Résultats 2023 : En recul, Evonik prévoit de supprimer jusqu’à 6 % de ses effectifs

Avec des ventes en recul de 17 %, Evonik, qui ne s’attend pas à une reprise économique en 2024, prévoit de supprimer jusqu’à 2 000 postes au niveau mondial. L’objectif : atteindre, d’ici à 2026, des économies annuelles de 400 millions d’euros.

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Evonik s'apprête à engager la deuxième phase de son programme Evonik Tailor Made, à savoir la suppression de près de 2 000 postes, dont 1 500 de direction, au niveau mondial.

À l’occasion de l’annonce de ses résultats en recul sur l’année 2023, Evonik a présenté la deuxième phase de son programme de réorganisation structurelle, du nom d’Evonik Tailor Made. Après avoir traversé les différentes crises de ces derniers mois, « nous nous en sommes sortis, dans l’ensemble, avec un œil au beurre noir. Nous le devons, avant tout, aux efforts considérables de tous nos collaborateurs », a déclaré Christian Kullmann, le p-dg d’Evonik. « Cependant, les conditions futures ne seront pas plus faciles, c'est pourquoi nous devons poursuivre notre refonte fondamentale du groupe », a-t-il poursuivi. La première étape du programme avait consisté à analyser en profondeur toutes les structures et tous les processus de l’entreprise. Sur cette base, Evonik a maintenant prévu d’établir une nouvelle structure organisationnelle, qui, d’ici à 2026, devrait lui permettre d’économiser 400 millions d’euros par an.

Pour y parvenir, le chimiste de spécialité allemand compte, à 80 %, sur la suppression de près de 2 000 emplois au niveau mondial – jusqu'à 6 % de ses effectifs –, dont environ 75 % de postes de direction. « Nous avons recensé 4 600 postes de direction dans le groupe, dont 1 500 au maximum devront être supprimés [principalement en Allemagne, N.D.L.R.], d'ici à fin 2026. Certains le seront sans remplacement, d’autres seront maintenus mais perdront leur fonction de gestion », a informé Richard Weiss, le porte-parole du département Finances d’Evonik. Les 20 % restants d’économies devraient résulter de la baisse des coûts des matières premières.

Plus simple, plus dynamique, plus efficace

Outre les suppressions de postes, qui devraient démarrer dès 2024, le groupe compte se passer des activités administratives qui ne soutiennent pas directement ses activités. « Aujourd'hui, les tâches et les employés des fonctions de soutien (ressources humaines, stratégie, développement durable, etc.) sont parfois répartis entre les quatre départements du conseil d'administration. Nous voulons les regrouper de manière judicieuse. Certains domaines d'activité seront complètement supprimés », a expliqué le porte-parole.

« Nous voulons éliminer les facteurs de complexité dans la gestion, tels que les liens transversaux au sein de notre organisation », a-t-il ensuite ajouté. « Notamment, les étapes d'examen et d'approbation devront être massivement réduites, ce qui aura pour effet de raccourcir le temps de prise de décision. » De surcroît, le nombre de niveaux hiérarchiques en dessous du conseil d’administration sera réduit, au maximum, à six, alors qu’actuellement, il en existe, dans certains cas, jusqu’à dix. Et les managers dirigeront sept personnes en moyenne, contre une à quatre, à ce jour.

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« Nous avons choisi notre propre voie, sur mesure, pour Evonik, sans consultants externes, afin d'obtenir les meilleurs résultats possible. Il est clair que notre entreprise sera très différente dans deux ans : beaucoup plus simple, dynamique et efficace », résume Thomas Wessel, le directeur des ressources humaines et du travail.

Une baisse des résultats à tous les niveaux

Même si Evonik a atteint les prévisions pour 2023 – celles-ci avaient été réduites au cours de l’été dernier –, « les nombreuses crises à travers le monde ont mis un frein à nos résultats », a déclaré le p-dg, Christian Kullmann. En effet, ses ventes se sont affichées en recul de 17 %, à hauteur de 15,3 Mrds €. De son côté, l’Ebitda ajusté a dégringolé de 33 %, pour atteindre 1,66 Mrd €. En cause : des volumes et des prix de vente, qui ont respectivement baissé de 8 % et de 3 %, ainsi que des effets de change négatifs.

Et alors qu’en 2022, le chimiste de spécialité pouvait se targuer d’un bénéfice net de 540 M€, il témoigne à présent d’une perte nette de 465 M€ sur l’année écoulée. « La majorité était des pertes de valeur, principalement sur nos installations de production de méthionine, ainsi que sur certains sites plus petits produisant de la silice en Europe, en Amérique du Nord et en Chine », a détaillé Richard Weiss. « Ce qui s'explique par le fait que ces marchés ne se développent pas comme nous l’avions prévu dans notre planification à long terme », a-t-il ajouté.

Dans le détail, les chiffres d’affaires (CA) et les Ebitdas ajustés des quatre segments d’Evonik ont tous chuté. Performance Materials est celui qui a subi les plus lourdes pertes (- 22 % de CA et - 68 % d’Ebitda). Car, en 2022, le segment ne s’était pas encore séparé de ses activités allemandes de Lülsdorf (260 M€ de CA en 2022), vendues en juin 2023 à ICIG. Nutrition & Care n’a pas dénoté (- 15 % de CA et - 43 % d’Ebitda), principalement en raison de la baisse des prix des acides aminés essentiels de l’activité Animal Nutrition et d’une diminution de la demande en lipides pharmaceutiques destinés à la fabrication de vaccins ARNm. Les Specialty Adhesives ont suivi la tendance (- 16 % de CA et - 29 % d’Ebitda), ayant subi les conséquences d’une baisse des volumes, dans toutes les régions, pour les produits destinés à la construction et aux revêtements, tels que les additifs pour les mousses PU et pour l’automobile. Enfin, Smart Materials (- 15 % de CA et - 27 % d’Ebitda) a connu une baisse notable de la demande sur presque tous les marchés, notamment le peroxyde d’hydrogène.

Pour finir, le groupe tient à préciser qu’il ne s’attend pas à une reprise économique en 2024. Il prévoit des ventes comprises entre 15 Mrds € et 17 Mrds €, et un Ebitda ajusté compris entre 1,7 Mrd € et 2 Mrds €. « Il ne faut pas se faire d'illusions, même s'il y a de légers signes de reprise : il ne s’agit pas de fluctuations cycliques, que nous vivons actuellement, mais bien de changements massifs et conséquents de notre environnement économique », a conclu le p-dg.

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