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En Russie, l'usine Avtovaz Renault-Lada en panne de pièces depuis la guerre en Ukraine

Usine phare de l’alliance Renault-Lada, le site AvtoVAZ de Togliatti en Russie multiplie les arrêts depuis le début de la guerre en Ukraine. Le débat monte chez les salariés inquiets pour leurs postes.

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Les chaînes de production ont été modernisées sur le site Avtovaz de Togliatti, à l'image de la ligne B0
L'usine Avtovaz de Togliatti, à 900 km à l'est de Moscou, produit annuellement plus de 300 000 véhicules de l'alliance Renault-Lada, qui fournit 21% du marché russe. Elle est actuellement à l'arrêt, faute de pièces.

[Edité le 16 mars] Avtovaz a annoncé le 16 mars la reprise temporaire et partielle de la production dans ses usines automobiles en Russie. Mais les salariés du principal constructeur russe, contrôlé par Renault, se voient imposer une prise anticipée de leurs congés d'été, avancés au 4 avril.

Quelques jours auparavant, Anna Perova, représentante du syndicat Unité, ne cachait pas son dépit : « L’usine ne fonctionne pas. Il n’y a pas de pièces ». L’usine AvtoVAZ (détenue à 68% par Renault et 32% par Rostec) de Togliatti, située à plus de 900 km à l’est de Moscou, est la raison d’être de cette ville de 700 000 habitants. L’entreprise y emploie 32 000 personnes.

La santé de cette usine immense, d’où sortent environ 320 000 véhicules Lada et Renault chaque année, dépend, au grand dam de cette syndicaliste, de l’état du marché mondial. Entre diminution des effectifs - dans une stratégie d’optimisation - et crise des semi-conducteurs, les interruptions de production se multiplient. « En novembre 2021, plusieurs chaînes d’assemblage avaient déjà dû être mises à l’arrêt par manque de composants électroniques », rappelle Anna Perova, qui déplore « des ouvriers qui se retrouvent, depuis plusieurs mois, à ne plus travailler qu’une semaine sur deux ». Le 4 mars, la direction d’AvtoVAZ a annoncé stopper l’activité « pendant quelques jours ».

A la mi-mars, l’activité peinait à reprendre, et les salariés espéraient encore voir les chaînes d’assemblage reprendre vie le 18 mars. Un arrêt dû en partie à la pénurie de semiconducteurs... Mais pas seulement. « Il existe un problème de logistique sérieux apparu après le début des événements en Ukraine », reconnaît Anna Perova. La mise en place de sanctions économiques drastiques au lendemain de l’offensive russe en Ukraine a poussé de nombreuses entreprises à revoir leur système de transactions financières. Certaines sociétés ont dû stopper exportation et importation, le temps de s’adapter à la situation. Les conséquences sont importantes pour cette usine, qui importe 20% de ses pièces.

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Pour les employés d’AvtoVAZ, le coup est dur. Depuis le 3 mars, les lignes d’assemblage des Lada Granta et Niva étaient à l’arrêt. La reprise, annoncée mi-mars  été confirmée le 16 mars. Mais ce n'est pas le cas sur les autres lignes, qui assurent l’assemblage des modèles Lada Xray, Largus, Renault Sandero et Logan. Le redémarrage n’y était pas attendu avant le 18 mars, et pourrait devoir attendre la fin des congés d'été avancés du 4 au 24 avril. Les Lada de Renault représentent 21% du marché russe.

De quoi pousser le constructeur français, qui a massivement investi dans cette société pour la redresser, à ne pas suivre le mouvement des marques ayant annoncé leur retrait temporaire du marché russe en protestation contre la guerre en Ukraine. Au contraire, l’évolution contrainte du marché russe, appelé à se replier sur lui-même, est vue comme une opportunité par la direction. « Les dirigeants de l’entreprise espèrent que dans le cadre des sanctions imposées à la Russie, le marché de nos voitures dans le pays se développera, que cela leur apportera des bénéfices. Ce n’est pas nouveau, le marché russe est le plus important pour nous », rappelle la syndicaliste.

Dans l’usine, les difficultés liées à l’économie et à l’actualité font évidemment parler. En novembre, les syndicats s’étaient montrés particulièrement inquiets face à la multiplication des arrêts de chaînes. Puis c’est l’instauration d’un passe sanitaire pour accéder à l’usine qui avait mis de nombreux employés en difficulté, alors que la majorité du pays s’est opposée aux vaccins. Cet arrêt général, imposé cette fois par un événement politique, provoque chez les salariés un débat teinté de craintes de licenciements. Sur la page du réseau social russe Vkontakte qui regroupe des employés de l’usine et leurs proches, un sondage montre qu’une petite majorité des participants s’oppose à l’intervention de la Russie en Ukraine.

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