Attendue et redoutée, l’annonce, le 2 avril 2025, du président américain Donald Trump de porter les droits de douane à 20 % sur toutes les importations de l’Union européenne n’en a pas moins provoqué une patente sidération. Un guerre commerciale mondiale brutale et déclenchée unilatéralement (lire l’édito du directeur de la rédaction de l’Usine Nouvelle, Emmanuel Duteil) qui ne peut, de l’avis général, que nuire à l’économie mondiale, européenne, et... américaine.
La situation est quasi-inédite et touche notamment des secteurs stratégiques comme l’automobile, l’aéronautique, la chimie ou encore la cosmétique. Si nul ne peut aujourd'hui en prédire ni l’issue, ni l’ampleur de l'impact sur l’économie mondiale, le dossier de l’Usine Nouvelle consacré au sujet apporte analyses et pistes de réponses.
L'Union européenne prépare en tous cas une riposte en deux temps : une première mi-avril sur les taxes annoncées le 11 mars sur l’acier et l’aluminium et une seconde, fin avril, directement liée à l’offensive commerciale globale déclenchée, avec son sens du spectacle bien connu, par le milliardaire et ancienne star de téléréalité.
Montagne d’incertitude
Par essence mondialisé et découpé en trois grandes zones géographiques (Europe, Asie et Etats-Unis), le marché du plastique constitue une illustration des interdépendances et des conséquences potentiellement désastreuses de cette décision tonitruante (lire également le décryptage de nos confrères d’Emballages Magazine).
Ce, que ce soit sur le front de la production des résines de commodité dont l’Asie accapare une part toujours croissante, sur celui des matériaux techniques et de spécialité sur laquelle a intérêt à se concentrer l’Europe ou sur celui des chaînes d’approvisionnement et des composants... De nombreux produits intégrant polymères ou élastomères sont en effet assemblés aux Etats-Unis mais produits ailleurs sur la planète.
“Une hausse significative des coûts”
Les organisations professionnelles européennes et hexagonales, EuPC et Polyvia, ont, dès le mardi 27 avril, alerté sur la menace directe que pourrait faire peser l’inclusion des matières plastiques dans la liste des produits pouvant faire l’objet de contre-mesures communautaires sur l’industrie de la plasturgie.
Paolo Bochicchio, le directeur général d’EuPC, craint ainsi “une réaction en chaîne de hausses de prix, de réduction de la compétitivité et de pertes d'emplois dans toute l'UE”. De quoi sérieusement compromettre, insiste-t-il, “les objectifs industriels et environnementaux de l'Europe”. Des mesures de rétorsion sur le plastique entraîneraient, abonde Xavier Chastel, directeur général de Polyvia, “une hausse significative des coûts dans l'industrie de transformation des matières plastiques et, par ricochet, dans tous les secteurs d'activités qui utilisent nos produits”.
Le refus d’une escalade qui, de l’industriel au consommateur, ne ferait que des perdants. Avalanche d'interrogations, montagne d’incertitudes, l’industrie de la plasturgie et leurs représentants réservent encore, ce 4 avril, leurs réactions face à des sommets escarpés qui voilent et entachent l'horizon.



