En Indre-et-Loire, la filiale de Primagaz Liotard arrête la production de bouteilles de gaz

Un plan de sauvegarde de l’emploi a été annoncé aux 52 des 59 salariés de l'usine de Liotard à Saint-Pierre-des-Corps, en périphérie de Tours (Indre-et-Loire). Alors que les syndicats de cette filiale de Primagaz dénoncent une «fermeture déguisée», la direction dit vouloir y maintenir une activité logistique.

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Liotard, filiale de Primagaz basée à Saint-Pierre-des-Corps, spécialisé dans la fabrication et la rénovation de citernes et bouteilles de gaz
La quasi-totalité des emplois supprimée chez Liotard, entreprise spécialisée dans la fabrication et la rénovation de citernes et bouteilles de gaz à Saint-Pierre-des-Corps.

Spécialisée en chaudronnerie et tôlerie, Liotard oeuvre à Saint-Pierre-des-Corps, dans la métropole de Tours (Indre-et-Loire), depuis 1857. La fabrication et la rénovation de bouteilles et citernes de gaz, son activité principale depuis son rachat par Primagaz en 1938, va connaître un coup d’arrêt le 30 juin 2025. Un plan de sauvegarde pour l’emploi (PSE) a été annoncé aux salariés le 14 janvier dernier, concernant la suppression de 52 emplois sur les 59 restants.

«Nous avons essayé d’attendre en espérant un redémarrage du marché, en vain. Nous avons dû prendre la décision d’arrêter la fabrication et la rénovation des bouteilles, ainsi que la rénovation des citernes», explique à L'Usine Nouvelle le directeur général de Liotard, Thierry Guillien, évoquant «une décision difficile à prendre», mais inéluctable au vu du contexte économique. Il souligne la décroissance du marché spécialisé du gaz «de 2 à 6% [par an, ndlr] depuis plus de vingt ans».

«Nous perdions de l’argent depuis cinq ans»

A ce marché en berne s’ajoutent la hausse du coût des matières premières, notamment de l’acier, ainsi que la flambée des prix de l’énergie. «Avec la baisse du marché de la bouteille en France, nous perdions de l’argent depuis cinq ans», rappelle le directeur général. Liotard ne produisait plus l’an dernier que 100 000 bouteilles contre trois à quatre fois plus il y a une dizaine d’années. Une perte estimée pour le site à deux millions d’euros sur 2024.

La direction se refuse pour l’instant à évoquer la fermeture du site, et souhaite rassurer les 52 salariés concernés par le PSE et engager les négociations, afin qu’ils retrouvent rapidement un emploi. «L’ensemble des salariés ont acquis des compétences ici qui sont transposables à l’extérieur de l’entreprise : soudeurs, chaudronniers ou caristes, ce sont des métiers très recherchés», veut rassurer le dirigeant.

Pour rappel, les effectifs de Liotard avaient déjà été réduits à peau de chagrin, suite à plusieurs vagues de départs entre 2011 et 2019 – «d’une centaine de salariés en 2019, nous sommes passés à 59, sans plan de licenciement», soulignent les syndicats pour qui cette décision servirait d’autres intérêts.

Une question de stratégie ?

«Sur les sept salariés restants, trois partant à la retraite, il n’en restera que quatre avec une seule activité logistique sur place. L’issue est donc inévitable, confie à L’Usine Nouvelle Pierre-Jean Soupart, délégué syndical CFE-CGC. Or, jusqu’alors Primagaz a toujours injecté de l’argent lorsque Liotard était en perte. Nous nous attendions à des licenciements, mais pas si massifs.» Le syndicaliste rappelle que 50% des effectifs ont plus de 50 ans, rendant leur reclassement complexe. Pour ces partenaires sociaux qui entrent à la table des négociations, il s’agirait d’une «fermeture déguisée, qui réduit toute chance de trouver un repreneur. Une gabegie».

Pour Pierre-Jean Soupart, responsable études et méthodes chez Liotard, la direction n’aurait cherché aucun nouveau débouché, alors même que leur savoir-faire et leurs équipements auraient pu intéresser d’autres clients. «Nous aurions pu nous tourner vers des activités d’extincteurs ou de compresseurs à air, regrette-t-il. Et nous arrêtons le service maintenance alors que des investissements importants y avaient été faits, comme une machine de marquage laser sur acier.» Une non-diversification qu’il justifie par le fait que l'entreprise «n'a qu’un seul client, qui est aussi son actionnaire».

Les syndicalistes avancent un scénario qui expliquerait selon eux qu’aucune autre issue n’ait été envisagée : «Le groupe a déjà quitté le site historique Primagaz pour Druye(Indre-et-Loire) fin 2022, libérant un bel espace foncier. En licenciant la quasi-totalité des salariés, les chances de trouver un repreneur sont plus que réduites, ce qui libère le terrain de Liotard, avance Pierre-Jean Soupart. Cela deviendrait très intéressant pour un projet immobilier.» La direction, de son côté, précise que le site Liotard sera conservé «pour une activité de stockage et de vente de pièces détachées». Les négociations entre direction et élus du CSE doivent durer jusqu’au 20 mars prochain.

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