Fairmat veut rendre accessibles les composites en fibres de carbone recyclés

Fairmat, acteur de la deep tech, accélère son développement, un peu plus d’un an après sa création. La start-up annonce, mardi 28 septembre, une levée de fonds de 8,6 millions d’euros pour industrialiser sa technologie de recyclage de matériaux composites à fibres de carbone. La future usine compte produire un matériau aussi résistant que l'aluminium, mais 2,5 fois plus léger. Plus économique, il génèrera aussi moins de CO2 lors de sa production et servira à de nouvelles applications.

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Pièces d'avion en composite
En France, le volume de déchets composites à base de fibres de carbone (ici des pièces d'avion) est estimé à 2500 tonnes à l'horizon 2025, contre 500 tonnes actuellement. Ni triés, ni valorisés, ces derniers sont enfouis ou incinérés.

Démocratiser l’utilisation de la fibre de carbone dans les objets du quotidien, tel est l’objectif de Fairmat. La start-up francilienne, qui a développé une technologie de recyclage des composites à fibres de carbone, annonce une levée de fonds d’un montant de 8,6 millions d’euros. Réalisée par le fonds de capital-risque Singular au côté de business angels - des capitaines d’industries et entrepreneurs de la tech’ dont les noms sont confidentiels -, cette augmentation de capital servira à industrialiser sa technologie de recyclage composites. A la différence d’autres solutions énergivores, telles la solvolyse ou la thermolyse, qui visent à recycler la fibre, celle de Fairmat fonctionne principalement à froid et consiste à remettre en état le composite (fibre et résine thermodurcissable essentiellement) pour régénérer  le matériau. "Notre technologie est négative en bilan carbone", indiqueBenjamin Saada, le fondateur. "Le kilo de composite Fairmat émet cinq fois moins d’émission de CO2 à produire que son équivalent neuf".

Traitement mécanique, IA et robotique

Provenant des chutes de production et des déchets (de plus en plus nombreux) des pales d’éoliennes et des pièces d’avions, la matière, une fois recyclée, sera commercialisée sous la forme de panneaux noirs, au poids. Si le matériau ne possède pas les performances de la matière vierge, il peut remplacer le bois, le plastique, l’aluminium, voire l’acier dans certaines conditions. "La matière que nous recevons est découpée spécifiquement et remise à un format. Elle est ensuite réagrégée de manière ordonnée. C’est lors de cette étape que seront apportées les performances", explique l’entrepreneur. Le process, qui repose sur un traitement mécanique, "utilise des technologies numériques sophistiquées basées essentiellement sur l’algorithmique et la robotique", ajoute Benjamin Saada.

Ouvrir les débouchés

Pour le patron, également cofondateur d'Expliseat,qui produit des sièges d’avions ultra-légers, la réutilisation de la fibre de carbone est une réponse aux enjeux environnementaux. "En rendant accessible le composite de carbone à des applications qui ne pouvaient pas se l’offrir, Fairmat réduit les émissions carbone liées au transport." Les biens de consommation, l'électronique, les éléments d'aménagement intérieur, la construction et la mobilité sont les premiers marchés visés. "Le recyclage de ce matériau léger et résistant ouvre aussi des perspectives à des applications à faible de durée de vie ou éphémères, comme les structures pour l’événementiel ou des pièces de drones."

5000 tonnes de matériaux recyclés

Actuellement en mode laboratoire, avec un pilote à Agoranov, l’incubateur de la ville de Paris, l’entreprise changera d’échelle l’an prochain. L’ambition est grande. L’usine sera dimensionnée pour traiter 5000 tonnes de déchets par an. "C’est le volume de composite à recycler en fibre de carbone produit en Europe cette année", précise Benjamin Saada. "Nous voulons couvrir tous les spectres des applications possibles. Si on entre sur un programme automobile, il faut qu’on puisse fournir les pièces".

Une usine et des grades pour 2022

Deux projets sont actuellement à l’étude : l'un pour une reprise d’usine, l'autre pour une création. "Compte tenu de notre activité, il nous semble logique de recycler un site industriel plutôt que de partir de zéro. Mais toutes les options sont sur la table". Le choix sera validé dans les prochaines semaines. D’ici là, la petite quinzaine de personnes qui constitue l’équipe de Fairmat travaille avec ses partenaires, PME et grands groupes industriels. "Nous décidons ensemble si l’application possède suffisamment d’impact pour entrer dans notre programme. Si tel est le cas, alors on développe des spécifications techniques. Résistance chimique, durabilité, résistance aux températures… On peut faire plein de choses, mais il faut le décider". Autant de futurs grades qui seront dévoilés à partir de mars 2022.

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