Un mauvais signal sur le front des semi-conducteurs. Il est envoyé par le champion américain Intel lors de la présentation de ses résultats trimestriels, le 28 avril 2022. «La pénurie de puces a coûté 240 milliards de dollars à l'économie américaine l'année dernière et nous prévoyons que l'industrie continuera à être affectée jusqu'à 2024 au moins», a prévenu Pat Gelsinger, le directeur général du groupe.
Cet avertissement contredit les prévisions du cabinet Counterpoint qui entrevoit une atténuation significative de la pénurie au second semestre 2022. Il fonde ses anticipations sur la réduction des écarts entre la demande et l’offre, et la tendance à la stabilisation, voire au retournement des prix à la baisse de certains composants comme les mémoires, les puces 5G d’entrée de gamme ou les capteurs d’image Cmos.
Perspective de doublement du marché d'ici 2030
Le patron d’Intel reconnaît une diminution saisonnière des ventes de PC, un des deux plus gros marchés du groupe aux cotés des serveurs. Mais il souligne la vigueur persistante de la demande dans les serveurs, les réseaux, l’intelligence artificielle ou encore l’automobile, avec la perspective d’un doublement du marché des semi-conducteurs à plus de 1 000 milliards de dollars au tournant de la décennie, contre environ 600 millions de dollars en 2021 selon le cabinet McKinsey.

- 47515.45-2.38
Mars 2026
Cours mensuel de l'étain - settlement$ USD/tonne
- 8.0379+0.69
14 Avril 2026
Yuan chinois (CNY) - quotidien¥ CNY/€
«Les semi-conducteurs sont le carburant de l'innovation et de la transformation dans un large spectre d'industries, affirme-t-il… Je continue de croire que nous ne sommes qu'au début d'un cycle de croissance à long terme de notre marché. Si nous constatons un certain desserrement des contraintes d'approvisionnement dans les PC grand public d’entrée de gamme et un ajustement des stocks, les signaux en matière de demande continuent dans l’ensemble d'être robustes dans des domaines tels que l'entreprise, le cloud, l'IA, le graphisme et les réseaux.»
Risque de rupture de gaz néon
Pat Gelsinger pointe deux évènements perturbateurs de la chaine logistique : les blocages à Shanghai du fait du confinement de la région et la guerre en Ukraine. Si les semi-conducteurs sont fabriqués partout dans le monde, c’est principalement en Asie qu’ils sont testés, assemblés et encapsulés. La plus grande partie est ensuite acheminée en Chine pour la production de PC, tablettes, smartphones, téléviseurs, serveurs et autres équipements électroniques. C’est cette chaîne logistique qui se trouve fortement perturbée par la situation du Covid en Chine. Quant à la guerre en Ukraine, elle fait courir le risque de rupture de gaz néon, un intrant essentiel à la production de puces, et de palladium, un métal indispensable à l’encapsulation des composants. Or selon le cabinet Omdia, l’Ukraine fournit 70 % du gaz néon et la Russie 40 % du palladium consommés dans le monde. Des stocks ont été constitués avant le déclenchement de la guerre, tandis que les fournisseurs de gaz industriels comme Air Liquide, Linde ou Air Products ont entrepris une diversification de leurs approvisionnements. Ceci n’empêche pas l’industrie des semi-conducteurs de s’inquiéter. «Il ne faudrait pas que la guerre en Ukraine dure trop longtemps, sinon la situation risque de devenir compliquée à gérer», confie à L’Usine Nouvelle Paul Boudre, directeur général de Soitec, fournisseur français de substrats électroniques à hautes performances.
Pour le directeur général d’Intel, l’un des facteurs qui explique la persistance de la crise est l’insuffisance structurelle des capacités de fonderie de puces. Or, les fondeurs joue un rôle central dans cette industrie. En 2021, ils ont assuré environ 45 % de la production mondiale semi-conducteurs en valeur selon l’estimation de L’Usine Nouvelle. Le géant taïwanais TSMC détient, à lui seul, un poids de 24 % selon le cabinet TechInsights.
Intel investit 28 milliards de dollars en 2022
Tous les fabricants sont engagés dans une course contre la montre pour augmenter leurs capacités de production. C’est le cas d’Intel qui confirme son plan d’investissement de 28 milliards de dollars en 2022. Le groupe, qui vient d’ouvrir une extension dédiée à la R&D de son usine dans l’Oregon, est engagé dans des projets de nouvelles usines au Nouveau Mexique, en Arizona, dans l’Ohio, en Malaisie, en Irlande et en Allemagne. Problème ? Les équipementiers de semi-conducteurs, qui croulent sous les commandes, sont à leur tour touchés par les perturbations de la chaîne logistique car ils dépendent, eux aussi, de composants et sous-ensembles en provenance de Chine. Ils peinent donc à livrer leurs équipements de production dans les délais convenus. C’est un grain de sable supplémentaire qui est en train de gripper la machine. Pat Gelsinger assure néanmoins avoir sécurisé l’achat des équipements dont Intel a besoin en 2023 et 2024.



