« C’était fiable, presque câlin. Une pure beauté. »« Comme un soutien-gorge », ajoutent certains commentateurs dans un sourire. En 1994, pour les 25 ans de la mission Apollo 11, Neil Armstrong n’a pas assez de compliments à offrir aux concepteurs de la combinaison qu’il portait en 1969. Les techniciens du groupe ILC, International Latex Company, ont fait un excellent travail. Tout particulièrement les couturières de sa filiale, l’une des marques préférées des Américaines.
Le projet de conquête spatiale lancée par le président Kennedy en 1961 fait rêver les Américains et met en ébullition les habituelles entreprises de la défense, avides de décrocher un contrat hautement symbolique. BF Goodrich, Hamilton Standard et Litton Industries sont en ordre de marche pour réaliser la combinaison des futurs astronautes. Le cahier des charges est complexe et la Nasa pointilleuse.
Il en va de la vie de ses astronautes et de la réussite de la mission. Les combinaisons devront résister à des températures extrêmes allant de - 150 °C à près de 180 °C, tout en conservant une souplesse et une liberté de mouvement comparables à celles sur Terre : se pencher, s’agenouiller, pivoter, bouger les bras sans jamais être entravé. Les gants se doivent d’être les plus flexibles possible, Armstrong, Aldrin et Collins devant être capables de ramasser l’équivalent d’une pièce d’un centime sur le sol lunaire.
Le défi est de taille et les entreprises du secteur ne font pas dans la dentelle. Les premiers prototypes, gonflés comme des Bibendum, rigides, trop larges, peu maniables, laissent à désirer.
Certains ingénieurs un poil machistes du fabricant d’hélices Hamilton voient d’un mauvais œil la participation du créateur de gaines et de soutiens-gorge.
En avril 1962, ILC entre dans l’arène grâce au savoir-faire de ses techniciens et couturières de sa filiale la plus connue, célèbre pour son Cœur-Croisé, Playtex. Les doigts de fée des ouvrières qualifiées sont tout indiqués pour la conception si précise des tenues. Playtex gagne une place dans la course et ILC devient sous-traitant d’Hamilton. Seulement, certains ingénieurs un poil machistes de ce fabricant d’hélices voient d’un mauvais œil la participation du créateur de gaines et de soutiens-gorge. En 1965, le mariage est rompu, Hamilton vire Playtex dans l’espoir de conserver le contrat pour lui seul.
21 couches superposées et cousues à la main
Lorsque la Nasa lance officiellement sa commande, les dirigeants de Playtex s’envolent pour Houston, décidés à soumettre, à leurs frais, une combinaison maison et décrocher la Lune. Intriguée, la Nasa accepte. En six petites semaines, l’entreprise réunit ses meilleurs ingénieurs et couturières et réalise sa version. Teflon, latex, lycra, nylon et autres éléments déjà présents dans ses dessous composent les 21 couches de la combinaison. La précision au millimètre de cette couture à la main devient la garantie du succès.
Pour renforcer son dossier, Playtex envoie Tom Sylvester. Tel un tourmenteur, le technicien, vêtu de la combinaison blanche pressurisée, la maltraite pour lui faire avouer ses faiblesses. Sylvester court, sautille, s’amuse à faire des passes avec un ballon, enchaîne une série de pompes... le tout avec une aisance jusque-là inégalée. Playtex gagne son billet pour l’espace. Et pour l’histoire !
Complexe de lancement 39, Kennedy space center, 16 juillet 1969, 13h32. Saturn V s’élève avec à son bord trois astronautes et trois combinaisons. Après 73 heures de vol, le module se pose sur la Lune. Armstrong sort le premier. « C’est un petit pas pour l’homme, un grand pas pour l’humanité. » Puis Aldrin. Si Collins reste dans le module, les ingénieurs et les couturières de Playtex goûtent eux, un peu, au sol lunaire.



