Vers des fermetures d’usines en série au sein de l’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi ? La menace plane depuis plusieurs jours, alors que les trois groupes automobiles entament une semaine cruciale qui débutera par une conférence de presse, mercredi 27 mai, pour faire un point sur "l'avancement des activités de l'Alliance". Une première étape à laquelle doivent succéder les présentations respectives de Nissan, jeudi 28 mai, et de Renault le lendemain. En crise depuis de longs mois, le groupe automobile français "joue sa survie",
pour reprendre l’expression du ministre de l’Economie Bruno Le Maire… Et pourrait annoncer une réduction de son empreinte industrielle, notamment en France.
En février, la directrice générale par intérim de Renault, Clotilde Delbos, avait déjà averti "[n’avoir] aucun tabou" sur de potentielles fermetures d’usines dans le monde et en France, dans le cadre du plan d’économies de deux milliards d’euros sur trois ans que le groupe français doit présenter vendredi 29 mai. "Il est clair que nous n’arriverons pas à atteindre nos réductions de coûts sans que cela touche la moindre personne sur les 180 000 employés de Renault", avait-elle alors prévenu, après avoir fait état de performances financières en retrait en 2019. Pour la première fois en dix ans, Renault a accusé sa première perte nette l’année dernière.
Bilan, trois usines françaises pourraient mettre la clé sous la porte : Choisy-le-Roi (Val-de-Marne), les fonderies de Bretagne à Caudan (Morbihan) et Dieppe (Seine-Maritime). La première, qui compte 260 salariés, est spécialisée dans la rénovation d’organes mécaniques, tandis que les 400 salariés de Dieppe avaient bénéficié de la renaissance de la marque haut de gamme Alpine. Un quatrième site serait également visé par le plan d’économies. Il s’agit de Flins (Yvelines). Ses 2 600 salariés sont en charge de la production de la Renault Zoé et la Nissan Micra, et jusqu’à il y a peu de la Clio... dont la nouvelle génération sera uniquement produite dans les usines turque et slovène de Renault.

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Flins arrêterait l’assemblage de véhicules
A la différence des trois autres, l’usine francilienne ne devrait pas fermer, mais cesser l’assemblage de véhicules finis pour se voir confier d'autres activités. Interrogée par L’Usine Nouvelle, une porte-parole s’est refusée à commenter "des rumeurs" et a confirmé que des "précisions seront apportées" sur ces questions lors des présentations des plans. Mais ces perspectives ont suscité de vives réactions, d’autant qu’elles interviennent en pleine validation du prêt garanti par l’État de 5 milliards d’euros accordé à Renault. "Nous serons extrêmement attachés, voire intransigeants, à la préservation des sites en France", a déclaré le Premier ministre Edouard Philippe au Sénat le 20 mai.
Côté Nissan, les décisions pourraient également avoir de graves conséquences pour les salariés du constructeur japonais. D’après des sources interrogées par l’agence de presse japonaise Kyodo News vendredi 22 mai, le groupe pourrait supprimer 20 000 emplois, surtout en Europe et dans les pays émergents. Une décision qui rappellerait chez Nissan les très douloureuses coupes d’effectifs décidées par l’ancien dirigeant du groupe, Carlos Ghosn, lors de la crise économique de 2009. En un an, le fabricant de la Micra avait également perdu 20 000 emplois à travers le monde, après avoir accusé une forte baisse de ses ventes mondiales de voitures.
Dans le cadre de son plan de redressement, Nissan pourrait annoncer en Europe la fermeture de son site de Barcelone. L’usine produit des gros pick-up pour le constructeur japonais et son partenaire français (Nissan Navara, Renault Alaskan), ainsi que pour Daimler (Mercedes Classe X). Il assemble également la version électrique de la fourgonnette Nissan NV200. Mais d’après les estimations du cabinet Inovev, cette usine n’a produit en 2019 qu’un peu plus de 53 000 modèles, et ne tournerait donc qu’à à peine plus de 30% de ses capacités totales. D’après les journaux japonais, ces productions pourraient être transférées dans d’autres usines, notamment en France.
Approfondir les synergies
A l’échelle de l’Alliance, la conférence du 27 mai devrait être l’occasion de présenter les nouvelles orientations visant à approfondir les synergies au sein du partenariat franco-japonais. En janvier, le comité opérationnel avait validé le principe d’une organisation référent-suiveur, pour chaque grande région ou chaque technologie. Pour éviter les doublons, un référent parmi les trois entreprises devrait être désigné, et faire bénéficier ses partenaires de son ingénierie ainsi que de son expertise. Lors du dernier plan "Alliance 2022", présenté par Carlos Ghosn, le montant des synergies devait doubler à un niveau de 10 milliards d’euros par an, contre 5,7 milliards d’euros en 2017.
Un chiffre que son successeur Jean-Dominique Senard ne devrait pas reprendre. Lors d’une rencontre à Paris en janvier 2020, l’ancien dirigeant du fabricant clermontois Michelin s’était refusé à "parler de ce chiffre" : "Je ne le comprends pas et je ne le maîtrise pas", avait taclé le nouveau président de Renault et de l’Alliance, à l’occasion d’une rencontre organisée par l’Association des journalistes économiques et financiers (AJEF). A l’époque, Jean-Dominique Senard estimait que "80% du potentiel de l’Alliance" était à venir. "Cette Alliance n’a certainement pas donné tout son potentiel, tout le monde en est conscient", avait-il déclaré.
Un potentiel qu’il est urgent d’exprimer, au regard des difficultés rencontrées par Renault, Nissan et Mitsubishi. Pendant deux ans, cette structure unique dans l’automobile a occupé la première marche des ventes mondiales de véhicules neufs, entre 2017 et 2018. Mais a rétrogradé en 2019 à la troisième place, derrière Volkswagen et Toyota, avec "seulement" 10,16 millions de voitures. L’arrestation de Carlos Ghosn a mis au jour les difficultés de l’Alliance, qui tente depuis de se réinventer en pleine dégradation du marché automobile. Un phénomène accentué par la crise du coronavirus, qui pourrait faire baisser les ventes mondiales de voitures de 16 à 23% en 2020, selon les estimations du BCG.



