EuroAPI, ancienne division de Sanofi, en pleine tourmente financière

Séparé depuis 2022 du laboratoire Sanofi, qui en contrôle 30% et qui reste premier client, EuroAPI continue de publier de mauvais résultats et de dégringoler en bourse. De profondes restructurations sont en cours, avec deux usines sur la sellette mais pas en France où les investissements se poursuivent.

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L'usine d'EuroAPI à Haverhill au Royaume-Uni, centrée sur la seule fabrication d'un principe actif de Sanofi, souffre de la baisse des commandes et devrait être cédée.

EuroAPI est à l’heure de nouveaux choix. Après des résultats puis des prévisions décevants, après le débarquement de son premier directeur général à l’automne 2023, l’ancienne division de Sanofi pour la production de principes actifs chimiques pour le compte de tiers a publié le 28 février 2024 au soir un bien mauvais bilan financier pour son exercice 2023. Ce qui a immédiatement entrainé une nouvelle chute spectaculaire de son cours de bourse, lequel a perdu 70% de sa valeur depuis l’introduction en mai 2022, en-dessous de 4 euros par titre.

Sanofi, toujours détenteur de 30% du capital, et Bpifrance (12%), qui s’étaient engagés à rester au moins deux ans, viennent de décider de prolonger leur engagement jusqu’à fin 2025. Lancé dans de grands investissements, en particulier en France mais aussi en Hongrie, EuroAPI va enclencher un vaste plan de restructuration qui touchera toutes ses catégories d’effectifs. Deux usines, en Angleterre et en Italie, sont vouées à une cession.

La mauvaise santé financière d’EuroAPI

Malgré un chiffre d’affaires en légère hausse de 3,8%, à 1,13 milliard d’euros, le bilan financier d’EuroAPI n’est pas bon. L’Ebitda a fondu de plus de 25% à 68,6 millions d’euros, tandis que la perte nette a explosé de 15 millions à près de 190 millions d’euros. Parti du giron de Sanofi en 2022 sans dette, l’entreprise se trouve déjà endettée à hauteur de 171 millions d’euros. Par ailleurs, 226,4 millions d’euros de dépréciation d’actifs corporels ont été annoncés. Enfin, les perspectives 2024 ne sont guère réjouissantes, avec des ventes prévues en baisse de 4 à 7% en 2024.

L’impact de Sanofi, l’abandon de la production de 13 principes actifs

Dans les faits, EuroAPI souffre de la baisse des commandes Sanofi et surtout de sa trop forte dépendance à son ancienne maison-mère qui représentait encore 47% des ventes en 2023. Si la clientèle d’EuroAPI n’a cessé de s’élargir ces deux dernières années, avec plus de 500 clients à ce jour, cela ne suffit pas encore à compenser. Selon un porte-parole, ces derniers mois, les six usines ont «plutôt affiché des taux d’utilisation des capacités de 60%, certaines usines tombant même en-dessous de 30%». L’objectif est désormais d’atteindre plus de 80%.

La première conséquence va être une rationalisation importante de la base industrielle. EuroAPI a décidé d’abandonner progressivement, jusqu’en 2026-2027, la production de 13 principes actifs, lesquels ont compté pour environ 80 millions d’euros de ventes en 2023 Il s’agit d’anti-pyrétiques, de diurétiques, ou encore d’anti-infectieux. L’objectif est désormais de se concentrer sur des principes actifs plus «rentables et hautement différenciés tels que la vitamine B12, les prostaglandines, les peptides et les oligonucléotides», décrit l’entreprise dans un communiqué. L'annonce de l'abandon de productions de principes actifs sur le sol européen tombe assez mal quand la France et l’Europe rêvent de renforcer leur souveraineté sanitaire...

Catastrophe industrielle en Italie et au Royaume-Uni, impact sur une usine pharma en Allemagne

Sur les six usines d’EuroAPI, héritées de Sanofi, deux sont directement menacées. Celle d’Haverhill, au Royaume-Uni, et celle de Brindisi, en Italie, sont désormais vouées à une cession. Les deux auraient directement souffert de la baisse des commandes de Sanofi, surtout l’usine britannique qui est quasiment mono-produit. Du côté de la CGT, on souffle que «les volumes de production de 450 tonnes par an ne sont plus annoncés qu’à 150 tonnes». L’usine italienne, de son côté, ne s’occuperait «que de produits vieillissants dans des installations vieillissantes». La CGT s’inquiète d’ailleurs de la possibilité de pouvoir retrouver un quelconque repreneur. Par ailleurs, une des deux usines allemandes, celle de Francfort, va aussi subir un redimensionnement de ses capacités de chimie complexe, avec la mise en pause de deux ateliers de production.

Restructuration des effectifs d’EuroAPI dans tous les segments

En parallèle de cette rationalisation industrielle, EuroAPI va entamer une restructuration de ses effectifs, qui dépassent aujourd’hui les 3400 salariés. L’entreprise précise dans son communiqué que cela concernera «toutes les fonctions, y compris les opérations industrielles, la qualité, la R&D et les fonctions support». Le détail devrait être présenté aux partenaires sociaux «dans les prochains jours». Pour le moment, selon un porte-parole de la CGT, la direction aurait indiqué qu’il n’y «aura pas d’impact sur les effectifs, ni plan de départ» pour les deux usines françaises, à Elbeuf (Seine-Maritime) et Vertolaye (Puy-de-Dôme), même si le syndicat se dit «toujours méfiant». En revanche, rien n’a été indiqué pour le siège parisien du groupe.

Les deux usines françaises protégées par des investissements

En réalité, les recrutements se poursuivent ces derniers mois sur les deux sites industriels français d’EuroAPI, qui bénéficient d’investissements. A Elbeuf, deux projets sont en cours, avec l’installation d’une chaufferie à biomasse et l’augmentation des capacités de production de vitamine B12, le site normand étant le seul de ce type en Europe. Le site de Vertolaye bénéficie pour sa part d’investissements dans le cadre des projets de relocalisation de production de médicaments essentiels. Deux autres sites européens font l’objet de projets industriels actuellement, à Budapest (Hongrie) pour les prostaglandines ainsi qu’à Francfort pour les peptides et oligonucléotides. Selon EuroAPI, 129 millions d’euros ont déjà été injectés, à fin 2023, dans tous ces projets industriels, et le plan d’investissements table sur une enveloppe de 350 à 400 millions d’euros entre 2024 et 2027. Paradoxalement, en pleine tempête financière, EuroAPI continue d’investir fortement.

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