Free Pro s’installe à Marseille, point névralgique du trafic Internet mondial

Free Pro a inauguré jeudi 11 mai son nouveau siège social à Marseille. L’opérateur a également pour ambition de construire un nouveau datacenter dans la cité phocéenne, septième hub mondial de l’Internet, mais les autorités locales et nationales ont posé leurs conditions.

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Free Marseille
Free Pro envisage d'ouvrir un deuxième datacenter sur la zone portuaire de Marseille.

Il reste bien ici ou là un autocollant laissé sur une porte pour rappeler le passé récent, quand Jaguar Network n’avait pas encore été racheté par Free. Inauguré en novembre 2013, le datacenter est désormais la propriété de la filiale d'Iliad. Eric Paris, le responsable du site, fait découvrir ses salles techniques avec fierté. « Ici tout est comme neuf, l’entretien j’y veille personnellement », assure-t-il. Au cours de la visite, le responsable s’agace même gentiment d'un client qui a mal rangé les différents câbles à l’arrière d'un rack.

Un site stratégique

Si le site fait l'objet d'un tel soin, c'est qu'il s'avère particulièrement stratégique pour Free, comme l’indiquera sans ambages quelques heures plus tard Thomas Reynaud, le directeur général du groupe Iliad. Jeudi 11 mai, lors de l’inauguration officielle du siège flambant neuf de Free Pro dans le nouveau quartier de Smartseille, le dirigeant a envoyé un message on ne peut plus clair aux représentants des autorités rassemblés à cette occasion : « Laissez-nous installer un deuxième datacenter ». Pour l'entreprise, ce projet participerait à faire de Marseille le premier point de concentration du trafic web mondial.

L’annonce a de quoi surprendre. Retour au nord de Marseille, dans le quartier de la Joliette, dans le datacenter récemment acquis. Eric Paris fait l’état des lieux : quatre salles informatiques de 550 mètres carrés et une salle de 350 mètres carrés. Le bâtiment possède encore un vaste espace vide, de quoi doubler potentiellement les capacités actuelles. L’urgence ne semble pas à la construction d’un nouveau datacenter.

Croissance rapide de la demande

Pas si simple, répond en substance l’ami des câbles bien rangés : « Il faut être en permanence dans l’anticipation dans nos métiers », estime-t-il. Les surfaces peuvent sembler vastes, mais les clients s'accumulent. Surtout, le temps de construction d’un nouveau datacenter est long. Pour construire celui-ci, il aura fallu trois ans entre l’acquisition du terrain et l’inauguration. « Le délai peut monter jusqu’à cinq ans », affirme de son côté l’hôte du jour, Denis Planat, le directeur général de Free Pro.

La situation de Marseille explique en partie cette anticipation de forte croissance. La cité phocéenne est actuellement le septième « hub » Internet de la planète et ambitionne de grimper encore dans le classement. Un essor en partie dû aux 17 câbles sous-marins qui arrivent à proximité, de sorte que les datacenters situés à côté offrent une meilleure connectivité et une latence réduite. Résultat : la qualité de service est « extraordinaire » selon le directeur général qui, s’il est est né à Clermont-Ferrand, semble avoir déjà pris goût à une certaine emphase qu’on prête aux habitants de la Cannebière.

Une base clients multipliée par 20

Les chiffres sont de son côté. Selon lui, Free Pro est passé en deux ans de 1 500 clients au moment du lancement à 35 000 aujourd’hui. Encore un signe que la croissance de la demande est exponentielle et qu’il faut d’autres datacenters. Joignant le geste à la parole, depuis la salle du conseil situé au septième étage du nouveau bâtiment, il balaie les espaces environnants, plus ou moins en friche, et les installations portuaires, où – pourquoi pas – il pourrait s’installer si l’Etat et la municipalité lui donnaient leur accord.

Mais la filiale d'Iliad n’est pas la seule à opérer des datacenters dans la région. Par exemple, le groupe Interxion y possède déjà trois sites, en a construit un quatrième et prévoit encore de s'agrandir. Free Pro a l'avantage de pouvoir compter sur le soutien du président de la chambre de commerce et d’industrie de Marseille-Provence, Jean-Luc Chauvin. « Je relève le défi, a-t-il répliqué à la demande de Thomas Raynaud. Marseille change, Marseille est la place to be du numérique ».

Et les emplois ?

Il reste cependant des officiels à conquérir. A commencer par le préfet des Bouches-du-Rhône, les terrains du port étant propriété de l’Etat. Lors de l’inauguration du siège social, ce dernier a reconnu qu’ « ici se forge l’avenir du numérique avec les offres de services de Free Pro », mais selon lui, l’attractivité marseillaise pour les datacenters ne peut pas être tenue comme une évidence. « La construction de ces datacenters est en concurrence avec d’autres projets. Ils utilisent de l’énergie dont d’autres secteurs pourraient avoir besoin. Il faut démontrer que les externalités positives créent de la valeur pour notre territoire ».

L’adjoint au maire de Marseille, chargé notamment du numérique mais aussi de l’emploi et de l’économie, l'a dit plus clairement encore : « Le modèle économique du datacenter consomme beaucoup de foncier sans créer beaucoup d’emplois ». Les faits ne lui donnent pas vraiment tort. Le datacenter de Free, celui où Eric Paris veille, emploie une douzaine de personnes. Il est vrai que lors de la visite, la quasi-absence d’êtres humains dans ces lieux où tant de valeur transite est frappante. Deux salariés dans un couloir installaient bien un nouveau câble au plafond, tandis qu’un autre croisé par hasard semblait faire visiter les lieux à des clients potentiels. Et c’est tout.

Bons et mauvais datacenters

Denis Planat relativise illico quand on lui oppose ces chiffres. « Il faut aussi compter les 150 ingénieurs d’exploitation qui travaillent sur les services que l’on fournit ensuite à nos clients », s’enflamme-t-il, les ingénieurs travaillant depuis le nouveau siège. Avant de préciser que, selon lui, il existe deux philosophies dans les datacenters. Ceux qui hébergent les données des grandes entreprises nord-américaines – les GAFA pour les nommer, qui ne génèrent que très peu d’emplois localement. A l’inverse, il y aurait ceux de Free : « Nous on s’occupe des entreprises, on leur donne de la valeur ajoutée », explique-t-il. Le patron de Free Pro a par ailleurs rappelé avoir créé de l'emploi en s’installant à Marseille : 100 collaborateurs ont été embauchés au cours des 18 derniers mois et 300 personnes supplémentaires devraient l’être d’ici à 2025. Thomas Reynaud a ainsi souligné que Free était devenu un des principaux employeurs privés de la métropole. Un acteur qui prend son ancrage local au sérieux, en ayant relié les 170 lycées de la région à son réseau propriétaire. Et la maison a encore des projets en matière de data maritime, un sujet qui intéresse la ville. « Nous serons à vos côtés », a promis l'adjoint au maire.

Au cours de l'inauguration, les représentants de Free Pro ont utilisé à plusieurs reprises un mot dans l’air du temps : souveraineté. Comme une manière de rappeler qu’il s’agit d’une entreprise française attachée aux décisions publiques. Ils ont également repris un autre refrain. Ex-trublion des télécoms, Free Pro se présente aujourd’hui comme une entreprise industrielle. Un écho marseillais du discours que tenait le même jour le président de la République, appelant à une mobilisation en faveur de l’industrie. Un président qui, de notoriété publique, aime l’OM. Et les datacenters ?

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