« Inaugurer deux sites de production en même temps, c'est un moment unique dans une vie d'élu », déclare Françoise Tahéri, préfète des Landes. Et l'évènement était tellement unique que DSM-Firmenich a ouvert les portes de ses deux unités implantées à Castets (Landes), le 13 mars dernier. Si le groupe nouvellement fusionné a choisi de réduire la voilure dans la nutrition et la santé animales, c'est tout l'inverse pour la division des parfums et de la beauté. « DSM-Firmenich est un leader dans de nombreux secteurs, et notamment celui de la parfumerie et de la beauté. Nous estimons qu'environ deux milliards de personnes utilisent quotidiennement un produit contenant au moins un de nos ingrédients », expose Emmanuel Butstraen, président de la division Parfumerie & Beauté chez DSM-Firmenich. Et pour assurer ce leadership, le groupe suisse a investi plus de 65 millions d'euros dans la construction de ces deux unités, avec pour objectif de mieux répondre à la demande croissante de produits durables en Europe. Autre objectif du groupe : réduire ses émissions de gaz à effet de serre de scope 3 de 25 %, d'ici à 2030. Ces nouvelles unités devraient participer à la réalisation de cet objectif. « Nous sommes très fiers de ces installations à l'état de l'art », se félicite Emmanuel Butstraen. Avant d'ajouter : « Ces deux usines additionnelles contribuent également de manière significative à nos ambitions en matière de développement durable en réduisant l'empreinte carbone de nos opérations logistiques dans la région, tout en aidant nos clients à atteindre leurs propres objectifs en matière de développement durable en réduisant leurs émissions de scope 3 ».
Une référence européenne
L'une de ces unités est une première européenne. Celle-ci est dédiée à la production d'Habanolide, un musc macrocyclique - oxacyclohexadécèn-2-one - qui fait partie des ingrédients les plus vendus de DSM-Firmenich. « L'Habanolide est l'un des ingrédients préférés de nos clients, car il est non seulement puissant et performant, mais aussi biodégradable, ce qui constitue des facteurs clés de différenciation pour le marché de la parfumerie », raconte Amaury Roquette, directeur général Ingrédients pour la division Parfumerie & Beauté. Pour obtenir cet ingrédient synthétique biodégradable, le chimiste suisse produit tout d'abord un intermédiaire qui est ensuite transformé en Habanolide. Jusqu'ici, la transformation de cet intermédiaire ne se faisait pas en Europe. DSM-Firmenich le produisait et l'envoyait, par la suite, aux États-Unis pour être transformé en Habanolide, avant que celui-ci ne soit rapatrié pour être commercialisé en Europe. « Avec cette nouvelle unité, nous mettons fin au tourisme moléculaire. Nous relocalisons la production d'un de nos ingrédients phares », explique Amaury Roquette. Cette unité, dont la capacité de production n'a pas été dévoilée et qui a bénéficié d'une subvention d'un million d'euros de la région Nouvelle-Aquitaine et du gouvernement français, dans le cadre du plan de relance, permet à DSM-Firmenich d'effectuer l'intégralité des étapes de fabrication. Avec pour effet de baisser ses coûts de production ainsi que ses émissions de GES des scopes 1 et 2. Par ailleurs, « cette unité a été construite, de telle sorte que nous puissions augmenter la production dans le futur. L'objectif est de pouvoir répondre à la demande en Habanolide du marché européen, voire asiatique », pointe Amaury Roquette.
