Spécialisé dans les analyses de produits pharmaceutiques, alimentaires et de matériaux, et digne représentant de notre CAC 40 depuis 2021, le groupe Eurofins est aujourd’hui pris dans une sérieuse tempête. Depuis la fin juin, il fait l’objet d’attaques du fonds spéculatif américain Muddy Waters (MW). Ce dernier a publié un premier rapport de 36 pages dénonçant « l'opacité » des comptes de l'entreprise. « Au fur et à mesure qu'Eurofins s'agrandit, elle procède à des acquisitions plus petites (...). La grande majorité des acquisitions n'atteignent pas le seuil de divulgation, ce qui maintient l'opacité de la plupart des dépenses », détaille le rapport. Des interrogations qui ont fait chuter le titre jusqu'à près de 25 %, ce jour-là, faisant tomber l'action à son plus bas niveau depuis 2020, avant d'être clôturée en baisse de plus de 16 %, en fin de journée. Puis, Muddy Waters est repassé à l'attaque, le 3 juillet, en publiant un « tome 2 » de ses critiques, évoquant un « chaos comptable », une « balkanisation donnant à Eurofins de nombreux leviers pour créer des revenus et des dépenses fictifs » en référence à la fragmentation de la structure en petites entités. Pour Eurofins qui réfute toutes ces accusations courant sur les dix dernières années, pas de doute : il s’agit d’une offensive délibérée pour perturber les marchés et permettre à Muddy Waters de profiter de la baisse de l’action. « Il est stupéfiant qu'un rapport aussi intéressé, contenant autant d'erreurs factuelles et d'allégations trompeuses et erronées, puisse être publié par une organisation comme MW qui prétend servir la société en révélant la vérité », a déclaré Gilles Martin, le p-dg d’Eurofins. Son groupe fait observer « que le rapport de MW a été publié le premier jour de la période de blackout d'Eurofins précédant la publication des résultats du premier semestre 2024 d'Eurofins, le 24 juillet 2024, montrant l'empressement de MW à perturber les marchés ». Pendant cette période de silence, les entreprises cotées en Bourse limitent leur communication avec les investisseurs. « Cela a empêché Eurofins et sa direction de modifier ou d'émettre de nouvelles instructions de rachat d'actions, compliquant ainsi sa capacité de réaction aux fluctuations de marché provoquées par le rapport de MW », a souligné Eurofins dans un communiqué, menaçant désormais d'intenter une action en justice.
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Une success story
Une chose est sûre, si Eurofins est ciblée, c’est parce qu’elle est une société d’envergure, née d’une success story familiale, dont les mouvements financiers n’ont rien d’anodin. Elle a été créée en 1987 par Gilles Martin, pour industrialiser et commercialiser la technologie SNIF NMR, une méthode d'analyse brevetée permettant de vérifier l'origine et la pureté de nombreux aliments et boissons, développée par ses parents, tous deux professeurs à l'université de Nantes. En plus de 35 ans, le réseau de laboratoires est passé d'une unique start-up de douze employés à plus de 900 laboratoires, employant 62 000 personnes en Europe, aux États-Unis, en Asie-Pacifique, en Amérique du Sud et en Afrique. Notamment depuis 2005, le groupe s’est attelé à son expansion internationale et l'accroissement de ses parts de marché locales, en combinant croissance organique et acquisitions ciblées par dizaines dans le monde entier. Fort de cette stratégie, Eurofins a pu réaliser un chiffre d’affaires 2023 de 6,5 milliards d’euros, en recul de 2,9 %, et un Ebitda ajusté de 1,4 Mrd €, en baisse de 9,9 %. Sur le premier trimestre 2024, les ventes se sont stabilisées à 3,3 Mrds €, et l’Ebitda est reparti à la hausse, grimpant de 5,9 % à 724 M€.



