Une bonne nouvelle est tombée ce mercredi 21 juin pour Engie et pour le sidérurgiste sud-coréen Posco. Le consortium dont ils ont pris la tête s'est vu attribuer par les autorités d'Oman une concession de 47 ans pour un projet de production d'ammoniac vert. Le contrat potentiel d'environ 7 milliards de dollars qui doit permettre de fournir à la Corée du sud 1,2 million de tonnes d'ammoniac vert par an d’ici le milieu des années 2030. Engie a été choisi à la suite d'un appel d'offres lancé par Hydrom, l'entité de développement de l'hydrogène du sultanat. Les autres partenaires du consortium sont Samsung Engineering, les compagnies d'électricité sud-coréennes Korea East-West Power Co. et Korea Southern Power Co., ainsi que FutureTech Energy Ventures Company Ltd. (une filiale de la compagnie pétrolière thaïlandaise PTTEP).
La parcelle accordée à Engie se situe en plein désert, à proximité du port de Duqm, une ville côtière en plein développement. Ses 340 kilomètres carrés accueilleront un parc d’éoliennes et des centrales solaires, pour une capacité de 5GW, et un système de stockage par batteries. L’électricité renouvelable produite sera utilisée par des électrolyseurs pour produire 200 000 tonnes d'hydrogène par an. Cet hydrogène sera ensuite acheminé dans des canalisations à construire vers une usine de production d'ammoniac, près du port de Duqm. C’est de cette usine que sortiront 1,2 million de tonnes d'ammoniac chaque année, destinées en totalité au marché sud-coréen, à plus de 7000 kilomètres de là.
Un des projets les plus importants du monde
Parler de mégaprojet ici n’est pas dénué de sens. A titre de comparaison, le projet Neom, annoncé par des sociétés marocaines, américaines et saoudiennes dans le nord de l'Arabie saoudite voisine, et qui s'est autoproclamé «le plus grand projet d'hydrogène vert au monde», disposerait de 4 GW de capacités d’énergie renouvelable et produirait 220 000 tonnes d'hydrogène vert dès 2026.
Engie et ses partenaires vont commencer par réaliser à Oman des études préliminaires sur le potentiel éolien et solaire du site pendant trois ans. Suite à cette phase de développement, une décision finale d'investissement sera prise d'ici 2027. Si le projet est validé, une phase de construction démarrera pour une durée de 3 à 4 ans, pour une mise en production dès 2030 et la livraison d'une première cargaison d'ammoniac vert aux alentours de 2035. Frédéric Claux, qui gère la production d'électricité flexible d'Engie pour l'Asie, l'Afrique et le Moyen-Orient, explique à Reuters que «ce sont des acheteurs asiatiques qui bénéficieront de cet ammoniac, pour une durée contractuelle de 40 ans.» Il pourra être utilisé pour décarboner l'industrie lourde, comme la production d'acier.
Engie a 100 projets d'hydrogène dans le monde
Engie a d’autres projets de production d'hydrogène et d'ammoniac vert. Outre un pilote en Australie, mené avec le chimiste norvégien Yara, l'énergéticien français explore certaines possibilités en Arabie saoudite et aux Emirats arabes unis. «Engie a environ 100 projets d'hydrogène dans le monde, mais ce serait le plus grand auquel nous participions jusqu'à présent, et ce qui est remarquable, c'est que nous avons déjà les acheteurs alignés, à savoir nos partenaires du consortium coréen», s’enthousiasme Frédéric Claux, toujours auprès de l'agence Reuters.
Certaines grandes majors ont déjà placé leurs pions à Oman. C’est le cas des compagnies pétrolières anglo-néerlandaise Shell et britannique BP, qui ont elles aussi annoncé des projets d'hydrogène dans le sultanat. Cet engouement autour du pays s’explique notamment par sa situation géographique propice aux exportations vers l’océan indien, le foncier disponible, l'exposition au vent et au soleil, permettant la production d'électricité renouvelable, et donc d'hydrogène vert à moindre coût.



