En arrivant au rond-point en provenance de Tarbes, une fresque du graffeur pyrénéen Enzo résume l’histoire de cette usine ferroviaire rachetée en 2008 par l’espagnol CAF. À l’intérieur se côtoient des bâtisses centenaires dédiées au stockage et des bâtiments flambants neufs, où sont produits les tramways Urbos. Le modèle est une valeur sûre du catalogue de l'entreprise, 1900 véhicules vendus dans 50 villes et 23 pays.
Quand le constructeur ibérique est arrivé, il restait environ 80 salariés, contre 1000 au début des années 80. Aujourd’hui, ils sont 223 et les recrutements continuent. Fin 2025, CAF France prévoit d’atteindre 250 employés. «Pendant trois ans, on ne sortait presque rien, et maintenant le site est plein, il n’y a qu’à regarder le parking» se remémore Alain Picard, directeur général de CAF France. Avec son carnet de commandes, le nombre d’heures travaillées devrait être multiplié par six entre 2017 et 2027. Dans le même temps, les effectifs devraient monter jusqu’à 300 personnes.
Olivier Cognasse Le site pyrénéen de CAF France des bâtiments de différentes époques se cotoient.
L’origine de l’usine pyrénéenne remonte à 1862, mais l’entreprise familiale Soulé a commencé à produire du matériel ferroviaire avant la Première Guerre mondiale. Témoin de ce passé, un bâtiment à l’abandon depuis des années attend sa démolition. D'autres ont été totalement reconstruits, comme le véritable centre d’excellence du site, où deux lignes de production assemblent les voitures des trams.
Des trams pour Montpellier, Marseille, et bientôt Rome
Une première ligne pour Montpellier avec 60 rames à réaliser et une seconde pour Marseille, avec seulement cinq rames à produire, les 10 autres le seront à Saragosse. Par contre, la ligne sera occupée à partir de la fin d’année par le tram de Rome. Une troisième ligne produit actuellement des engins de manœuvre pour la RATP. «La première phase d’assemblage concerne les structures. Nous remontons depuis le sol vers le plafond, explique Anxo Rodriguez, directeur du site. Sur chaque ligne une quarantaine de personnes travaillent pour sortir deux trams par mois.» En sortie de ligne, les trams subissent toute une batterie de tests, à commencer par les essais de câblage à 8000 V pour s’assurer qu’il n’y a pas de fuite. Raison pour laquelle la rame est protégée dans une espèce de cage. Après toute une série de tests, notamment mécaniques, le tram est transbordé vers un autre bâtiment où derniers montages sont effectués, notamment les sièges. Au total, il faut compter 35 jours entre l’arrivée de la caisse en réception et le départ du tram chez le client. La capacité de l’usine est de 250 voitures de tram par an.
Olivier Cognasse Environ 40 personnes travaillent actuellement sur chaque ligne à l'assemblage des trams.
À plein régime jusqu’en 2029
Avec le rachat de Reichshoffen à Alstom en 2022, l’usine du Haut-Adour a été modernisée et adaptée pour produire des trams avec une usine de 40000 m², dont la moitié couverte. Après la rénovation des RER A, et la production d’une partie des futurs Intercités, l’usine a été spécialisée dans les trams et les trains courts (moins de 50 mètres). La France est aujourd’hui le premier pays du constructeur espagnol pour les commandes. Cette année, CAF a remporté l’appel d’offres pour les trams de Tours, de quoi faire tourner l’usine à plein régime jusqu’en 2029, en attendant le résultat d’autres appels d’offres comme celui pour le réseau de Grenoble.
Après la modernisation, il reste un point d’interrogation pour l’avenir : l’absence de liaison ferroviaire. Le sujet de rouvrir la ligne Bagnères – Tarbes est revenu au-devant de l’actualité locale ces dernières années. L’État était prêt à mettre 8 millions d’euros sur les 22 millions nécessaires. Mais en spécialisant le site sur les tramways, le handicap n’existe plus réellement à court terme. Il est assez aisé de transporter les trams par la route. La réouverture de la voie serait surtout un atout à moyen ou long terme pour assurer la pérennité du site et produire d’autres matériels roulants. Mais il n’y a pas urgence.
Olivier Cognasse Le tram de Montpellier, bientôt prêt pour quitter l'usine. Le flocage sera effectué sur place.
À Reichshoffen, CAF réalise les trains régionaux Regiolis, les Intercités Oxygène et a quasiment fini la production des 13 rames du CDG Express. «C’est le seul client pour lequel nous sommes sûrs de ne pas être en retard, ironise le patron de CAF France. Douze rames sont déjà stockées.» En 2022, CAF a investi 75 millions d’euros pour le rachat et continue à investir 8 millions d’euros par an. Avec les 10 millions dédiés à l’usine pyrénéenne, cela fait plus de 100 millions d’euros en quatre ans. «On ne dit pas assez que l’industrie ferroviaire est une industrie forte, revendique Alain Picard, directeur général de CAF France. Il n’y a que deux continents, l’Asie et l’Europe sur ce marché et en Europe, ce sont essentiellement l’Allemagne, l’Espagne et la France qui dominent le marché.» CAF réalise aujourd’hui 4,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires dont 200 millions en France, mais ce chiffre va fortement augmenter avec les commandes en cours.



