Reportage

[ETI de l'année] Moustache Bikes branche le vélo

Moustache Bikes, la pépite vosgienne du vélo électrique, défend une stratégie tournée vers la qualité et l’enracinement local. Elle a été élue par la rédaction de L'Usine Nouvelle ETI de l'année 2021.

Réservé aux abonnés
Image d'illustration de l'article
La start-up de Thaon-les-Vosges compte 160 salariés, dont 80 en production.

Le projet ne partait pas gagnant. Lorsqu’ils se lancent en 2011, les deux fondateurs déconcertent les banquiers avec le nom de leur entreprise, Moustache Bikes. Ils proposent en plus un pari osé : construire des vélos électriques (VAE) dans les Vosges pour se différencier de modèles asiatiques, certes moins chers, mais moins fiables. Le boom des bicyclettes n’avait alors rien d’une évidence. « La France était à la traîne. Le vélo était plutôt vu comme un sport et très peu comme un objet de mobilité », se souvient Emmanuel Antonot, le président et cofondateur de Moustache avec Grégory Sand. La croissance de l’ETI va leur donner raison. « Notre activité a quasiment doublé tous les ans », se félicite le président.

Usine de 10 000 mètres carrés

Pour ces deux entrepreneurs nés dans les Vosges, rester dans le département est une évidence. Un temps installée à Golbey, la société se développe désormais à Thaon-les-Vosges, dans les anciens locaux d’une société de mécanique automobile. L’odeur de l’huile et le vacarme des machines ont été remplacés par le bruit des visseuses et le cliquetis des chaînes de vélo.

Dans l’usine de 10 000 mètres carrés, des montagnes de cartons sont entreposées. L’entreprise développe elle-même de nombreuses pièces avec une équipe d’ingénieurs en R & D, mais elle s’appuie sur un fournisseur taïwanais pour leur fabrication. Les moteurs électriques et les batteries viennent quant à eux de l’équipementier allemand Bosch. Ces éléments importés sont ensuite assemblés par les techniciens de Thaon-les-Vosges. « Il aurait été plus simple de n’avoir qu’un bureau de développement commercial et de ne pas se préoccuper de la production. Beaucoup d’entreprises dans le vélo fonctionnent ainsi, affirme Emmanuel Antonot. Notre modèle n’est pas parfait, mais il nous a permis de créer 160 emplois en France. »

Pas de travail à la chaîne

L’entrepreneur évoque des projets pour faire fabriquer certains composants en France ou en Europe. « Nous avons déjà rapatrié en interne des activités comme le sous-assemblage de roues, qui était sous-traité chez un fournisseur en Asie », fait-il valoir. À son poste, un employé dispose une multitude de rayons sur une jante. Son voisin prépare les manivelles du pédalier. Sur une ligne parallèle, les techniciens travaillent sur des pieds individuels où sont hissés les vélos. Ici, pas de travail à la chaîne. Ceinture à outils à la taille, les salariés montent le vélo complet. « C’est une question de responsabilisation. Il est toujours plus glorifiant pour l’opérateur de toucher le produit fini», souligne Matthieu Richard, le responsable production.

En temps normal, Moustache fabrique 260 à 300 vélos par jour. Un rythme perturbé par les pénuries de composants électroniques. Pour Matthieu Richard, les difficultés d’approvisionnement justifient d’autant plus la stratégie d’assembler en France. « Nous avons la maîtrise totale du process, donc une maîtrise de la qualité, des coûts et de la main-d’œuvre, défend-il. Lorsqu’il y a eu des manques de pièces, nous avons pu nous adapter et trouver de nouvelles solutions. »

Imaginé et assemblé en France

À l’exception d’une draisienne non motorisée, Moustache vend exclusivement des vélos à assistance électrique, du modèle urbain au VTT, en passant par les tandems. « Cela nous amène à innover beaucoup plus », estime Emmanuel Antonot. L’une de ses grandes forces réside dans son bureau de R & D. Le fabricant ne se contente pas d’acheter des fournitures « sur étagère » dans les pays asiatiques. « Nous développons souvent notre propre solution », s’enorgueillit Paul Cayet, ingénieur R & D.

Dans une pièce à part, à Thaon-les-Vosges, l’équipe travaille sur des logiciels de modélisation 3D. Un savoir-faire qui permet au fleuron vosgien d’être propriétaire des différentes pièces conçues en France : cadres, jantes, guidons, amortisseurs, garde-boue… « Jusqu’à il y a peu de temps, les garde-boue étaient des éléments en plastique peu solides et peu jolis. Nous avons créé des garde-boue en aluminium tubulaire rigides et légers, dans lesquels nous pouvons intégrer les câbles d’éclairage. Nos concurrents s’en sont largement inspirés », détaille Emmanuel Antonot.

Tandis que la demande explose, Moustache compte poursuivre les recrutements et pousser les murs de son usine. L’entreprise veut ouvrir une extension de 3 000 m2 dédiée à la production et souhaite racheter des terrains voisins pour installer une nouvelle unité logistique. Au-delà de la France, l’atelier livre déjà dans 25 pays. « Nous sommes très loin d’avoir atteint notre capacité maximale », promet Emmanuel Antonot.

3699 mini
3699 mini 3699 mini

Vous lisez un article publié dans L'Usine Nouvelle n°3699 de novembre 2021

Lire ce magazine

Abonnés
Le baromètre de l’auto
Suivez l’évolution des marchés automobiles français et européen mois après mois grâce à notre tableau de bord.
Nos infographiesOpens in new window
Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.