In Vivo veut faire participer ses clients comme Mondelez à la transition des fermes

L’union de coopératives In Vivo, acteur majeur en France de la production et de la transformation des céréales, a réuni des partenaires et clients sur une parcelle expérimentale jeudi 12 juin. L’objectif : sensibiliser la chaine de valeur au coût du changement de pratiques dans les fermes... et ainsi décrocher des financements.

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Blé d'hiver
Sur Openfield, 14 cultures sont conduites selon quatre itinéraires culturaux.

Opération sensibilisation du côté de Milly-la-Forêt (Essonne). In Vivo, union géante de coopératives, spécialiste des métiers du grain, a réuni clients et acteurs de l’agroalimentaire jeudi 12 juin autour de sa plateforme Openfield. Cette mini-ferme de 13 hectares est un véritable laboratoire agronomique. Quatorze cultures, en rotation, subissent des expérimentations sur une kyrielle de parcelles : ici, en conduite conventionnelle, là en réduisant les pesticides ; ailleurs en limitant le travail du sol ou en essayant d’optimiser le stockage du carbone. But de la démarche ? Exposer aux clients, dont certains acteurs comme le biscuitier Mondelez (un client historique) présent sur place, les coûts des changements de pratiques.

Un démonstrateur des changements à conduire pour les acteurs de l'agro

L’agroalimentaire est responsable de 22% des émissions de gaz à effet de serre en France (et 30% au niveau mondial, principalement en raison de la déforestation). Mais 86% de ces émissions sont liées à la production agricole, l’industrie et le transport pesant relativement peu dans le bilan global. La décarbonation d’une entreprise agroalimentaire passe donc nécessairement par la décarbonation de l’agriculture.

Au-delà de la seule question climatique, en tenant compte de l'ensemble des impacts de l'activité humaine sur l’environnement, selon le concept de limites planétaires, l’agriculture est encore une fois au premier plan. Elle est, par exemple, l'une des causes principales de l’effondrement de la biodiversité ou de l’anthropisation des cours d’eaux. La plateforme Openfield adresse donc les différentes composantes du problème... et le coût de leur résolution. 

3,35 tonnes de CO2 par an à l'hectare

Prenons les émissions de CO2 (ou équivalent). A Milly-la-Forêt sont testés des leviers pour faire baisser le bilan carbone de la rotation. Ils sont notamment inspirés d'une étude conduite sur 88 fermes en «grandes cultures» de l’Est de la France qui a permis de se faire une idée précise des émissions à la parcelle. Chaque hectare émet en moyenne 3,35 tonnes de CO2 chaque année : ce qui est lié, en grande partie, à la fertilisation azotée et au fait que les sols agricoles rejettent un peu de carbone chaque année.

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En partant de ce constat, les agriculteurs ont identifié des leviers qui permettent d'économiser 0,8 tonnes chaque année, soit un quart du total. Sur le papier, les pratiques à mettre en place coûtent 50 euros par hectare et par an en moyenne. Alors que l'étude menée dans l'Est ne fait que simuler ces résultats, Openfield permet de tester en conditions réelles.

Une tonne de CO2 évitée au champ coûte parfois 300 euros

Résultat, alors que des leviers analogues à ceux identifiés dans l’étude ont été testés au champ, l’économie carbone est de l’ordre de 10% pour chaque tonne produite (l'économie réelle est supérieure à 15%, mais elle entraine une légère perte de rendement). Surtout, insiste Aline Delpierre, en charge du pôle agro-industries chez Agrosolutions, une filiale conseil d’In Vivo, chargée du suivi des expérimentations : le coût médian de la transition est de 150 euros l’hectare.

Autrement dit, si pour certaines exploitations le changement est indolore, pour d'autres, le coût de la «transition» est de 300 euros à l'hectare. Détail important : ces solutions misent surtout sur l'aptitude des sols à stocker du carbone chaque année plus que sur des réductions stricto sensu des émissions à la parcelle. La ferme France a de la marge sur le sujet, puisque les sols français sont aujourd'hui largement destockeurs (18 millions de tonnes équivalent CO2 libérées chaque année d'après l'Ademe). 

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Les leviers de la réduction des GES à la parcelle en grandes cultures (Source : Agrosolutions)

La démarche a toutefois plusieurs limites. Les pratiques testées au champ, comme cette réduction de 10% des doses d'azotes, relèvent plus de la réforme paramétrique que de la révolution agronomique. Elle est loin la transition avec un grand T. Les pratiques favorisant le stockage peuvent peser sur d'autres indicateurs : sur Openfield, les parcelles conduites avec une forte focale sur les émissions de gaz à effet de serre sont loin d'être exemplaires en matières de pesticides, en raison notamment des enjeux de désherbage liés à l'implantation de couverts végétaux et à la réduction du travail du sol. 

Les coûts ne s'arrêtent pas au carbone

Sur ces sujets, Openfield préfère mettre l'accent sur l'innovation : les jeunes pousses sont à l'honneur ce 12 juin. L’entreprise poitevine Cyclair exhibe fièrement sa machine de désherbage autonome, qui doit permettre aux agriculteurs céréaliers de se dispenser d’herbicides. Le coût de l'engin fait d'un amas de capteurs et d'acier, 7 mètres de large dans sa version qui promet de traiter un hectare à l'heure, avoisine les 200000 euros.

Sébastien Gorry, fondateur de l’entreprise, indique toutefois que son entreprise devrait être à parité coût avec une solution phytosanitaire, amortissement du matériel compris. La transition n'est pas qu'une affaire de CO2 et le désherbage mécanique est une des voies pour limiter les pesticides et donc réduire l'impact de l'agriculture sur la biodiversité. 

S'il insiste sur la parité prix avec le conventionnel, c'est que la question du financement de transition est loin d'être réglée, même si In Vivo agrège ici des données pour en éclairer les coûts. Qui veut bien payer des primes carbone ? Pas le consommateur à en croire les intervenants présents. En rayon, le «durable» trouve peu d'écho - la faute sûrement à une absence de cahier des charges clair et à la crainte, pas infondée, de «greenwashing». Le marché volontaire des crédits carbone en agriculture n'est pas assez rémunérateur à date, avec des crédits qui naviguent autour de 35 euros la tonne. 

Une solution pour faire payer le consommateur ?

Mondelez a peut-être une idée : «La principale motivation du consommateur en rayon c'est sa santé, souligne Isabel Moreira de Almeida, Principal Scientist chez le géant du biscuit. Nous devons être capables de constituer un argumentaire liant agriculture durable et santé du consommateur. Voilà comment aller chercher quelques centimes de plus. Nous menons des analyses nutritionnelles pour montrer la différence entre un blé conventionnel et un blé "durable". Les premiers résultats sont encourageants.»

Mais ces quelques centimes ne sont pas encore sur la table : In Vivo indique qu’il n’y a pas de discussions à ce stade avec le géant du biscuit, à qui il fournit des farines, autour d'un cahier des charges relevant de l'agriculture régénératrice, à même d'adresser les enjeux climat et biodiversité. Pour Isabel Moreira de Almeida, la transition passe avant tout par les semences, alors que Mondelez travaille de longue date avec des semenciers comme Limagrain. Elle teste d'ailleurs en conditions réelles de nouvelles variétés de blés qui promettent d'être économes en engrais sans dégrader le rendement. 

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