Échec des négociations avec Renault et Private Assets, pas de reprise pour la Fonderie de Bretagne

Le plan de reprise de la Fonderie de Bretagne tombe à l'eau. Les discussions ont achoppé sur le refus de Renault, premier client de l’équipementier breton, de s’engager sur les parts de marché attribuées à la fonderie jusqu'en 2028 comme le demandait Private Assets, candidat à la reprise. L'entreprise pourrait être placée prochainement en procédure de sauvegarde.

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AFP NE PAS REUTILISER Fonderie de Bretagne
Rassemblement devant la Fonderie de Bretagne le 18 décembre.

Un comité social et économique (CSE) extraordinaire doit se tenir le 6 janvier 2025 à la Fonderie de Bretagne (FDB). Objectif : étudier la situation de l’entreprise après l’échec des négociations, acté vendredi 20 décembre, entre son principal client et ancien propriétaire Renault, et le fonds allemand Private Assets (PA), candidat à la reprise de la fonderie située à Caudan, près de Lorient (Morbihan).

Renault et PA n’ont en effet pas réussi à se mettre d’accord sur les termes de la reprise de FDB. Les discussions ont définitivement achoppé sur le refus de Renault de s’engager sur des volumes de commandes, précisément sur le maintien des parts de marché de ses commandes attribuées à FDB, jusqu’à 2028. FDB et PA le réclamaient pour avoir le temps de se diversifier et sortir de la dépendance commerciale à leur principal client.

Toutes les parties prenantes avaient pourtant consenti des efforts ces derniers jours : outre l’apport de 11 000 tonnes au plan de charge, PA s’était engagé à contribuer à hauteur de 2,9 millions d’euros au financement de FDB et Renault avait mis 5 millions d’euros supplémentaires sur la table, outre les 30 millions déjà en partie versés depuis la cession de FDB par Renault au fonds Callista en 2022. La fonderie promettait, quant à elle, un plan d’économies de 6,3 millions d’euros. L’Etat, premier actionnaire de Renault (15% du capital), soutenait le projet avec 16 millions d’euros et les collectivités locales s’engageaient également pour sauver l’usine fondée par Renault en 1965.

Le financement du plan de reprise était ainsi bouclé. Mais sans engagement sur les commandes de Renault, client quasi hégémonique de FDB (dont 95% de la production sont destinés au constructeur), «la base économique du concept de transformation [de FDB] disparaît», indique PA dans un communiqué. Cela prive FDB de la «visibilité […] nécessaire pour permettre tout projet de reprise industriel», renchérit le Ministère de l’Industrie.

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L’échec des négociations a entraîné une pluie de réactions indignées, pointant Renault comme unique responsable. «La Fonderie de Bretagne [a été] froidement exécutée par Renault Group à la veille de Noël», a dénoncé la direction de FDB dans un communiqué, douchant les derniers espoirs des 300 salariés, après des semaines de lutte. Le constructeur «porte l’écrasante responsabilité de ce drame économique et social», tance le député morbihannais Jean-Michel Jacques (Ensemble !) qui, comme l’autre député Damien Girard (Les Ecologistes) et le président de la Région Bretagne, Loïg Chesnay-Girard, dénonce le «cynisme» du constructeur. L’Etat met, lui, Renault face à ses «responsabilités».

Le constructeur, refusant d’endosser la responsabilité de l’échec s’est, pour sa part, étonné du «désengagement soudain de Private Assets» et rappelé qu’il a «toujours soutenu la FDB via des commandes et la couverture de pertes».

Vers une procédure de sauvegarde

L’avenir de la FDB s’annonce sombre. Depuis le 20 décembre, «certains clients nous ont déjà écrit pour nous demander de récupérer leur outillage», indique Jérôme Dupont, le directeur de FDB à L’Usine Nouvelle. Il craint par ailleurs que les nouveaux clients «pour lesquels on avait élaboré des prototypes, décident de ne pas aller plus loin». Niveau trésorerie, il de dit «serein jusqu’à fin janvier au minimum». D’après le dirigeant, FDB «devrait être placée en procédure de sauvegarde. Pendant cette phase, le tribunal de commerce de Rennes va chercher un repreneur. Or tous les repreneurs sérieux [qui se sont présentés en 2024 après l'annonce du départ de Callista, NDLR] fondaient leur approche sur le maintien de volumes de Renault», note-t-il, désabusé. «Il y aura peut-être des offres sérieuses, mais jamais à la hauteur de celle de Private Assets», croit-il. 

Les syndicalistes veulent rester combattifs. "Là on reprend des forces. Le syndicat se retrouve le 3 janvier pour s'organiser avant le CSE extraordinaire. Il va y avoir la procédure de sauvegarde, on va voir ce que ça va donner mais ça va être compliqué de ne pas se battre", déclare Maël Le Goff, secrétaire général de la CGT FDB.

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