Valoriser les coproduits du pin

- 171.6-0.64
Trim 4 2025
Bois de trituration - Toutes catégoriesBase 100 au 4e trimestre 2011
- 1102.98+6.11
Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
- 120-3.15
Février 2026
Indices des prix internationaux des matières premières importées - Pâte à papier - En eurosBase 100 en 2010
La deuxième unité, baptisée Unité 4 et implantée sur le site de DRT (passé dans le gironde Firmenich en 2019), est dédiée à la production d'ingrédients biosourcés à destination de la parfumerie fine et des cosmétiques. « Cette Unité 4 a un modèle opérationnel vertueux », explique Amaury Roquette. Avant de poursuivre : « Nous transformons des coproduits de l'industrie papetière en ingrédients cosmétiques biosourcés. La vapeur émise au cours de notre production est récupérée et réutilisée pour alimenter notre unité. » Ainsi, l'unité est quasi autosuffisante en vapeur : 90 % de la consommation est assurée par le procédé de production. « L'empreinte carbone de cette unité est très limitée : le travail en circuit court avec une matière première biosourcée et locale est inscrit dans l'ADN de DRT depuis toujours », ajoute Amaury Roquette. Pour finaliser ce projet, DSM Firmenich a reçu un financement de 2,80 M€ de la part de la région Nouvelle-Aquitaine, dans une stratégie de renforcement de la performance industrielle et de l'efficacité énergétique des entreprises. Si, aujourd'hui, cette unité - dont la capacité de production n'a pas été communiquée - possède quatre colonnes à distiller et deux réacteurs, et fonctionne à pleine capacité, « nous pouvons encore augmenter la capacité de production de 50 % », prédit Amaury Roquette.
Mais cet investissement ne sera pas seulement bénéfique à DSM-Firmenich. Comme l'explique le maire de Castets, Philippe Mouhel, « un tel investissement industriel sur le territoire de la communauté de communes est bien plus qu'une simple usine, c'est toute la ville qui en bénéficie ». Pour mener à bien les deux projets, DSM-Firmenich a fait appel à 25 entreprises locales. « Pendant vingt mois, ce sont 90 travailleurs en moyenne par jour qui ont contribué à la réussite de ce programme d'envergure », pointe Emmanuel Butstraen, qui a tenu à remercier les « petites mains du succès ».
Redynamiser le territoire
Et maintenant que les travaux sont achevés, ce sont 27 emplois qui ont été créés sur ce site regroupant 238 salariés. « Lorsque 27 personnes sont recrutées directement, deux à trois fois ce nombre d'emplois sont créés dans la région », explique Amaury Roquette. Et cela fait écho au discours du maire qui souligne l'importance de ce type de projet et de la réindustrialisation pour redonner une dynamique économique et démographique aux territoires. D'ailleurs, la commune de Castets compte sur DSM-Firmenich pour poursuivre ce mouvement. « Nous avons réservé, dans le nouveau PLUI, une surface de 45 hectares pour DSM-Firmenich, sur les 100 ha dédiés aux industries », déclare Philippe Mouhel. De toute évidence, DSM-Firmenich n'a pas fini d'étendre son empreinte, non seulement dans le secteur de la beauté et des parfums, mais également dans les Landes.
De DRT à DSM-Firmenich
La société DRT a vu le jour en 1932. Fondée au cœur des Landes par sept sylviculteurs, cette société avait pour objectif de fabriquer des matières premières issues des dérivés naturels du pin pour les secteurs du caoutchouc, des adhésifs, de la parfumerie et des chewing-gums. Et en 1988, DRT choisit d'implanter à Castets une unité dédiée aux ingrédients de la parfumerie. Avec cette nouvelle installation, DRT affirme son intention de viser un marché stratégique. Cette stratégie de s'implanter au plus près de la matière première a également séduit le chimiste suisse Firmenich qui a construit, sur le même site, une unité en 1995 - dont la mise en service est effectuée en 1998. Ce site produit, dès 2001, la molécule intermédiaire nécessaire à la fabrication de l'Habanolide. En 2018, les deux sociétés distinctes lancent les projets de construction de ces nouvelles unités. En mars 2020, Firmenich et DRT ne font plus qu'un : le Suisse fait l'acquisition du groupe landais. Cette première opération d'envergure (DRT employant alors plus de 1 500 personnes dans le monde et réalisant un chiffre d'affaires annuel de 550 M€) est suivie d'une opération d'un autre acabit en 2022. En effet, Firmenich, qui pesait à ce moment-là 4,2 Mrds € et employait près de 10 000 personnes, fusionne alors avec DSM, un poids lourd de 7,3 Mrds € de chiffre d'affaires pour 18 000 collaborateurs.



