Evonik n’en finit plus avec les annonces de réorganisation et de réorientation stratégique. Avec des ventes en recul de 17 % sur 2023, le groupe annonçait en mars son intention d’économiser 400 millions d’euros par an, via une réorganisation structurelle d’ampleur impliquant la suppression de près de 2 000 emplois au niveau mondial. Puis, en septembre, il affirmait vouloir générer 1,5 Mrd € de ventes supplémentaires d’ici à 2032, grâce à une nouvelle stratégie d’innovation davantage tournée vers la durabilité.
À présent, c’est à une réorganisation « profonde » de ses segments d’activité Health care et Coatings & adhesive resins que s’attaque Evonik. Le groupe compte se recentrer sur ses activités génératrices de croissance, avec des investissements plus ciblés, tandis que les sites des deux segments considérés comme non-stratégiques se verront fermés ou vendus. « Notre secteur connaît une profonde mutation structurelle dans le monde entier. Nous allons concentrer toutes nos ressources sur nos activités les plus fortes », a justifié Christian Kullmann, le p-dg. Au total, Evonik compte se séparer d’un portefeuille d’activité ayant généré un chiffre d’affaires de 350 M€ en 2023.
Libérer le potentiel de croissance
Du côté d’Health & care, l’accent sera mis sur les lipides pour les thérapies géniques et à base d’ARNm, les systèmes d’administration de médicaments et les ingrédients pour la culture cellulaire. En revanche, Evonik prévoit d’arrêter la production d’acides cétoniques destinés à des applications pharmaceutiques, qui emploie 260 personnes sur son site d’Hanau (Allemagne), d’ici à la fin 2025. Pour ce qui est des sites de production d’acides aminés et cétoniques, toujours pour la pharma, à Ham (France) et à Wuming (Chine), plusieurs options sont à l’étude. « Nos activités à Ham et Wuming sont solides et offrent un grand potentiel.Nous n’envisageons donc pas de les fermer », a informé Caspar Gammelin, responsable de la division Nutrition & Care. « Grâce à des investissements dans ces sites, ces entreprises pourraient atteindre leur plein potentiel et prospérer. Nous étudions donc des options telles que des partenariats ou des cessions qui leur permettraient de prospérer. » Les activités touchées représentent des ventes annuelles 100 M€.
En ce qui concerne l’activité Coating & adhesive resins, elle se concentrera sur deux domaines de croissance clés : les polybutadiènes liquides, utilisés comme additifs pour les adhésifs et les produits d'étanchéité ou les pneus, ainsi que les acryliques de spécialité pour la technologie médicale et l'industrie de l'emballage. Tandis que les polyoléfines, qui représentent un chiffre d'affaires d'environ 100 M€, seront transférées à l'activité C4 chain (produits chimiques à quatre carbones), puis cédées. Evonik compte aussi vendre ses polyesters dédiés aux applications de revêtement et de collage, ce qui inclut deux sites : le plus grand à Witten (Allemagne) qui emploie 250 personnes et une usine plus petite à Shanghai (Chine) qui comprend 30 salariés, pour un total de 150 M€ de ventes annuelles. « Pour réussir à long terme à l’échelle mondiale et générer les marges nécessaires, des investissements sont nécessaires – et d’autres entreprises, dont le polyester est l’activité principale, sont mieux à même de les réaliser que nous », justifie Lauren Kjeldsen, responsable de la division Smart Materials.
En mars, alors que Christian Kullmann pointait les difficultés économiques auxquelles est confrontée l’industrie chimique – il parlait de « ne pas se faire d’illusions » sur une éventuelle reprise économique en 2024, face aux « changements massifs et conséquents de notre environnement économique » – cette stratégie de « réorientation » devrait, selon lui, permettre de « libérer le potentiel de croissance » d’Evonik.



