[Entractes - Livres] Le syndrôme de Palo Alto ou la Silicon Valley, cet enfer ?

Quand un frustré du capital-risque rencontre un groupe d'activistes alter, le résultat risque d'être explosif. C'est ce qu'ose dans son premier roman Loïc Hecht, où l'on découvre aussi les coulisses du sexe en ligne ou de la presse tech. Un récit mené à tombeau ouvert. 

Route californie Palo Alto
En route vers Palo Alto, à deux pas de Stanford, Menlo Park et Berkeley.

Paru aux éditions Léo Scheer en janvier 2020, avant qu'on parle de monde d'avant, Le syndrome de Palo Alto est le premier roman de Loïc Hecht, plus connu jusque là pour ses articles de journaliste spécialiste du monde de la tech. Dans ce récit haletant de 400 pages qui rappelle les meilleurs polars, l'auteur nous emmène à San Francisco, au coeur de la Silicon Valley, où quelque chose ne tourne plus rond pour Marc. 

Riche et frustré 

Comme d'autres avant lui, il est parti du côté du Golden Gate pour réussir en créant une start-up dans les biotech. Tout se passe bien jusqu'au jour où le fonds qui a pris des parts décide que le fondateur de la jeune pousse, aussi malin soit-il, n'est pas l'homme qu'il faut pour faire grandir la société. Voici l'ambitieux aux rêves californiens riche et dépossédé, libre et frustré.

"Depuis des mois, il ruminait sa haine de la Silicon Valley, de ses argentiers sans pitié, de ses patrons vaniteux, de ses employés serviles, de ses valeurs merdiques, de ses produits miracles, de ses solutions pour tout, de ses utilisateurs abrutis qui adhéraient à la révolution technologique comme des béni-oui-oui. Il était parvenu à la conclusion que l'idéologie de la Silicon Valley prenait racine dans la perversion d'individus narcissiques persuadés d'être en croisade pour sauver une Humanité qui ne leur avait rien demandé". 

Dans ce territoire de quelques centaines d'hectares, on croise d'autres personnes qui sont venues trouver leur rêve américain, comme Luz, une étudiante colombienne mi call-girl alternant peep-shows en ligne mi influenceuse en ligne pratiquant le sport à haute dose. Elle aussi sera exclue de la faculté en raison de ses activités.

Call girls et web journalistes

Les deux deviennent rapidement les héros de ce roman, où l'on croise des entrepreneurs sans foi ni loi, des militants alternatifs qui rêvent d'un San Francisco d'avant les milliards des fonds d'investissement et des tours illustrant le succès des start up devenues licornes voire plus, en moins d'une décennie. Sans oublier les sites d'information, où les journalistes (on rappelle que l'auteur du roman est lui-même reporter) sont tiraillés entre les exigences du public, les jeux d'échecs internes et les intérêts de l'actionnaire. Pour un peu, on se croirait chez Maupassant du côté de Bel-Ami qui dénonçait les liaisons dangereuses entre pouvoir, médias et finance dans le Paris de la fin du XIXe siècle. 

Evidemment tout ce petit monde se croise, couche ensemble, se déteste ou tombe amoureux. Et cela fait un excellent roman où de chapitre en chapitre, la narration change de personnages, jusqu'à...

Le tout est très bien construit et richement documenté, tant on sent bien que l'auteur connaît très bien Palo Alto et ses alentours, mais pas seulement. Tel un Balzac de l'ère numérique, Loïc Hecht raconte mieux que personne comment l'argent circule, où il se crée et se transforme (le début du roman sur le business des peep-show en ligne est passionnant), mais aussi comment les idées se créent et circulent. Le syndrome de Palo Alto est à la fois un roman haletant et un essai à charge sur le monde numérique. Ceux qui veulent encore espérer, ne doivent peut être pas franchir cette porte.. 

Le syndrome de Palo Alto, éditions Léo Scheer, 21 euros

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