Colas trace sa route dans l’enrobé bas carbone. À Reignier-Ésery (Haute-Savoie), l’entreprise spécialisée dans les travaux publics a fait table rase du passé en démolissant son site d’enrobage Macamix devenu obsolète, 35 ans après sa mise en service. En lieu et place, la filiale du groupe Bouygues a édifié, après quasiment un an de travaux, une usine flambant neuve, inaugurée en juillet dernier. Montant de l’investissement pour ce poste d’enrobage à la pointe ? Huit millions d’euros.
En arrivant, un constat s’impose d’emblée : ni bruit ni poussière. Le sol a en effet été recouvert de bitume et un bardage recouvre l’ensemble du bâtiment. Objectif : limiter les nuisances afin d'accroître l'acceptabilité sociale du site de 13000 mètres carrés auprès des riverains. La capacité de production (80000 tonnes par an) reste, quant à elle, identique. «Mais nous fabriquons différemment», précise à L’Usine Nouvelle Nicolas Briche, responsable industrie pour Colas dans le secteur. Déjà, le procédé se veut plus vertueux au niveau énergétique et environnemental. La zone de stockage du granulat a été couverte pour en réduire l’humidité et ainsi éviter de le surchauffer.
Aussi, la nouvelle calibration de l’installation permet d’introduire jusqu’à 70% de matériaux recyclés dans les enrobés contre à peine 30% auparavant – même si, dans les faits, la fabrication moyenne actuelle tourne plutôt autour de 45% compte tenu des critères restrictifs dans les cahiers des charges des donneurs d’ordre. L’installation comporte d’ailleurs une plateforme de recyclage des matériaux valorisables, destinée autant aux particuliers qu’aux entreprises locales.
Une diversification vers des enrobés bas-carbone
Dans une grande colonne attenante au bâtiment, un espace de stockage d’une capacité de 450 tonnes a été ajouté. L’enrobé produit peut y être conservé une journée. Ce qui évite d’avoir à produire constamment en flux tendu et permet donc une plage de livraison plus large. Enfin, le site expérimente un système en circuit fermé de récupération de la chaleur fatale. Une première en France. «Cela nous permet de réduire notre consommation de gaz naturel d’environ 10%», estime Nicolas Briche. Au-delà de ce processus moins énergivore, le nouveau site permet aussi et surtout de diversifier la production, avec des gammes d’enrobé au moindre impact carbone. L’ancien poste ne pouvait en effet fabriquer que le traditionnel enrobé noir.
Désormais, Macamix est en capacité de fournir deux nouveaux produits de Colas. Le premier, Urbalith, est un revêtement perméable qui peut se poser “à froid”, même dans des zones classées Natura 2000. Le second, Vegecol, est un enrobé clair, afin de limiter le phénomène d’îlot de chaleur dans les zones urbaines, destiné à des voies piétonnes, des pistes cyclables ou des cours d’école. Grâce à son liant végétal et sa température de fabrication abaissée, il affiche une empreinte carbone réduite d’au moins 70% par rapport à un équivalent traditionnel. «Il y avait une vraie demande pour ce type de produit mais on ne savait pas y répondre jusqu’à présent», atteste Olivier Florimond, directeur d’agence chez Colas. L’usine la plus proche qui en fabriquait se trouvait… à Saint-Étienne, soit à plus de 200 kilomètres ! De quoi réduire les circuits d’approvisionnement pour les chantiers de la région et améliorer encore l’impact environnemental.



