C’est une menace à prendre au sérieux. Le 30 mai, le président du Gabon Brice Clotaire Oligui Nguema – largement élu en avril dernier après avoir été l’homme à l’origine du coup d'État d’août 2023 – a annoncé par communiqué «l’interdiction formelle, à compter du 1er janvier 2029, de l’exportation du manganèse brut, ressource stratégique dont le Gabon est le deuxième producteur mondial». Le champion minier français Eramet, de loin premier producteur du pays via l’exploitation de sa mine de Moanda (qu’il opère via la Comilog, une filiale à 63,7% dans laquelle l’État gabonais est minoritaire) est directement concerné. La mine en question est la plus grande du monde, et le manganèse a été à l’origine de près de 60% des bénéfices du groupe en 2024, en majeure partie via la vente de minerai.
Pas de risque à court-terme
L’objectif du gouvernement gabonais est clair : favoriser la «transformation locale des matières premières, la montée en compétence de la main-d’œuvre nationale, la maîtrise des chaînes de valeur technologique et la consolidation des recettes fiscales». Eramet a déclaré «prendre note» de cette intention tout en soulignant vouloir travailler avec le gouvernement du Gabon dans un «esprit de partenariat constructif et de respect mutuel», et posséder déjà des usines de transformation dans le pays.
Le manganèse est un métal abondant, qui sert majoritairement à produire des alliages d’acier très résistants et élastiques, utilisés dans la construction et l’automobile. Il doit pour cela être transformé en alliages (silicomanganèse ou ferro-manganèse, de différentes qualités) avant d’être utilisé par des sidérurgistes pour doper leurs aciers. Selon Eramet, 17% du minerai qu’il a extrait au Gabon est transformé sur place. L’opérateur minier avait installé une première usine métallurgique, dite d’agglomération, sur le plateau de Moanda dès 2000, afin d’augmenter la teneur et la valeur de certains minerais sur place. En 2015, il a démarré une seconde usine, cette fois dédiée à la production d’alliages (silico-manganèse et oxyde de manganèse) utilisables en sidérurgie. Mais cette usine, dite complexe métallurgique de Moanda (CMM) n’utilise que 100000 à 200000 tonnes de minerai et d’aggloméré par an, là où Eramet en a produit 6,8 millions en 2024 !
Le minerai produit à Moanda, de haute teneur, s'exporte très bien. La grande majoritéest donc vendue à des acteurs externes, souvent des sidérurgistes en Chine. Autour de 500 000 tonnes servent à alimenter les autres usines d’alliages d’Eramet dans le monde, situées en Norvège, aux États-Unis, en France à Dunkerque. Ces dernières ne comptent sur le minerai gabonais que pour la moitié de leurs approvisionnements et achètent aussi du minerai issu d’autres grands pays producteurs, comme l’Afrique du Sud ou l’Australie.

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Difficile de rapatrier des raffineries
«Même si elle n’était pas du tout anticipée, cette annonce s’inscrit dans un mouvement global des pays émergents de transformer sur place les minerais pour développer leur industrie», commente l’analyste d’Oddo BHF Maxime Kogge dans une note. L’expert juge toutefois l’installation d’importantes capacités de raffinage au Gabon «peu réaliste». Construire de quoi traiter l’intégralité du minerai extrait au Gabon coûterait «plus de 5 milliards d’euros». Un montant «hors de portée», d’autant que la rentabilité d'un tel projet est tout sauf assurée, au vu du manque d’infrastructures de transport et d’électricité bas-carbone et compétitive en quantités suffisantes dans le pays.
En affichant sa fermeté sur les exportations de minerai d'ici à 2029, le nouveau gouvernement gabonais pourrait cependant espérer négocier des investissements industriels supplémentaires ou une augmentation de la contribution d’Eramet au budget du pays. De son côté, Eramet devrait mettre en avant les 3800 emplois directs et les plus de 6000 emplois indirects induits par l’exploitation de la mine de Moanda et de la voie ferrée de transport de minerai afin de maintenir son activité dans la prochaine décennie...
Mise à jour 04/06 : retrait de la mention des Etats-Unis en tant que producteur de minerai de manganèse. En 2024, les principaux pays producteurs étaient, dans l'ordre, l'Afrique du Sud, l'Australie, le Gabon, le Ghana, l'Inde et la Chine.



