Droits de douane, R&D, réglementation... Le cri d'alarme de l'industrie pharma européenne face à l'offensive américaine

Les industriels déplorent le peu d'incitations à investir en Europe, comparativement aux États-Unis. Selon l’EFPIA, plus d’une centaine de milliards d’euros d’investissements dans l'UE seraient menacés.

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Ursula von der Leyen
Ursula von der Leyen, destinatrice de l'alerte lancée par l'EFPIA, le représentant des industriels du médicament en Europe.

C’est ce que l’on appelleun coup de pression, ou plutôt « un sévère avertissement », selon les termes plus policés de l’EFPIA, l’association représentant les industriels de la pharma en Europe.

Dans une prise de position, l'EFPIA met en garde Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne. Alors que l’Europe s’interroge encore sur la réponse à apporter à la politique économique de Donald Trump, les grands noms de la pharma craignent de voir les investissements se rediriger massivement vers le sol américain. « Les États-Unis ont désormais l’avantage sur l’Europe sur tous les indicateurs, que ce soit sur la disponibilité des capitaux, la propriété intellectuelle, la vitesse d’approbation des médicaments et la valorisation de l’innovation », déplore l’EFPIA.

Si la menace de droits de douane visant l’industrie pharma, « ajoute de l’incertitude », l’organisation critique surtout le peu d'incitations pour investir dans l'UE, en comparaison avec la politique américaine, jugée plus attractive.

Des investissements en chute libre en Europe ?

Pour mieux chiffrer l’ampleur du désamour entre l’UE et les industriels du médicament, l’EFPIA a sondé ses adhérents. En s’appuyant sur les retours de 18 laboratoires internationaux, 85 % des investissements ainsi que 50 % des dépenses de R&D en Europe seraient menacés.

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D’après les calculs de l’EFPIA, sur les 165 milliards d’euros d’investissements prévus jusqu’en 2029 dans toute l’Union européenne, plus d’une centaine pourraient ainsi manquer à l’appel. Sur les trois prochains mois, les entreprises répondantes estiment que 16,5 Mrds € seraient déjà remis en question.

Si la méthode de calcul s'appuie sur du déclaratif, la communication de l’EFPIA intervient alors que les grands laboratoires américains songent à revoir leurs politiques industrielles. Lilly, MSD ou encore J&J ont multiplié les annonces d’investissements aux États-Unis, depuis l’élection de Donald Trump. Pfizer y songe aussi, pour limiter l'effet d'éventuelles barrières douanières.

Relancer la R&D pharma en Europe

Mais l’avertissement de l’EFPIA va au-delà des dépenses sur les sites de production. Pour redonner de l’attractivité à l’Europe, l’organisation appelle à récompenser la R&D et l’innovation, soit à bénéficier de conditions de marché, ou d’accès au marché, plus favorables pour les médicaments de pointe.

Un argument repris en France par le Leem. En mars dernier, l’association des entreprises du médicament déplorait le recul de l’Europe, qui accueillait seulement 19 % des essais cliniques mondiaux, et de la France, troisième derrière l’Espagne et l’Allemagne en nombre d’essais menés. « Les lourdeurs administratives et l’accumulation des réglementations freinent notre compétitivité », regrettait Thierry Hulot, le président du Leem. « Il est impératif d’agir rapidement pour simplifier, accélérer et harmoniser les processus ». Le Leem plaide notamment pour la généralisation de mécanismes dits fast track destinés à accélérer les autorisations pour lancer un essai sur un produit innovant.

La dimension administrative et réglementaire autour de l'industrie pharma apparaît ainsi dans le viseur des représentants industriels. Dans sa liste de doléances, l'EFPIA appelle ainsi à s'assurer de la cohérence entre politiques environnementales et industrielles. 

Quelle sera la réponse de la Commission européenne ? L'UE devra tenter de donner des gages aux industriels, tout en essayant d'éviter une surenchère du locataire de la Maison-Blanche. Lors d’un dîner du parti républicain, Donald Trump a réitéré ses menaces sur le secteur pharma. « Nous allons annoncer très prochainement des droits de douane élevés sur les médicaments », a averti le président américain, prêt à dégainer une arme supplémentaire pour convaincre les laboratoires d'investir aux États-Unis.

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