L’or vert ne cesse de perdre de sa valeur. En anticipant la légalisation du cannabidiol (CBD) en France et dans les pays membres de l’Union européenne, les producteurs se sont multipliés, entraînant une saturation de l’offre. Résultat, les prix sont en chute libre depuis plus de cinq ans. Et l’évolution de la réglementation française qui doit intervenir d’ici la fin du mois d’octobre à la suite d'une décision européenne pourrait cette fois entraver la demande…
De 10 000 € le kilo en 2014 à moins de 2 000 € aujourd’hui
Aujourd’hui, le cours moyen du CBD cultivé en indoor (cultivé hors-champs) se situe entre 1500 et 2000 euros le kilo et peut descendre en dessous du millier d’euros pour la culture outdoor. « En 2018, le prix du CBD indoor se situait entre 3500 et 4000 euros le kilo », confie à l’Usine Nouvelle Mathieu Bersot, membre de l’Union des professionnels du CBD, qui réunit 400 adhérents. Sébastien Beguerie, le fondateur de Kanavape, affirme que le prix du CBD indoor dépassait même les 10 000 euros le kilo, en 2014, au moment de l’ouverture de son commerce.
Cet effondrement des prix s’explique par la multiplication des producteurs européens de CBD en Suisse, en Italie, en Espagne, en République tchèque et plus récemment aux pays baltes. Ces producteurs ont anticipé l’immense marché du CBD, notamment en France (estimé à 700 millions d’euros pour 2022, selon l’Union des industriels pour la valorisation des extraits de chanvre). Dans ce marché surchargé, les producteurs français vont peiner à se tailler une place à partir de fin octobre, date à laquelle la réglementation française les autorisera à cultiver le CBD à destination des professionnels.

- 1102.98+6.11
Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
- 472.5+2.86
Mars 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
- 658.25+5.07
Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
La Suisse, championne du CBD
Jusqu’à présent, la France importait son CBD, notamment de la Suisse qui assure 50 % des ventes en Europe. Malgré la surproduction américaine de CBD depuis le Farm Bill de 2018, les marchés restent hermétiques entre les deux rives de l’Atlantique, avec une quantité négligeable de CBD importée des Etats-Unis.
« Pour l’instant, je pense que les prix vont continuer à descendre car il y a trop d’acteurs, analyse Mathieu Bersot. Beaucoup de producteurs, de revendeurs et de grossistes vont plonger, mais la Suisse pourrait tirer son épingle du jeu.Le pays a toujours été très en avance sur la question du cannabis et les producteurs pourront écouler leur production grâce au marché offert par la légalisation en cours du cannabis médical dans le pays. » Il y a quelques années, la Suisse fournissait largement plus de la moitié des ventes sur le continent avant d’être rattrapée par ses voisins européens. La culture étant encore interdite dans l’Hexagone (seule l’importation est autorisée), de nombreux producteurs français se sont implantés de l’autre côté des frontières pour revendre à leurs propres franchises.
L'inconnue de la demande française à venir
« Le prix du CBD commence à se stabiliser, assure à l’Usine Nouvelle Ludovic Ranchou, président de l’Union des Industriels pour la valorisation des extraits de chanvre (UIVEC). Les interrogations se focalisent à présent sur la demande ». A ce sujet, le changement de réglementation française - dont le décret est attendu - prévoit l’interdiction de la vente des fleurs non transformées aux consommateurs dans les CBD shops. Or la fleur brute constitue 70 % des ventes, largement devant les huiles et autres produits dérivés du CBD.
La dégringolade du prix du CBD n’a donc pas forcément fini sa course. « Nous allons tout faire pour que le décret ne passe pas, clame Mathieu Bersot. Nous allons déposer des recours, voire demander du soutien du côté de l’Union européenne ou des pays membres. »



