Entretien

«Entre 500 et 800 millions d’euros ont été investis à Carling depuis 10 ans», selon les dirigeants de la plateforme chimique Chemesis

A Saint-Avold, en Moselle, la plateforme chimique de Carling s’est profondément transformée en une décennie, avec l’arrêt et le démantèlement d’unités pétrochimiques et l’implantation de nouvelles unités de chimie de spécialité et de chimie verte, libérant régulièrement du foncier et axant le profil du site vers plus de durabilité. Retour sur 10 ans de mue avec Corinne Loigerot, directrice du site TotalEnergies de Carling/Saint-Avold et présidente de Chemesis, gestionnaire de la plateforme, et avec Lionel Gernolle, directeur de l’usine Arkema de Carling, et vice-président de Chemesis.

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"C’est vers la chimie verte et l’économie circulaire que l’on souhaite évoluer, sans pour autant exclure d’autres projets qui ne seraient pas positionnés sur ces créneaux", souligne Corinne Loigerot, directrice du site TotalEnergies de Carling/Saint-Avold (Moselle) et présidente de Chemesis, gestionnaire de la plateforme, avec Lionel Gernolle, directeur de l’usine Arkema de Carling, et vice-président de Chemesis.

L'Usine Nouvelle - La plateforme de Carling a profondément changé ces dix dernières années, avec des unités arrêtées, comme les deux grands vapocraqueurs de TotalEnergies, et l‘implantation de nouvelles usines, en particulier en chimie verte. Quels sont les objectifs de développement, en termes de production ?

Corinne Loigerot - C’est une plateforme qui s’est transformée. Aujourd’hui elle est orientée vers la chimie à forte valeur ajoutée, les matériaux, la fourniture d’énergie et d’utilités renouvelables, et l’économie circulaire. Carling se développe sur ce type d’activités décarbonées. Sur le plan industriel, nous sommes très portés sur l’économie circulaire, le recyclage, et nous allons continuer à promouvoir la chimie verte. Du côté des énergies, TotalEnergies et GazelEnergie développent des projets d’énergies renouvelables. L’un se situe sur le foncier de GazelEnergie pour la création d’une chaudière biomasse, alimentée en déchets végétaux, pour produire de la vapeur verte. Un autre projet à l’étude est la production d’hydrogène vert sur la plateforme.

Ces deux dernières années, il y a eu l’implantation de deux usines de chimie verte, celle de Metex Nøøvista et celle d’Afyren Neoxy, et l’entreprise Circa projette de construire une usine de solvants bio-sourcés pour 2023. Est-ce que Carling est désormais entièrement tournée vers la chimie verte ?

Corinne Loigerot - C’est vers la chimie verte et l’économie circulaire que l’on souhaite évoluer, sans pour autant exclure d’autres projets qui ne seraient pas positionnés sur ces créneaux. Nous souhaitons que la plateforme continue de se développer en implantant des projets qui nous permettent de créer des emplois, comme par exemple la chimie de spécialités à forte valeur ajoutée.

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Lionel Gernolle - Dans les dossiers industriels que nous recevons aujourd’hui, les projets de création ou d’implantations portent déjà en majorité sur la nouvelle chimie, qu’elle soit verte ou avec des matériaux responsables. Nous ne recevons plus de dossier de chimie pure, c’est plutôt sur de la chimie de spécialités, à forte valeur ajoutée. Même pour l’usine de SNF Coagulants, qui a démarré en 2017, il s’agit de produits qui sont utilisés dans les stations d‘épuration des boues, avec une forte valeur environnementale.

Quel est le concept de sites industriels "clés en mains" à Carling ?

Lionel Gernolle - Pour les prospects, qui sont souvent des start-up cherchant une première implantation ou une PME, la partie administrative est parfois effrayante. Eux sont focalisés sur leurs procédés. Mais une usine chimique c’est aussi la sécurité, le traitement des eaux, des procédures administratives... Ils ne maîtrisent pas toutes ces connaissances. A Carling, les prospects arrivent avec leurs besoins en surface, en énergie et en utilités. Nous offrons aussi tous les autres éléments, comme le suivi administratif avec les acteurs locaux, régionaux, et la Dreal. Nous avons tous les éléments pour accompagner le prospect et le piloter dans son implantation. C’est un concept clé en mains, comme si, en arrivant dans votre nouveau logement, nous avions déjà branché la box, l’électricité et le gaz.

Combien d’hectares de foncier sont disponibles aujourd’hui à Carling ?

Lionel Gernolle - Environ une quarantaine d’hectares. Après nous mettons à disposition du foncier au fur et à mesure. Plusieurs acteurs de la plateforme prévoient de rendre du terrain disponible à l’avenir. On va libérer de 10 à 30 hectares supplémentaires sur l’ensemble rapidement.

Quel est le cumul des investissements ces 10 dernières années ?

Corinne Loigerot - Entre 500 et 800 millions d’euros ont été investis sur la plateforme depuis 10 ans, que ce soit les investissements récurrents, les nouveaux projets et les infrastructures.

Comment fonctionne Chemesis ?

Corinne Loigerot - L’association a été créée en 2013. Le comité de direction est composé aujourd’hui des trois acteurs majeurs de la plateforme : TotalEnergies, Arkema et GazelEnergie. Des groupes de travail sur les thématiques HSE, communication, ressources humaines, synergies, ou encore le foncier, se réunissent régulièrement et alimentent le comité de direction. Nous avons une assemblée générale plénière regroupant tous les membres de l’association, dont les industriels et nos partenaires premium et institutionnels, qui se réunit en moyenne deux fois par an.

Assurez-vous une promotion de la plateforme auprès des investisseurs étrangers ?

Corinne Loigerot - Chemesis n’a pas la volonté de n’attirer que des investissements étrangers, c’est en fonction des opportunités, ce n’est pas un critère de choix pour nous, à l’inverse des créations d’emplois et des projets.

Lionel Gernolle - Nous travaillons avec les instances de développement de l’Etat comme Choose France et Bpifrance pour que, lorsque des prospects mondiaux s’intéressent à la France il y ait un fléchage sur Carling.

Quels sont vos liens avec les autres plateformes chimiques en France ?

Corinne Loigerot - Lionel Gernolle et moi faisons partie de France Chimie, cela nous permet d’échanger régulièrement avec nos collègues des autres plateformes françaises.

Lionel Gernolle - Nous échangeons aussi beaucoup avec d’autres plateformes du Grand Est, et nous nous sommes aussi beaucoup intéressés aux plateformes chimiques allemandes, structurées depuis plus longtemps qu’en France, pour en distinguer les forces et les faiblesses.

Quels sont les liens entre Chemesis et le Composite Park adjacent à la plateforme ?

Lionel Gernolle - Historiquement, le Composite Park concentre l’activité de développement de matériaux et nous entretenons des liens directs avec les productions de la plateforme. Il s’agit surtout de start-up qui développent de futurs matériaux. On y trouve la capacité d’accueillir des centres de R&D et d’applications pures dans les domaines des composites et des polymères, et c’est relié avec tout le réseau de centres de compétences du Grand Est comme les IRT. Cela complète la plateforme de Carling.

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