Dans le hall de production, les machines extrudent le plastique, assemblent les composants du stylo et contrôlent leur qualité pour seconder les humains. A pointe fine ou à bille, avec des encres à gel ou liquide… Chaque année, Pilot produit des dizaines de millions d’instruments d’écriture à Allonzier-la-Caille (Haute-Savoie). Situé à quelques kilomètres d’Annecy, le siège européen du groupe japonais combine, outre ses fonctions supports, la production, la préparation de commandes et la logistique. «Pilot Corporation of Europe (PCE) est à l’origine de 75% du chiffre d'affaires européen», indique Julien Barabant, Brand Manager Europe. Fabriqués sur place, les stylos ne sont pas totalement made in France : Deux composants stratégiques, l’encre et la mine, sont systématiquement importés du Japon. «Pilot garde l’exclusivité des secrets de fabrication sur son territoire, indique Patrice Domeur, directeur des opérations industrielles et HSE qui évoque des opérations d’usinage digne d’une horlogerie suisse. Il faut imaginer un tube usiné avec une précision de l’ordre du micron dans lequel une bille en acier sertie et un ressort de l’épaisseur d’un cheveu permet à l’encre de s’écouler selon la pression exercée sur la bille lors de l’écriture».
Laurent Rousselle Testées mécaniquement et aléatoirement par un humain, les cartouches doivent voir leur trace régulière et calibrée.
Plus de 80% de plastiques des bouteilles
L’an prochain, ce sont cinq millions de stylos supplémentaires qui seront produits dans l’usine du bassin Annécien. L’objectif a été fixé après que PCE a investi 3,5 millions d’euros (dont environ 20% d’aides de la région et de l’Ademe) et recruté huit personnes l’an dernier. Une nouvelle ligne incluant différentes machines : pour l’injection, le marquage, l’assemblage et la mise en étui carton est dédiée à la production d’un modèle unique au sein du groupe : Frixion Ball+. Le stylo est la déclinaison professionnelle du modèle à succès dont l’encre change de couleur après frixion. «82% de polyéthylène téréphtalate recyclée [le plastique issu des bouteilles], compose le stylo à encre thermosensible. Le produit est le second du fabricant à incorporer du plastique post consommation. Pilot assure être le seul fabricant à utiliser de la matière première de recyclage (MPR), notamment postindustriel. «Mettre du rPET dans une machine d’injection, cela n’est pas du tout pareil que si on met une résine vierge. Le comportement de la matière diffère. Cela requiert des compétences», explique Patrice Domeur.
Laurent Rousselle Certains stylos sont issus d'une quinzaine de composants.
Le défi du recyclage
Avec sa nouveauté, Pilot espère séduire les entreprises à la recherche d’engagements écoresponsables, et surfer sur un marché dynamique. «Le marché des instruments d’écriture a cru de 4,7% en valeur entre 2023 et 2024», indique Julien Barabant. L’industriel mise dessus aussi pour diminuer ses émissions de gaz à effet de serre. «Réduire l’extraction de matières premières est l’une de nos priorités, indique Claire Goudeaux. Les plastiques vierges représentent 75% de notre empreinte environnementale. C’est l’impact le plus significatif du cycle de vie de nos stylos et de nos emballages». Ces derniers, encore majoritairement plastiques, devraient d’ailleurs être entièrement carton d'ici à six ans. La circularité des produits Pilot, c’est-à-dire leur recyclage, n’est en revanche pas pour tout de suite. «Nous avons décidé d’étudier le sujet du recyclage, notamment sur le marché Allemand et Autrichien. Nous y expérimentons depuis l’an dernier la collecte de stylos usagés afin de trouver des solutions à la réutilisation de la matière», indique l’entreprise. «Recycler un stylo est assez complexe, car il est composé de plusieurs familles de plastiques qui rendent difficile le recyclage et surtout la réutilisation de la matière».
Pilot Installé depuis presque 30 ans à Allonzier-la-Caille, le siège européen du groupe Pilot emploie 240 personnes.
Réduction massive du fret aérien
Après avoir structuré sa stratégie RSE, il y a deux ans, PCE vise une réduction de moitié de ses émissions de gaz à effet de serre en 2030 (par rapport à 2018). Outre son choix de matières premières, l’entité française a engagé de profonds changements dans sa chaine d’approvisionnement. Entre 2022 et 2023, elle a réduit de 85% le nombre de palettes livrées par avion. Et lorsque les conteneurs de marchandises arrivent dans les ports de Fos-sur-Mer et du Havre, ils sont désormais près de 7 sur 10 à être transportés par voie fluviale et ferroviaire plutôt que par camion. Trois de plus qu’en 2022. Autant d’initiatives qui doivent amener le siège européen à prendre une autre dimension dans les prochaines années. Le site d’Allonzier-la-caille qui compte 240 collaborateurs est envisagé pour concentrer la totalité de l’activité de Pilot en Europe. Une décision qui contribuera à l’atteinte de son objectif de réduction de ses émissions carbone.



