de fréquences étudiées
L’agence a étudié les effets sanitaires éventuels de la 5G dans les deux bandes de fréquences où elle est en déploiement en France : la bande de 700 MHz à 2,1 GHz, déjà utilisée pour les générations précédentes de mobiles, et la bande de 3,5 GHz spécifique à la 5G. Elle l’a fait du double point de vue : biologique (interaction des ondes électromagnétiques avec le vivant) et niveau d’exposition aux ondes radio émises par les antennes-relais.
Dans la première bande de fréquences, où la grande majorité des sites 5G déployés aujourd’hui en France fonctionnent, les ondes radio peuvent pénétrer de plusieurs centimètres dans le corps. Elles ont donc le potentiel de toucher tous les organes du corps humain. «Mais là, il n’y a rien de nouveau sur le plan biologique par rapport aux générations précédentes de mobiles, conclut Alicia Torriglia, présidente du groupe de travail sur la 5G. Et du point de vue de l’exposition aux ondes radio, la 5G devrait peu changer la situation.»
Concernant la bande de 3,5 GHz, où le déploiement de la 5G va se développer dans l’avenir, les ondes ont la particularité de pénétrer moins dans le corps à une profondeur de l’ordre d'un centimètre. Pour évaluer l’impact sur le niveau d’exposition radio, l’agence s’est appuyée sur les mesures expérimentales de l’ANFr, l’Agence nationale des fréquences. Les simulations montrent une augmentation de l’exposition de 1,3 V/m à 1,7 V/m, ce qui reste nettement en dessous du seuil sanitaire de 36 V/m préconisé par l’OMS, l’Organisation mondiale de la santé.
Mode opératoire de la 5G
L’Anses ne se penche pas toutefois sur l’effet du mode opératoire de la 5G. Dans les générations précédentes de mobiles, l’antenne-relais émet un rayonnement diffus et constant. Dans la 5G, elle concentre en dynamique le faisceau radio sur le mobile en cours de communication. Le niveau d’exposition varie en permanence en fonction de la densité de communication autour de l’antenne. Un mode opératoire vu par certains comme un stress électromagnétique supplémentaire qui s'ajoute au niveau d'exposition radio. «Ce n’est pas facile d’évaluer l’impact de ce mode opératoire, reconnait Olivier Merckel, chef d’évaluation des risques liés aux agents physiques à l’Anses. Car si cette concentration du faisceau augmente le niveau d’exposition, elle accroît aussi le débit de transmission de données, et diminue donc le temps nécessaire au téléchargement d’une vidéo ou d’un document, et donc le temps d'exposition radio.»
Concernant la bande de fréquences à ondes millimétriques de 26 GHz, envisagée plus tard pour l’amélioration de la couverture à l’intérieur des bâtiments ou le déploiement de réseaux privés 5G dans les entreprises, les questions restent sans réponses. «Il n’y a pas encore de déploiement dans cette bande de fréquences, note Alicia Torriglia. Nous ne disposons pas de données pour dire s’il y a oui ou non des effets indésirables sur la santé.» En revanche, les ondes dans cette bande de fréquences pénètrent à moins de 1 millimètre dans le corps, ce qui les cantonne à la peau et aux yeux.
Prudence de l'Anses
L’Anses reste très prudente dans ses conclusions et recommande des recherches spécifiques à cette bande de fréquences de 26 GHz. Elle préconise également de poursuivre les études sur la bande de 3,5 GHz à fur et à mesure du déploiement sur la base de mesure des niveaux réels d’expositions aux ondes radio, et non plus seulement sur des données de simulation à partir de relevés expérimentaux.
Ces conclusions, non tranchées, ont peu de chance de mettre fin à la polémique sur les effets sanitaires de la 5G. L’Anses en est consciente. C’est pourquoi elle ouvre une consultation de six mois sur son rapport. Les ONG, qui réclamaient une étude préliminaire sur les effets sanitaires éventuels de la 5G avant le déploiement, se montrent pour le moins déçues. Agir pour l'Environnement reproche à l’Anses de poser plus de questions qu’elle n’apporte de réponses concrètes, et d’éviter soigneusement de prendre position. " Seule certitude : la 5G augmentera le niveau de champ électromagnétique ambiant de 30% et pourrait, selon l'ANFr, accroître de 50% le nombre de points atypiques où l'exposition est considérée comme élevée ", estime l’ONG.



