Ineos engage 5 milliards de dollars pour le reste de la pétrochimie de BP

Le pétrochimiste britannique Ineos a conclu un accord de 5 milliards de dollars (plus de 4,4 milliards d’euros) pour s’emparer des derniers actifs pétrochimiques de BP. Il s’agit d’un ensemble considérable d’une capacité installée de 9,7 millions de tonnes par an. L’opération va offrir à Ineos une expansion considérable en Asie, et venir compléter son portefeuille pétrochimique grâce à une intégration en amont sur la chaîne polyester. Pour BP, c’est une occasion d’avancer sur son projet de devenir neutre en carbone.

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Le complexe chimique de BP à Cooper River, en Caroline du Sud (Etats-Unis) passera dans le giron d'Ineos.

C’est une opération majeure. BP cède le reste de sa branche pétrochimique à Ineos. Pour une valeur de 5 milliards de dollars (plus de 4,4 milliards d’euros), BP passe le relais d’un gigantesque ensemble de 14 sites industriels qui a fabriqué 9,7 millions de tonnes de produits pétrochimiques en 2019, et dénombrant 1700 salariés dans le monde. L’ensemble représente aussi le leader mondial de l’acide téréphtalique purifié (PTA), précurseur majeur dans la chaîne polyester. L’acquisition englobe aussi toute la propriété intellectuelle, les licences technologiques et toute la partie ingénierie des activités concernées.

Ineos avait déjà repris 70% de la pétrochimie de BP en 2005

En 2005, Ineos avait engagé 9 milliards de dollars pour s’emparer de la principale branche pétrochimique de BP, Innovene, qui comptait pour environ 70% des activités pétrochimiques du groupe à l’époque et qui était centrée sur les oléfines et les polyoléfines, matières de base de nombreux plastiques. Ce qui avait contribué à positionner Ineos parmi les grands acteurs mondiaux de la pétrochimie, devenu depuis l’un des principaux géants du secteur avec des ventes annuelles de plus de 60 milliards de dollars (plus de 53 milliards).

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Cette fois-ci, l’opération reste plus modeste mais constitue l’une des plus importantes acquisitions survenues dans l’industrie chimique ces dernières années. L’acquisition devrait être finalisée au quatrième trimestre 2020. La transaction sera effectuée en tranche. Ineos règlera d’abord 400 millions de dollars sous forme de garantie puis versera un complément de 3,6 milliards de dollars après la finalisation. Le solde sera échelonné entre mars et la fin juin 2021.

Aromatiques et acétyles

Concrètement, l’opération porte sur les deux dernières divisions pétrochimiques de BP : les aromatiques et les acétyles. Dans les aromatiques, BP est aujourd’hui leader mondial du PTA, avec une intégration en amont en paraxylène. Ce qui permet d’alimenter en matière première toute la chaîne polyester, qu’il s’agisse des fibres, des films plastiques et de l’emballage, notamment pour les bouteilles en plastique. Six complexes industriels composent le réseau mondial de BP : à Cooper River et Texas City aux Etats-Unis, à Geel en Belgique, Zhuhai en Chine, Merak en Indonésie et Taichung à Taiwan.

L’activité d’acétyles concerne la production d’acide acétique et de dérivés, lesquels trouvent une multitude d’applications dans des secteurs comme l’agro-alimentaire (comme saveurs et conservateurs), la production pharmaceutique, les peintures, les adhésifs et l’emballage. Pour cette activité, Ineos héritera d’usines aux Etats-Unis (Texas City), à Hull au Royaume-Uni et surtout de parts majoritaires dans des implantations industrielles asiatiques : Chongqing et Nanjing en Chine, Kerteh en Malaisie, Ulsan en Corée du Sud, et Mai Liao à Taiwan.

Diversification du portefeuille et expansion en Asie

Cette acquisition est majeure pour Ineos à deux titres. D’une part, cela diversifie et complète ses activités pétrochimiques, cette chaîne du PTA n’étant pas présente dans son périmètre alors que le groupe produit déjà des résines polyester. Ce qui lui offre par ailleurs une meilleure intégration sur ce segment. D’autre part, cela octroie à Ineos une expansion industrielle majeure en Asie. Sur 183 sites industriels qu’il détient à ce jour dans le monde, seuls 8% sont implantés dans la région. Très présent en Amérique du Nord et surtout en Europe, Ineos avait notamment renforcé sa présence en Chine en 2018 en reprenant deux sites de polystyrène de Total à Ningbo et Foshan. Et en tout début d’année, le groupe avait engagé un de ses premiers projets de construction en Asie, pour une usine de résines acrylonitrile-butadiène-styrène (ABS) à Ningbo en Chine, prévue pour entrer en service en 2020.

Par ailleurs, cette acquisition doit permettre à Ineos de mieux intégrer ses complexes pétrochimiques de Geel, Hull et Texas City, lesquels avaient rejoint son périmètre lors de l’acquisition d’Innovene auprès de BP en 2005.

Manque d'intégration et objectif zéro carbone

BP, de son côté, conservera malgré tout une petite activité pétrochimique. Il s’agit de deux sites voisins en Allemagne, à Gelsenkirchen et Mulheim, où le groupe détient des unités intégrées de raffinage et de production d’oléfines. Cette cession s’inscrit aussi dans sa nouvelle stratégie de vouloir transformer le groupe en un opérateur plus petit et plus intégré, BP ayant engagé notamment un plan de restructuration consistant à se séparer de 10 000 collaborateurs et à céder 15 milliards de dollars d’actifs entre 2019 et 2020. Sur ce volet financier, cette cession à Ineos d’une division pétrochimique n’étant plus considérée comme stratégique au sein de BP par manque d’intégration, permet au groupe de finaliser ce projet avec un peu d’avance sur la date fixée initialement à mi-2021. Enfin, l’opération lui permet d’avancer sur son objectif de privilégier l’industrie bas carbone et de devenir zéro carbone en 2050.

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