Livre après livre, Xabi Molia - qui est aussi cinéaste et auteur de BD - trace sa singularité au sein du paysage littéraire français et creuse un sillon original. Dans un futur proche, la France est victime d'une épidémie de grippe qui sème le chaos. Ils sont quelques dizaines à réussir à s'échapper en embarquant de force sur un ferry. Après quelques semaines de navigation, le ferry échoue sur une île inconnue et inhabitée. C'est alors que les ennuis (et le roman évidemment) commencent...
Partir ou rester ?
Car comme tous les grands romans d'aventure, Des jours sauvages parlent évidemment d'autre chose que de la survie sur une île déserte d'une poignée d'humains désemparés et désespérés. Echoués sur une île paradisiaque, les habitants se donnent un chef - le Pacha - dont la mission principale est de construire quelques radeaux de fortune pour rejoindre bientôt la civilisation. Derrière l'adhésion générale au projet se cachent en fait des résistances d'un groupe bien décidé à créer dans ce lieu idyllique un nouveau monde. Ses membres dès lors n'auront de cesse que de saboter les tentatives des premiers.
Et c'est là que le roman d'aventures vire au roman politique, évoquant des épisodes de l'histoire passée. Comme cette tentative folle du chef d'un des deux clans de réduire au strict minimum le langage, arguant que l'imperfection de ce dernier à dire le bonheur est la cause de nos malheurs. Ou les complots ourdis par les uns et les autres pour maintenir leur pouvoir au sein de leur faction et pour prendre le dessus sur l'autre moitié.
Roman d'aventures
Ecrit comme ça, cela peut sembler théorique et un peu froid. Il n'en est rien. Xabi Molia a d'abord et avant tout écrit un roman d'aventures qui évoque les meilleurs du genre. On tremble avec les uns, frissonne quand le méchant arrive et on s'inquiète quand les accès à une grotte secrète, qui servait de lieu pour des rendez-vous galants d'une rare sensualité, sont bouchés pour se débarrasser d'un rival embarrassant.
Comme dans les meilleurs récits de ce genre, les conflits les plus violents sont ceux qui naissent au sein d'un camp. Et les vengeances qui prennent leur temps. Très vite, le vernis civilisé craquelle et il ne reste que la violence pour "légitimer" le pouvoir.
Seuil "Les regrets c'est des histoires qu'on raconte pour les âmes sensibles. Ou pour sauver Albany. Mais la sauver de quoi ? Quand quelqu'un a voulu te tuer, tu veux le tuer. ceux qui croient que c'est compliqué, c'est parce que ça leur est jamais arrivé".
"S'il vous faut une morale, vous allez ignorer cela, dit Maria Guéret. Mais aucune histoire n'est morale. Aucune histoire honnêtement racontée n'est entièrement morale. Et moi qui l'écoutais, je ne pouvais pas dire le contraire". Âmes sensibles, ne vous abstenez pas. Les autres non plus.



