Analyse

En rachetant Hella, Faurecia s’engage dans le virage électronique de l’automobile

C'est une opération rarement vue dans le secteur automobile. Faurecia, un équipementier français, s'est positionné le 14 août pour racheter son concurrent allemand Hella. Le directeur général de l'entreprise explique sa stratégie.

Réservé aux abonnés
Visual inspection of a plastic lens (Photo: HELLA)
Fondé en 1899, l'équipementier allemand Hella se spécialise notamment dans les systèmes d'éclairage des voitures.

Faurecia rompt le calme estival avec une grosse opération. Samedi 14 août, l’équipementier automobile français a dévoilé une offre publique d’achat sur Hella valorisant l’entreprise allemande à 6,7 milliards d'euros. Une étape “sans précédent” pour Faurecia qui souhaite épouser les mutations du secteur pour s’installer comme un acteur majeur dans l’électronique et le logiciel.

Faurecia se voit n°7 mondial

Le directeur général de Faurecia, Patrick Koller, se félicite de ce rapprochement. Il avait lui-même travaillé chez le fournisseur allemand entre 1991 et 1994. Un élément qui a peut-être joué dans les négociations. D’autres groupes courtisaient la famille Hueck, détentrice de 60% du capital de Hella. Parmi eux, on retrouvait l’allemand Mahle et le français Plastic Omnium.

Selon l’agence de notation Fitch Ratings, Faurecia représente le neuvième plus gros fournisseur automobile au niveau mondial. En croquant Hella, l’industriel brigue la septième place. Le nouveau groupe pourrait peser 23 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2021 : 16,5 milliards pour Faurecia et 6,5 milliards pour Hella sur son exercice décalé. Faurecia espère atteindre 33 milliards d’euros de ventes en 2025, “soit largement le double de la croissance moyenne du marché”.

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices

Réduire l’exposition aux moteurs thermiques

Fondée en 1899, Hella compte 36 300 employés et 125 sites de production, à comparer aux 114 000 collaborateurs et 266 usines de Faurecia. Hella compte des marques allemandes prestigieuses parmi ses clients grâce à ses compétences dans l’éclairage et d’électronique. Autant d’actifs qui ont séduit l’équipementier français. "Nous voulons avoir plus d'électronique et plus de logiciels. Nous voulons nous concentrer sur des domaines qui sont alignés avec les mégatendances de l'automobile", expose le directeur général de Faurecia, Patrick Koller, en évoquant la transition électronique et les systèmes d’aide à la conduite.

“Nous voulions également réduire notre exposition aux moteurs à combustion interne”, renchérit Patrick Koller. En 2020, Faurecia estimait son exposition aux ventes de véhicules thermiques à 25%. Selon l’entreprise, elle diminuera à 20% lorsque la transaction sera réalisée et elle pourrait chuter à 10% en 2025.

“Une course aux bonnes compétences”

La transition électrique préoccupe particulièrement le secteur automobile en Europe. Le 14 juillet, la Commission européenne a dévoilé des propositions choc pour accélérer la transition électrique. “Nous passons d’une culture mécanique à une culture électronique software. Dans quelques années, plus de 50% de la valeur ajoutée des véhicules sera liée à l’électronique et à l’informatique, comme dans l’aéronautique. Cela a déjà commencé dans certains véhicules haut de gamme et cela va se généraliser”, analyse Laurent Petizon, associé au sein du cabinet AlixPartners et expert du secteur automobile.

Laurent Petizon décrit une “course” chez les équipementiers pour se positionner sur les bons domaines de fourniture. “C’est aussi une course aux bonnes compétences. On peut racheter les talents ou les entreprises qui possèdent les talents”, observe-t-il. Parmi ses 36 300 employés, Hella compte 7 800 ingénieurs en R&D.

Du potentiel en Asie

Faurecia espère réaliser 300 à 400 millions de synergies à l’horizon 2025. L’équipementier reste discret sur l’impact social du rapprochement. “Nous avons obtenu des engagements à long terme pour les sites d'Hella”, assure dans un communiqué Jürgen Behrends, le président du pool familial qui détient 60% de l’entreprise. Le site de Lippe (Allemagne) servira de siège pour trois divisions du groupe combiné : l’électronique, l’éclairage et la valorisation du cycle de vie des produits, une nouvelle activité destinée à “exploiter le potentiel commercial des produits éco-conçus, des matériaux durables et de l'économie circulaire”.

Patrick Koller décrit également des positionnements géographiques complémentaires entre Faurecia et Hella. L’équipementier français espère profiter de “la position forte de Hella” chez les constructeurs automobiles premium allemands. De son côté, Hella pourra s’appuyer sur l’assise de Faurecia en Chine et au Japon. "Le plus grand potentiel de croissance se trouve en Asie", souligne Patrick Koller. La clôture de l’opération est prévue début 2022 mais Faurecia évalue déjà l’empreinte du groupe combiné à l’international. Selon ces projections, les deux partenaires devraient réaliser 22% de leurs ventes en Asie en 2021, contre 51% en Europe et 25% en Amérique du Nord.

La conclusion de l’opération reste soumise à l’aval des autorités réglementaires. Si Faurecia franchit cette étape, il faudra encore mener à bien l’intégration des équipes de Hella. Si certains constructeurs automobiles se sont rapprochés avec succès, à l’instar de PSA et d’Opel, la fusion a mal réussi chez d’autres acteurs comme Daimler et Chrysler.

Abonnés
Le baromètre de l’auto
Suivez l’évolution des marchés automobiles français et européen mois après mois grâce à notre tableau de bord.
Nos infographiesOpens in new window
Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
Trouvez des produits et des fournisseurs