La méfiance est de mise face aux vidéos qu'aiment à diffuser les start-up de la robotique pour montrer les performances de leur bébé. Mais il est difficile de rester de marbre face à celle publiée mi-mars par l'américain Figure : dialoguant en anglais avec un homme, son robot humanoïde Figure 01 improvise diverses actions en réponse à des consignes floues, comme tendre une pomme à son interlocuteur quand celui-ci lui demande à manger, et peut expliquer pourquoi il a agi ainsi.
Démonstration ou promesse, cette vidéo et les explications données par Figure résument l'engouement de la tech américaine pour les robots humanoïdes à l'heure des grands modèles multimodaux (langage et images, voire sons). Figure y montrait en effet l'alliance de sa robotique avec l'intelligence artificielle d'Open AI, à peine quinze jours après avoir annoncé une levée de fonds de 675 millions de dollars auprès du créateur de ChatGPT, mais aussi d'Amazon, Nvidia et Intel, notamment. La somme est énorme. Elle valorise cette start-up créée il y a moins de deux ans à 2,6 milliards et assure déjà à l'année 2024 de battre les records d'investissement dans la robotique humanoïde. Reste que si Figure est un cas à part, elle n'est qu'une des nombreuses entreprises qui se sont récemment lancées sur ce créneau. Outre le célèbre Boston Dynamics, Tesla, Agility Robotics, 1X (ex-Halodi Robotics), Apptronik, Sanctuary AI, Xiaomi et bien d'autres développent des robots bipèdes à deux bras.
Cet élan peut surprendre. Si les recherches sur cette machine mythique de la science-fiction n'ont jamais cessé, le facteur de forme humanoïde n'a guère fait la preuve de sa pertinence dans des applications, y compris d'accueil ou de compagnie. La robotique tricolore en sait quelque chose, avec l'échec commercial de Pepper inventé par Aldebaran, acheté à prix d'or par Softbank. Dans l'industrie, même les plus récents robots, dits collaboratifs, sont bien loin de l'apparence humaine. Il faut dire, rappellent à loisir les détracteurs de l'humanoïde, que la roue, c'est bien pratique. De même que la stabilité passive apportée par trois ou quatre points de contact ainsi que l'équilibre naturel d'une charge placée près du sol et entre ces points…
Construire des modèles de fondation pour des robots humanoïdes généralistes est l'un des problèmes à résoudre les plus passionnants en IA
— Jensen Huang, PDG de Nvidia
Qu'importe ! Maîtriser le déséquilibre de la marche, compenser celui d'une charge à bout de bras et jouer avec les 24 degrés de liberté d'une main sont aujourd'hui accessibles aux moteurs innovants et aux réseaux de neurones, revendiquent les pro-bipèdes. Surtout, la capacité d'un robot à évoluer dans un environnement ouvert et à y effectuer de multiples tâches sera bientôt à la portée de l'IA, veulent-ils croire.
C'est le cap fixé par Jensen Huang, le PDG de Nvidia, le 18 mars lors de la grand-messe annuelle du groupe. « Construire des modèles de fondation pour des robots humanoïdes généralistes est l'un des problèmes à résoudre les plus passionnants en IA », a-t-il lancé en présentant son Project Groot dédié à cet objectif. Le rêve, peut-être illusoire, d'une IA dite généraliste, aussi polyvalente qu'un humain, figure sans doute dans la feuille de route de bon nombre de ces roboticiens visant à créer des machines capables d'évoluer avec aisance dans des environnements conçus pour l'humain. Mais il faudra dans tous les cas qu'elles trouvent leur marché. Le premier visé est l'industrie, avec ses ateliers et entrepôts. Des pilotes sont lancés, comme celui engagé à l'automne dernier par Amazon et Agility et celui, annoncé mi-mars, par Mercedes et Apptronik. L'humanoïde devra faire ses preuves à l'usine.



