Electronique : ce que contient la nouvelle feuille de route de la filière française jusqu'en 2028

La filière électronique française a signé, lundi 7 juillet à Paris, son contrat stratégique avec le gouvernement. Manque de main d’œuvre, concurrence extra-européenne, risque de pénuries… La période 2025 – 2028 couverte par le texte promet son lot de défis.

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Usine Symbiose de Lacroix
Labellisé en 2018 par le Conseil national de l’industrie, le comité stratégique de filière dédié à l’industrie électronique doit aider cette filière stratégique à relever les nombreux défis auxquels elle est confrontée.

La filière électronique française se consolide. Le gouvernement, représenté par Marc Ferracci, ministre chargé de l'Industrie et de l’énergie, et le Comité stratégique de filière des industries électroniques, présidé par Frédérique Le Grevès, présidente de STMicroelectronics France, ont signé el lundi 7 juillet le contrat stratégique de filière à Paris. Celui-ci porte sur la période 2025-2028.

Première priorité du texte : attirer techniciens et ingénieurs. Pour y parvenir, le contrat prévoit, pêle mêle, une contribution de la filière à sa féminisation, la création d'une plateforme d'orientation pour les métiers de l’électronique ou encore à sa participation à l'European chip skills academy – un projet soutenu par l’Union européenne pour développer des compétences adaptées aux besoins de l’industrie en microélectronique.

«Les formations dans l’électronique sont actuellement abandonnées par l’Éducation nationale. Nous manquons de techniciens capables de monter et réparer des cartes ou encore d’assurer la maintenance. Nous manquons également d’ingénieurs, qui préfèrent partir dans les secteurs bancaires ou dans l’assurance», déplore Nicolas Lestienne, directeur général du spécialiste des instruments de mesure Dimelco. Au total, 18000 postes seront à pourvoir dans l'électronique en France d'ici à 2030, selon une estimation dressée dans le cadre du précédent contrat de filière.

Les besoins de techniciens et d’ingénieurs sont notamment criants pour les fabricants de l’électronique tournés vers l’industrie de défense. La volonté de la France et de l’Europe de se réarmer depuis le début de la guerre en Ukraine, renforcée par le risque d’un retrait des États-Unis de l’Otan sous l’administration de Donald Trump, s’est traduite par une hausse des dépenses militaires des Européens à destination de leur tissu industriel. Confrontés notamment au manque de main-d’œuvre, les industriels de l’électronique de défense peinent à suivre le rythme des commandes.

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Un seul syndicat professionnel à partir de septembre

Pour accroître sa force de frappe, la filière compte se rassembler à partir de septembre 2025 autour d’un seul syndicat professionnel. Baptisé «Fédération de l’Électronique Française», celui-ci doit compter 300 à 350 membres à son lancement. Acsiel, pour les composants et équipements de production, Snese pour la sous-traitance, SPDEI pour la distribution et Embedded France pour les systèmes embarqués… Jusqu’ici éclatés en une multitude de syndicats professionnels, les industriels ainsi rassemblés espèrent bénéficier d’une meilleure coordination entre l’amont et l’aval de la chaîne de valeur.

Autre défis pour la filière : développer ses capacités de production dans un contexte de concurrence féroce avec les industriels extra-européens. «Les acteurs chinois, en particulier, bénéficient d’un gros marché local, notamment dans le domaine du véhicule électrique. De plus, leur marché est fortement concurrentiel, ce qui pousse les industriels locaux à apprendre et tester rapidement», observe Arnaud Ponthieux, directeur général du fabricant japonais de composants TDK Electronics, qui possède une usine en Isère.

La marche est élevée pour les usines européennes de l’électronique. Dans la fabrication de semi-conducteurs, un marché dominé par Taïwan, la Corée du Sud et la Chine, la Cour des comptes européenne a tiré la sonnette d’alarme en avril. L’objectif d'atteindre 20% de part de marché européenne dans la production de semi-conducteurs mondiale d'ici à 2030 nécessiterait une multiplication de la capacité de production par 4 dans les cinq prochaines années selon le rapport. L’objectif fixé par le règlement européen baptisé Chips Act demeure «très improbable», selon le rapport.

Cartographie des usines spécialisées dans l’électronique

Au menu, le nouveau contrat de la filière électronique prévoit de dresser une cartographie des besoins en matière de capacités de production en France. Il doit également identifier des innovations visant à économiser les ressources hydriques. La sécheresse historique de 2022 a servi de sonnette d’alarme au secteur. Celle-ci s’est traduite par plus de 600 arrêtés de restriction par les préfets, trois fois plus qu’en 2013, restreignant la production de certains industriels. Côté compétitivité, le texte prévoit la mise à jour d’une feuille de route d'innovations ou encore la création d’un observatoire de l'évolution du marché des composants électroniques.

La filière doit également affronter la morosité du marché automobile. Frédérique Le Grevès, présidente du comité stratégique de filière des industries électroniques, également présidente de STMicroelectronics, connaît bien le sujet. Son entreprise a subi de plein fouet la baisse de la demande automobile en Europe. Le secteur représente 40% de l’activité du fabricant franco-italien de puces. Celui-ci a été amputé de près d’un quart de ses ventes par rapport au premier trimestre 2025. Il compte supprimer environ 1000 postes dans l'Hexagone à horizon 2027, sur les 2800 prévus dans le monde.

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