"Il n’est pas possible d’avoir un mégawattheure à plus de 1000 euros", alerte l'Ania sur les prix de l'énergie

Les usines alimentaires, secteur de l’industrie parmi les plus consommateurs en volumes de gaz et d'électricité, prennent de plein fouet la crise de l’énergie. Entre risque de coupures cet hiver et difficultés à faire remonter les surcoûts à la grande distribution, le directeur général de l’Ania (Association nationale des industries alimentaires) Mickaël Nogal alerte.

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Les industriels de la moutarde annoncent des difficultés de production de juillet à octobre 2022.
Les usines agroalimentaires veulent être considérées comme un secteur critique en cas de rationnement de l'énergie.

L'Usine Nouvelle - Pourquoi tirer la sonnette d’alarme maintenant ?

Mickaël Nogal - Aujourd’hui, les chefs d’entreprises de l’alimentaire, notamment TPE/PME, se demandent comment faire avec des prix de l’énergie qui se multiplient par deux ou trois. L’énergie est un de leurs postes de dépense les plus importants pour la production : le risque est de se retrouver à produire à perte et de devoir stopper les lignes avec, au bout de la chaîne, des rayons vides. On a besoin de soutien pour continuer à tourner : il n’est pas possible d’avoir un mégawattheure à plus de 1000 euros. Il faut que la puissance publique intervienne sur les prix.

Les négociations commerciales exceptionnelles se poursuivent en parallèle. Qu’est-ce qu’il vous faut obtenir des distributeurs pour répercuter ces hausses de coûts ?

En moyenne, nous leur demandons des augmentations de 8 à 10%. Nous sommes pris en étau entre la matière première agricole qui est mieux protégée grâce à la loi Egalim 2 et les distributeurs. C’est nous qui pâtissons de l’inflation sur l’énergie, sur les emballages… Il faut que l’énergie devienne un non-sujet dans les négociations : ce qui est partagé par toutes les entreprises ne doit pas servir de variable d’ajustement. A ce stade, les distributeurs n’acceptent pas nos demandes. Résultat, il y a une perte de valeur pour le maillon intermédiaire que nous sommes. Les comportements qui perdurent chez certains distributeurs perturbent toute la chaine alimentaire.

L’autre volet de la crise énergétique est le risque de coupures cet hiver en cas de tension sur la demande : il n’est pas dit à ce stade, même si certaines exceptions se dessinent, que les usines alimentaires y échappent. Quelles en seraient les conséquences ? Craignez-vous notamment que certains distributeurs appliquent des pénalités logistiques ?

Nous devons être considérés comme un secteur critique. Nous attendons de la visibilité sur les mesures. Quant aux pénalités logistiques, nous sommes dépendants des distributeurs : il est inadmissible que ces pénalités s’appliquent en cette période de crise, alors même que nous les informons de nos difficultés.

Les entreprises n’ont pas de marge de manœuvre pour financer leur transformation

—  Mickaël Nogal

Il sera difficile de ne pas participer à l’effort de sobriété. Vous annoncez que vos adhérents ont baissé leur consommation de 10% depuis dix ans : il faudrait faire autant – en moyenne – d’ici la fin de l’année. Or une étude de Greenflex, filiale de TotalEnergies qui accompagne les entreprises dans leur transformation énergétique, pointait que beaucoup d’acteurs du secteur agroalimentaire peinaient à intégrer ces enjeux. Quels sont vos leviers?

La grande distribution, par exemple, a des infrastructures où il est plus facile de jouer sur la température et l’éclairage. Dans l’alimentaire, nous pouvons faire des efforts sur la consommation d’énergie dans nos bureaux, mais c'est plus difficile sur nos sites de production, avec des fours et des chambres froides qui nécessitent beaucoup d’énergie. Pour réduire la consommation, il faut bien souvent moderniser ces équipements. Ça passe par des investissements coûteux. Avant même la crise énergétique, nous avons traversé huit ans de déflation pour l’industrie. Aujourd’hui, l'inflation casse notre création de valeur. Ce contexte tue l’investissement : les entreprises n’ont pas de marge de manœuvre pour financer leur transformation. Il y a beaucoup d’injonctions, mais le cumul des crises empêche d’aller vers ces changements. Tant qu’on sera dans cette guerre des prix et cette destruction de valeur, il est impossible de financer l’innovation. Il faut permettre aux entreprises d’être rentables.

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