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Futerro veut produire et recycler du PLA en France

La société belge, deuxième producteur de PLA au monde, a un projet d'investissement en France. L'objectif serait la construction d'une unité complètement intégrée de PLA, qui irait de la production de la matière première au recyclage chimique du polymère en fin de vie.

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La société belge produit des pellets de PLA.

Si les projets de recyclage des plastiques se font de plus en plus nombreux en France, l'Hexagone accueille également de beaux projets autour des bioplastiques. C'est le cas notamment de la zone industrielle de Port-Jérôme, en Normandie, qui devrait héberger dans le futur une usine d'acide polylactique (PLA). Avec cette annonce datée du mois de janvier, on aurait pu croire que la société belge Futerro faisait une entrée remarquée sur ce marché si porteur du PLA. En réalité, cette société évolue dans ce domaine, en toute discrétion, depuis plus de 30 ans et exploite une unité de production d'une capacité de 100 000 tonnes par an de PLA, dont la mise en service a été effectuée en 2021, dans la province de Bengbu (Chine). Et si une unique unité semble dérisoire, les volumes produits dans cette usine font de Futerro le deuxième producteur mondial de PLA à ce jour, derrière NatureWorks, pionnier du domaine qui dispose actuellement d'une capacité totale de 150 000 t/an. Volume auquel devraient se rajouter 75 000 t/an, dès 2024, avec la construction d'une usine en Thaïlande. Le troisième producteur de PLA au monde est Total Corbion PLA qui exploite aussi une unité de 75000 t/an en Thaïlande.

Ce sont les propriétés du PLA qui en font un biopolymère particulièrement recherché. Produit à partir de sucre, ce bioplastique ne nécessite pas de puiser dans les ressources fossiles pour sa fabrication, limitant les émissions de carbone. Par ailleurs, ses propriétés mécaniques lui permettent de constituer une alternative aux plastiques conventionnels. Il est recyclable par voie moléculaire, à l'infini, et ce, sans altérer sa qualité. De plus, il s'agit d'un des rares polymères dont le produit de dégradation, l'acide lactique, est inoffensif pour la santé humaine et l'environnement. C'est pourquoi, il trouve de nombreuses applications dans les emballages compostables.

Une première unité complètement intégrée

Bien que le projet soit encore en attente des validations de la part des autorités compétentes, la future unité de Futerro serait une première mondiale. « Nous envisageons un investissement d'environ 500 millions d'euros pour une unité complètement intégrée. C'est-à-dire que, sur le même site, nous nous chargerons de la totalité de la chaîne de production du PLA, du traitement de la matière première jusqu'à la fin de vie du PLA », explique Frédéric van Gansberghe, p-dg de Futerro. Dans le détail, cette unité ne possèdera pas moins de quatre lignes de production distinctes. Une première ligne permettra de transformer l'amidon de blé - issu de l'industrie agroalimentaire - en sucre. Celui-ci sera ensuite transformé en acide lactique via une fermentation bactérienne anaérobie (sans apport d'oxygène). Une ligne de polymérisation permettra de produire le fameux bioplastique à partir d'acide lactique. « Enfin, notre site comprendra une unité de recyclage utilisant une technologie brevetée de solvolyse baptisée Loopla », précise le p-dg. L'avantage de ce type de recyclage est qu'il permet de retourner au monomère de base et, par conséquent, de reproduire un PLA aux propriétés équivalentes.

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Le projet Normand en bref

Nombre d'emplois : 250

Superficie : 25,6 ha

Investissement : 500 M€

Capacité : 75 000 t/an de PLA

Un choix stratégique

Le premier choix déterminant pour Futerro a été la matière première qui devait être exploitée pour la fabrication de PLA. « Nous avons choisi le blé car il contient de l'amidon et des protéines. Et la demande en protéines végétales est en forte hausse. Par conséquent, l'extraction d'amidon qui peut être considéré comme un sous-produit des protéines de blé, augmente proportionnellement et les prix diminuent. Cela en fait une matière première intéressante », raconte Frédéric van Gansberghe. La société belge visant en priorité le marché européen, il lui fallait identifier un lieu où l'approvisionnement en matière première serait le plus aisé. « Le champion en Europe pour le blé est la France », précise le p-dg. En plus de la proximité avec la matière première, d'autres critères ont été pris en compte dans le choix du site. L'un des premiers critères a été la disponibilité d'un terrain industriel de taille suffisante, avec la possibilité d'étendre les capacités de production ainsi que la présence d'un bassin de compétences techniques, dédié aux secteurs de la chimie et des polymères. « Nous avions également besoin d'un accès à une voie d'eau dans une région, avec une politique de captage du CO2. Nous souhaitions également une zone industrielle « en déclin », avec une politique favorisant la réindustrialisation durable de la région », explique Frédéric van Gansberghe. Ce projet pourrait permettre de relancer quelque peu l'économie locale, via la création de 250 emplois directs sur le site.

Un travail de longue haleine

Si, aujourd'hui, le PLA semble être un matériau d'avenir - comme en témoignent les différents projets dans le monde -, cela n'a pas toujours été le cas. « Au début, il n'y avait pas beaucoup d'engouement pour le PLA. Il a été présenté en tant que polymère qui pouvait être biodégradable et/ ou compostable. Et ceux qui cherchent à utiliser du plastique veulent quelque chose qui dure dans le temps », rappelle Frédéric van Gansberghe. Avant d'ajouter : « Nous travaillons actuellement sur un PLA qui peut être très stable, avec une fin de vie par recyclage, mécanique ou chimique, plutôt qu'un compostage ». Même si l'Europe semble avoir une politique plus axée sur le recyclage des plastiques, Futerro n'en démord pas : l'importance réside dans le biosourcé. En employant de la biomasse pour fabriquer ce genre de produits, la société participe à la captation et au stockage du carbone. « Aujourd'hui, il y a une application principale pour le plastique biosourcé, c'est l'emballage, surtout pour les plastiques compostables. Mais il y a d'autres secteurs qui sont plus prometteurs, au vu des volumes nécessaires : le textile et la construction », explique Frédéric van Gansberghe. Et de conclure : « Les projets de bioplastiques sont de plus en plus nombreux. De plus, l'administration Biden a annoncé son intention de convertir 90 % de sa production de plastique en biosourcé dans les vingt prochaines années. Le PLA a donc de très beaux jours devant lui. »

La prévalence du compostage en Chine et aux États-Unis

Si, en Europe, le recyclage des plastiques est devenu une priorité, certains pays, à l'image de la Chine et des États-Unis, poussent vers le compostage. Ces deux pays ont même mis en place des politiques de boucles fermées pour récupérer et transformer les déchets plastiques en compost, via un procédé industriel. C'est pourquoi les capacités de production de PLA ne cessent de croître en Asie, et que certains industriels montrent leur intérêt au travers de projets outre-Atlantique, à l'image de LG Chem qui réalise une étude de faisabilité. « Aux États-Unis, dans certains stades, les plastiques conventionnels sont interdits pour tous les emballages alimentaires. Tous les déchets collectés dans ces enceintes sont envoyés dans les composteurs », raconte Frédéric van Gansberghe. En Chine, cette politique est appliquée pour les plateaux repas dans les avions.

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