Reportage

Hermès à Louviers, un cas d'école de revitalisation d'une friche industrielle

Le groupe de luxe Hermès a inauguré vendredi 7 avril sa 21e maroquinerie à Louviers dans l’Eure. Pour construire sa manufacture, le groupe de luxe n’a sollicité aucune subvention auprès des collectivités et s'est installé sur une friche industrielle.

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Atelier de sellerie sur le nouveau site d'Hermes à Louviers dans l’Eure
Atelier de sellerie sur le nouveau site d'Hermes à Louviers dans l’Eure, inauguré le 7 avril 2023.

Axel Dumas, le gérant d’Hermès, a inauguré vendredi 7 avril à Louviers dans l’Eure, sa vingt-et-unième usine de maroquinerie en France - "manufacture" en langage maison - qui emploie près de 280 salariés. Si le groupe ne communique pas l’investissement correspondant à son élégant bâtiment de plain-pied en briques rouges, il peut s’enorgueillir de ne pas réclamer d’aides aux collectivités. Ce qu’a tenu à souligner Hervé Morin, président Les Centristes de la Région Normandie : «Nous sommes d’autant plus heureux de vous accueillir, que parmi tous les chefs d’entreprises que nous rencontrons, vous êtes le seul à ne pas demander un centime de subvention!»

Au cours d’une visite organisée pour la presse la veille de l’inauguration, le groupe de luxe a tenu à montrer qu’il cochait toutes les cases de la performance environnementale. A commencer par celle de la non artificialisation des terres. Son bâtiment de 6 200 mètres carrés a été construit sur une friche industrielle autrefois occupée par le fabricant de DVD Cinram et avant, par Philips, pour la production de disques vinyles.

Ne pas construire sur des sites vierges

«Nous cherchons en priorité des friches dans une perspective de non-artificialisation des sols. Notre objectif est de ne pas construire sur des sites vierges», a expliqué Emmanuel Pommier, directeur général du pôle maroquinerie sellerie, dont les ventes représentent 43% du chiffre d’affaire global du groupe (11,6 milliards d’euros).

Pour la Communauté d’agglomération Seine-Eure (Case) qui a assuré la réhabilitation de cette friche de 12 hectares au cœur de Louviers, la boucle est bouclée. Après en avoir vendu 4 hectares à Hermès, elle a transformé le reste en un espace événementiel et une pépinière numérique, désormais opérationnels. «Quand on pense qu’il y a 8ans, c’était la désolation ici!» se remémore Bernard Leroy, le président UDI de la collectivité.

Hermès a opté pour un bâtiment à énergie positive et à faible empreinte carbone. «C’est le premier bâtiment industriel à bénéficier du label E4C2 en France», vante la direction d’Hermès dans un communiqué, le label renvoyant au niveau de performance d’un bâtiment neuf sur le plan de l’énergie (E) et du carbone (C). Dans le détail, les 500 000 briques rouges qui le composent ont été produites à 70 kilomètres de Louviers. Les besoins en éclairage, chauffage et climatisation sont assurés par la géothermie (13 sondes de 150 mètres de profondeur) et 2 300 m² de panneaux photovoltaïques.

«Le refus absolu de l’industrialisation»

Le bâtiment a été conçu par l’architecte franco-libanaise Lina Ghotmeh avec l’appui de son atelier parisien Lina Ghotmeh-Architecture. Sa forme carrée est censée rappeler les carrés en soie Hermès, quant aux arches évasées, elles renvoient au galop d’un cheval et à l’histoire de l’entreprise familiale fondée par Thierry Hermès en 1837 pour fabriquer des harnais. «Nous faisons du beau dans du beau», a commenté Emmanuel Pommier.

A l’intérieur, passé le patio surnommé "place du village" pour la rencontre informelle entre salariés et cadres, le bâtiment se déploie en une série d’ateliers où l’on travaille le cuir. Hermès se targue d’assurer tout son façonnage de maroquinerie en France à partir de peaux de veau - «lesplusbelles» selon Emmanuel Pommier - issues de ses propres tanneries en Europe.

Les collaborateurs s’appellent ici des artisans. Leur formation est assurée à proximité par l’une des "écoles des savoir-faire" d’Hermès agréées par l’Education nationale, implantées dans les six pôles maroquiniers du groupe. «Pour qu’un maroquinier-sellier commence à travailler en autonomie, il faut compter 18mois de formation», a précisé Emmanuel Pommier. «Chaque artisan réalise le sac deA jusqu’àZ depuis la peau de veau qu’il reçoit découpée jusqu’à la finition Hermès», soit entre 15h et 25h de travail pour un sac Kelly vendu à partir de 6 000 euros.

Agathe Gayer, artisan de coupe et de table, realise l'opération de placement numérique d'une peau de veau pour la fabrication d'un sac ConstanceClaire Garnier
Agathe Gayer, artisan de coupe et de table, realise l'opération de placement numérique d'une peau de veau pour la fabrication d'un sac Constance Agathe Gayer, artisan de coupe et de table, realise l'opération de placement numérique d'une peau de veau pour la fabrication d'un sac Constance

Agathe Gayer, artisan de coupe et de table, réalise l'opération de placement numérique d'une peau de veau pour la fabrication d'un sac Constance. ©Claire Garnier

«Nous sommes dans un refus absolu de l’industrialisation» souligne le dirigeant qui insiste sur «l’absence de compromis sur la qualité». La visite a permis de constater que chaque point était noué, ce qui contribue à la géométrie très marquée, très tendue du sac. Le fil est du fil de lin fourni par la société Toulemonde de Marcq-en-Barœul dans le Nord.

Prime de 4 000 euros à tous les collaborateurs

Le bâtiment abrite aussi un atelier de fabrication de selles et de brides pour l’équitation, le deuxième après celui du site historique du Faubourg St Honoré à Paris. Si la sellerie représente une petite part de l’activité de la division maroquinerie, «elle est à l’origine de tout», estime Emmanuel Pommier. «C’est un trésor de savoir-faire en termes de travail du cuir, de filetage, d’astiquage des bords francs».

En s’installant à Louviers (19 000 habitants), Hermès explique avoir fait le choix de la "ville 15 minutes" avec les écoles et les commerces dans un rayon de 15 minutes. Il conforte aussi son pôle maroquinier de l’Eure puisqu’il dispose depuis 2017 d’une autre maroquinerie dans la commune voisine de Val-de-Reuil. Pour la petite histoire, cette commune est dirigée par le maire socialiste Marc-Antoine Jamet qui n’est autre que le secrétaire général de LVMH, numéro un mondial du luxe et grand concurrent d’Hermès.

Nouveau site Hermes à Louviers dans l'Eure le 7 avril 2023Claire Garnier
Nouveau site Hermes à Louviers dans l'Eure le 7 avril 2023 Nouveau site Hermes à Louviers dans l'Eure le 7 avril 2023

Dans les ateliers du nouveau site Hermes à Louviers (Eure) chaque point est noué au fil de lin. ©Claire Garnier

Alors qu’il vient d’annoncer des résultats exceptionnels pour 2022 (hausse de 21% des ventes de maroquinerie par rapport à 2021, hausse de 29% du chiffre d’affaires global, marge opérationnelle de 40,5%) qui l’ont décidé à verser une prime de 4 000 euros à tous ses collaborateurs, Hermès annonce un rythme d’ouverture d’une maroquinerie par an en France. Les prochaines sur la liste sont à Tournes-Cliron dans les Ardennes, Riom dans le Puy-de-Dôme, L’Isle-d’Espagnac en Charente et Loupes en Gironde.

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