« Il s’agit d’un bel exemple de transfert de technologie, démontrant ainsi les synergies possibles entre la recherche fondamentale et la création d’entreprise ». Ce sont en ces termes que Gilles du Sordet résume la fondation de l’entreprise dont il est le président. Bien que tout juste créée en 2020, la société FunCell – pour Functionalization for Cellulosic Materials – trouve ses origines plusieurs années auparavant, au sein du Centre de recherches sur les macromolécules végétales (Cermav/CNRS) à Gières (Isère). « Tout a commencé par des travaux de thèse sur les matériaux composites, en 2014, au cours desquels un renfort mécanique de produits cellulosiques a été mis au point. Les développements réalisés à cette époque n’ont pas immédiatement trouvé de suite. Ils ont été exploités quelques années plus tard, faisant l’objet d’une maturation et d’une incubation au sein de la SATT Linksium, en 2018, pour ainsi aboutir à un dépôt de brevet », raconte Julien Leguy, directeur technique de FunCell. Comptant cinq collaborateurs dans ses rangs, la start-up, hébergée au sein du Cermav, a été désignée lauréate des concours d’innovation i-PhD en 2019 et Grand prix i-Lab en 2020.
S’inspirer de la nature pour accroître les propriétés mécaniques
L’entreprise a mis au point une gamme d’additifs biosourcés et biodégradables (BioWet et BioWet+) s’adressant en premier lieu au secteur du papier-carton. « Notre produit BioWet est une hémicellulose, un polymère naturel, qui est fonctionnalisé chimiquement. Nous renforçons ainsi sa capacité d’adsorption sur la cellulose ,tout en ajoutant des liaisons covalentes. Ce qui permet d’accroître les performances mécaniques globales du papier alors que d’autres additifs ne parviennent généralement à améliorer qu’une propriété donnée : tenue à l’éclatement, résistance à la traction, etc. », détaille Julien Leguy. Avant de poursuivre : « Nous avons également développé notre produit BioWet+ qui permet, à l’aide d’un second polymère biosourcé, d’accroître davantage les propriétés mécaniques, que ce soit à l’état sec (jusqu’à trois fois) ou humide (jusqu’à 20 fois) ». Au-delà des performances apportées, ces additifs peuvent remplacer certains additifs pétrosourcés.
Outre ses additifs de renfort, la société est en train de développer sa gamme de produits BioGraft, permettant de fonctionnaliser à façon le matériau cellulosique. « Il sera possible, par exemple, de conférer des propriétés d’hydrophobicité ou de barrière à la vapeur pour le secteur agroalimentaire », explique Julien Leguy. Dans le domaine de l’emballage, les propriétés barrières sont apportées en général par une couche de film plastique, et le BioGraft pourrait permettre de s’en passer. « Nous pourrions également greffer des fonctionnalités de fongicides, bactéricides et/ou virucides pour des matériaux utilisés dans le domaine médical », détaille le directeur technique de FunCell. Avant d’ajouter : « Les possibilités de fonctionnalisation sont très larges, et nous pourrons élaborer des preuves de concept en fonction des besoins des clients ».

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À noter que les additifs mis au point par FunCell sont issus de la valorisation de déchets agricoles, n’entrant pas en concurrence avec la production alimentaire. « Nous avons identifié au moins quatre sources possibles, et en volume assez important, l’une d’entre elles étant déjà exploitée dans le textile », indique Gilles du Sordet. En ce qui concerne les applications visées, FunCell cible dans un premier temps l’emballage et les produits d’hygiène (essuie-tout, mouchoirs, etc.). « À plus long terme, les applications dans le domaine du textile à fibres naturelles pourraient également nous intéresser », confie Gilles du Sordet.
Accélérer sur la production industrielle
Actuellement, l’entreprise FunCell est au stade de la production en laboratoire, mais elle compte rapidement monter en échelle. La société est d’ores et déjà en contact avec d’importants groupes papetiers et des donneurs d’ordres pour développer des applications de leurs additifs. « Nous devons, d’une part, travailler sur la qualification de notre produit auprès des clients. D’autre part, nous allons également commencer à industrialiser la production pour multiplier les essais et optimiser nos produits sur les applications cibles. Notre objectif étant de déployer un pilote au premier semestre 2022, et un démonstrateur industriel dès 2023 », indique Julien Leguy. Dans ce cadre, FunCell a récemment noué un partenariat avec l’IFPEN pour extrapoler son procédé à l’échelle du pilote industriel. Pour financer sa croissance, la société FunCell prévoit prochainement une levée de fonds. « Au-delà de l’industrialisation, cela permettra de consolider notre capacité de R&D en étoffant nos équipes. Nous souhaitons également établir des partenariats de recherche, en s’appuyant sur l’écosystème grenoblois qui abrite des centres tels que le Centre technique du papier, l’école de Papèterie Grenoble INP – Pagora UGA, plateforme PEI (TEC21), le Cermav, le CNRS, ou encore l’institut technologique FCBA (Forêt Cellulose Bois-construction Ameublement ), etc. », précise Gilles du Sordet. Sachant la volonté des industriels à réduire leur impact sur l’environnement, la société FunCell ne devrait pas manquer de projets dans le futur.



