«Nous considérons qu’il est possible de concurrencer les fabricants chinois à partir de la France et de l’Europe avec des produits technologiques qui corrigent les failles et zones de fragilité identifiées sur les microcircuits. Nous y travaillons avec nos clients», explique le président d’Eyco, Eric Eymard. Spécialisée dans la production de microcircuits intelligents et ultra-minces qui embarquent et interconnectent divers composants électroniques, l’usine d’une superficie de 3700 m² a été inaugurée à Trets, près d’Aix-en-Provence, (Bouches-du-Rhône), le 10 septembre.
L’investissement total engagé par la jeune société, née en août 2020, avoisine les 30 millions d’euros. Cinq millions d’euros portent sur le seul ensemble immobilier dont les travaux ont débuté en 2022 et qui abritent atelier de mécanique, salle blanche et bureaux. L’entreprise emploie 43 salariés, elle espère monter à 100 dans une deuxième phase, après avoir mené les développements qu’elle envisage à l’horizon 2027-2030. «Nous ciblons des marchés dans l’identité, les paiements, la santé, l’Internet des objets, l’intelligence artificielle, poursuit le dirigeant. Notre capacité de production annuelle représente environ 500 millions d’unités par an sur un marché estimé à 8 milliards, mais nous ambitionnons à l’avenir d’atteindre le milliard, en conquérant des clients à l’international. Notre production des premiers gros volumes débutera avant la fin de cette année et la montée en puissance s’opérera en 2025, mais nous nous préparons déjà, avec nos clients, dans la mise au point de procédés pour des innovations disruptives lancées sur le marché en 2027/2028».
Pour mener à bien son projet, Eyco a fait le choix de concevoir un certain nombre de ses machines en interne, comme ses laminateurs et systèmes de photolithographie.
Le soutien de tout un écosystème
L’entreprise a travaillé sur la réduction de son impact environnemental pour s’intégrer dans un paysage dominé par la montagne Sainte-Victoire. Toutes les eaux sont récupérées, recyclées, traitées et réinjectées dans le process. «Nous sommes une usine 0rejet» assure Eric Eymard, déterminé à faire de «l’advanced packaging» (assemblage avancé de microcircuits) un métier de pointe de la microélectronique, aujourd’hui couvert en Europe pour moins d’1% du marché. Les plus petites séries fabriquées tourneront entre 50 000 et 100 000 pièces.
Accompagnée dès son origine par le pôle de compétitivité Solutions communicantes sécurisées et des investisseurs privés dont la renommée et l’expérience ont aidé à susciter la confiance, l’unité a bénéficié d’un important soutien public national, comme l’a souligné Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance, qui l’évalue à 16 millions d’euros entre crédits accordés, apports en fonds propres et subventions. Les collectivités territoriales dont la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur et le fonds Région Sud Investissement ont également participé à l’essor de la société, en dépassant notamment le «ticket moyen» habituel de participation, la Métropole Aix-Marseille-Provence et la plupart des grandes banques françaises ont appuyé son dossier, «Caap Création» du Crédit agricole Alpes Provence s’associant à la levée de fonds de début 2024.
«Eyco voulait construire une start-up industrielle. Elle a su aboutir en quatre ans pour démarrer son usine parce qu’elle a bénéficié du soutien de la communauté humaine du territoire. Bpifrance se veut un catalyseur pour toute la filière, en mettant en permanence les entrepreneurs en relation, des plus petits aux plus gros, comme STMicroelectronics, afin de réussir la réindustrialisation de la France» commente Nicolas Dufourcq.



