Alors que Huawei figure en tête de la liste noire des entreprises vues par les Etats-Unis comme une menace pour la sécurité nationale, le grand équipementier chinois des télécoms fait un pied de nez à Washington en ouvrant son plus grand centre mondial de transparence en matière de cybersécurité et de protection de la vie privée à Dongguan, en Chine. L’inauguration s’est déroulée officiellement en présentiel et virtuel, le 9 juin 2021, en présence de plusieurs représentants de régulateurs télécoms et organisations professionnelles mondiales, dont Mats Granryd, le directeur général de la GSMA, l’association des opérateurs mobiles.
" La cybersécurité est plus importante que jamais, a déclaré Ken Hu, qui occupe la présidence tournante de l’entreprise, lors de la cérémonie d'ouverture du centre de Dongguan. En tant qu'industriels, nous devons travailler ensemble, partager les meilleures pratiques et renforcer nos capacités collectives en matière de gouvernance, de normes, de technologie et de vérification. Nous devons donner au grand public et aux régulateurs une raison de faire confiance à la sécurité des produits et les services qu'ils utilisent au quotidien. Ensemble, nous pouvons trouver le juste équilibre entre sécurité et développement dans un monde de plus en plus numérique. "
Plate-forme ouverte
Internet des objets, 5G, intelligence artificielle, télétravail…Les usages numériques explosent, augmentant comme jamais les risques de cyberattaques. C’est pour répondre à ces nouvelles menaces et garantir un univers numérique de confiance tant pour le grand public que pour les entreprises et les gouvernements que Huawei prétend ouvrir ce nouveau centre. Il est présenté comme une plate-forme collaborative de démonstration, de test, d’innovation et de partage d’expertise en matière de cybersécurité. Le centre est conçu pour démontrer des solutions et partager des expériences, faciliter la communication et l'innovation conjointe, et soutenir les tests et la vérification de la sécurité d’ équipements numériques. Il est ouvert aux régulateurs, aux organismes indépendants de test et aux organismes de normalisation, ainsi qu'aux clients, partenaires et fournisseurs.
" La cybersécurité est un défi complexe et évolutif qui nécessite une étroite collaboration et le partage d'informations, souligne Ken Hu. Il nous manque encore une approche coordonnée basée sur des normes dans l'ensemble de l'industrie, en particulier en ce qui concerne la gouvernance, les capacités techniques, la certification et la collaboration."
Ce centre compte déjà 200 personnes et Huawei s’engage à lui consacrer une enveloppe d’investissement de 1,5 million de dollars par an. Avec cette opération, Huawei entend balayer les accusations des Etats-Unis faisant de lui le cheval de Troie du cyberespionnage du gouvernement chinois. Et pour démontrer sa bonne foi et son engagement en faveur d’un monde numérique de confiance, il a décidé de publier un livre blanc sur les règles de sécurité implémentées dans ses produits depuis une décennie pour garantir leur sécurité et leur fiabilité. "Au fil des ans, Huawei a construit plus de 1 500 réseaux télécoms qui connectent plus de trois milliards de personnes dans 170 pays et régions dans le monde, se targue Ken Hu. Aucun de ces réseaux n'a jamais connu d'incident de sécurité majeur."
Exclusion des réseaux 5G dans de nombreux pays
Les accusations des Etats-Unis valent à Huawei d’être exclu des réseaux 5G non seulement outre-Atlantique mais aussi dans de nombreux autres pays, dont le Canada, le Royaume-Uni, l’Australie, la Nouvelle Zélande, le Japon, la Suède et la Finlande. En France, SFR et Bouygues Telecom, qui font appel à ses équipements 5G en prolongement de la 4G, sont invités par l’Anssi, l’agence nationale de sécurité des systèmes d’information, à s’en affranchir complètement d’ici 2027, tandis que Free n’a pas été autorisé à recourir ses stations de base 5G. " Dans certains endroits, malheureusement, il existe encore une idée fausse selon laquelle le pays d'origine affecte la sécurité de l'équipement et de la technologie du réseau, regrette Ken Hu faisant allusion aux allégations notamment des Etats-Unis qui vont jusqu'à asphyxier Huawei en le privant de l'accès aux puces vitales à ses produits. Ce n'est tout simplement pas vrai. Cela ne résout pas les vrais défis, et cela nous empêche de former une approche unifiée "
Huawei revendique une attention toute particulière envers la cybersécurité avec plus de 3 000 chercheurs et 5 % de ses dépenses de RD dédiés à cette problématique clé, et disposait déjà de six centres dans ce domaine en dehors de la Chine, dont un en Europe ouvert en mars 2019 à Bruxelles, en Belgique.



