La pharma reste en sursis. Alors que Donald Trump a présenté ce mercredi la liste des droits de douane désormais applicables sur les produits entrants aux États-Unis, l’industrie pharma attendait de savoir si elle allait faire partie des secteurs surtaxés. Elle peut souffler, pour le moment.
Une note communiquée par la Maison-Blanche range les produits pharmaceutiques dans la liste des biens épargnés par les tariffs voulus par le président américain. « Certains produits ne seront pas soumis aux droits de douane réciproques », précise ainsi le document, citant les produits pharmaceutiques avec les semi-conducteurs, le cuivre ou encore le bois.
Une production américaine jugée insuffisante
Pour la pharma, le répit pourrait cependant être de courte durée. À plusieurs reprises, le locataire de la Maison-Blanche a fait du secteur une cible de choix. Fin février, il annonçait, à l’occasion d’une conférence de presse à Mar-a-Lago, que l’industrie pharma ferait partie des prochains secteurs d’intérêt, avec le risque de se voir appliquer 25 % de droits de douane. Une menace renouvelée fin mars.
« Nous allons faire des annonces sur les produits pharmaceutiques », a martelé Donald Trump depuis le bureau ovale, en parallèle d’un échange initialement focalisé sur l’industrie automobile, avant de se faire plus cinglant, « nous ne produisons plus rien ici en termes de médicaments ». Bien qu’épargnée par ce premier tour de vis, la pharma pourrait faire l’objet d’annonces spécifiques dans les jours ou semaines à venir.
Les laboratoires essaient d’anticiper
Depuis le début de l’année, les laboratoires cherchent à anticiper ce que sera la future politique américaine en la matière. Ils ont ainsi multiplié les annonces d’investissements sur le territoire américain, vantant les réformes d’attractivité votées lors du premier mandat de Donald Trump.
Lilly, MSD ou encore récemment J&J ont ainsi clamé leur attachement à une production basée aux États-Unis. Des déclarations soutenues par des milliards de dollars injectés dans la production. Et d'autres industriels y songent. Interrogé sur le risque que faisaient peser les droits de douane, Albert Bourla, le p-dg de Pfizer avait indiqué la possibilité d'essayer de les compenser« en transférant des sites de production aux États-Unis ». De quoi envisager une grande migration des usines pharma ? Si la grande majorité des principes actifs sont produits en Inde et en Chine, les droits de douane spécifiques au secteur pourraient surtout viser un pays : l’Irlande.
L’Irlande, terre d’accueil des laboratoires américains
Connu pour être un haut lieu de la production pharmaceutique en Europe, le pays s’est retrouvé à plusieurs reprises sous le feu des critiques du président américain. « Soudainement, l’Irlande a récupéré nos laboratoires pharmaceutiques, cette belle île de cinq millions d’habitants s’est emparée de toute l’industrie pharmaceutique américaine », avait-il épinglé lors de la visite à Washington de Micheál Martin, le premier ministre irlandais, en mars dernier.
En 2023, l'Irlande exportait ainsi pour 92 milliards de dollars de produits pharmaceutiques, selon les chiffres de l’Observatory of Economic Complexity (OEC). Sur ce montant, qui en fait le troisième pays exportateur de médicaments dans le monde, plus de 30 Mrds $ d’exportations étaient destinées aux États-Unis.
Alors que les droits de douane semblent alignés sur l’ampleur du déficit commercial américain par pays, Donald Trump pourrait être tenté de faire payer l’Irlande. « Les médicaments sont largement fabriqués en Chine, beaucoup sont aussi produits en Irlande, l’Irlande a été très intelligente », rappelait récemment le président américain. Reste à savoir si, dans le sillage du bon élève irlandais, les autres pays de l’UE pourraient être concernés par une surtaxe à 25 %. L’industrie devrait connaître son sort, « dans un futur proche, très proche », avait promis Donald Trump, confirmant avoir la pharma dans le viseur.



