« Le redressement de Renault est bien engagé, c'est une stratégie de long terme (...) qui va bien au-delà de la situation actuelle en Russie », a déclaré jeudi 10 mars Jean-Dominique Senard, à Reuters, en marge d'une conférence organisée par l'école d'ingénieurs des Mines ParisTech. Au cours de cette assemblée sur les défis d'un monde moins global pour les entreprises, le président du groupe automobile français a refusé d'en dire davantage sur les options dont il dispose dans le pays dirigé par Vladimir Poutine. Depuis le déclenchement de l'invasion de l'Ukraine le 24 février, Moscou est sévèrement frappé par des sanctions économiques adoptées par les pays occidentaux. Ce qui pourrait poser des difficultés au groupe Renault, bien implanté dans le pays.
La Russie fait partie des organes vitaux du groupe français. Parmi les constructeurs automobiles, le groupe français est le plus exposé au marché russe. Depuis son arrivée en 2008 au capital d'Avtovaz, la société qui produit la marque Lada, Renault a lourdement investi dans la production automobile russe. Derrière la France, la Russie est le deuxième marché de Renault, avec une part de 28,8%. En 2021, Avtovaz a généré 2,8 milliards d'euros de chiffre d'affaires, sur des revenus totaux de 46,2 milliards d'euros pour Renault.
L'activité suspendue temporairement
Mardi 8 mars, l'agence de notation crédit Fitch Ratings a estimé que la crise internationale avec la Russie, dont Renault a tiré l'an dernier environ 12% de son résultat opérationnel, risquait de freiner la réalisation des objectifs du plan stratégique Renaulution. Dévoilé au début de l'année 2021, il semblait jusqu'à présent porter ses fruits. Il a permis au groupe Renault de repasser dans le vert en 2021, après deux années de perte.
Avtovaz devrait partiellement rouvrir deux sites la semaine prochaine, après plusieurs jours de suspension en raison de problèmes d'approvisionnement liés à la guerre en Ukraine et à la crise des semi-conducteurs. L'activité de l'usine Renault de Moscou va quant à elle rester arrêtée jusqu'au 18 mars. De son côté, le groupe Stellantis, qui possède environ 1,5% des parts du marché automobile russe, a annoncé jeudi 10 mars suspendre ses importations et ses exportations de voitures vers la Russie. Son usine de Kalouga devrait cependant continuer de fonctionner.
Avec Reuters (reportage Gilles Guillaume, édité par Matthieu Protard et Bertrand Boucey)


