Haro sur le charbon. Une quarantaine de pays s’était déjà engagés lors de la COP 26 à Glasgow (Ecosse), en novembre dernier, à abandonner cette ressource d’ici 2030 pour les pays les plus riches et d’ici 2040 pour les plus pauvres - bien que ni les Etats-Unis, ni la Chine, ni l’Inde, ni l’Australie n’en fassent partie. Le Global Energy Monitor, qui répertorie les projets liés aux énergies fossiles, ainsi que divers think tanks et centres de recherche internationaux, dressent un premier bilan de ces engagements dans un rapport publié mardi 26 avril.
On a créé plus de capacités de production qu'on n'en a arrêté en 2021, avec 18,2 GW ajoutés (45 GW de nouvelles capacités charbon ont été inaugurées en 2021 tandis que 26,8 GW ont été arrêtées), après une chute en 2020 liée à la pandémie .Mais le minerai ne semble plus être une valeur sûre puisque la capacité des centrales en cours de développement a diminué de 13% l’an dernier, passant de 525 GW à 457 GW. L’enjeu est de taille, car le charbon est l’énergie fossile la plus polluante au monde.
Global Energy Monitor En raison de la baisse du coût des renouvelables, des ravages environnementaux du charbon et de la mobilisation citoyenne, seuls 34 pays ont encore des projets actifs de nouvelles centrales à charbon, contre 41 en janvier 2021. Les pays signataires de l’accord sur le charbon à Glasgow s’étaient précisément engagés à ne financer aucune nouvelle centrale, à la fois sur leur sol et à l’étranger. 750 centrales disposent maintenant d’une date de démantèlement, soit deux fois plus qu’avant, et seules 170 ne sont concernées par aucun engagement, soit 5% de la flotte en activité seulement. Toutefois, «l’augmentation rapide des nouvelles centrales à charbon en Chine (25,2 GW) efface presque entièrement les arrêts dans les autres pays du monde (25,6 GW) en 2021», souligne le rapport, comme il le faisait déjà dans son édition de l'an passé.
L’avenir incertain des 56 centrales chinoises planifiées à l’étranger
Dans le détail, plus de la moitié des nouvelles centrales à charbon construites dans le monde en 2021 se trouvent en Chine (56%), suivie par l’Inde (14%), les pays d’Asie du Sud-Est, comme l’Indonésie, le Vietnam ou le Cambodge (11%) et 17% dans le reste du monde. Or, les nouvelles centrales chinoises «ont typiquement une durée de vie de 20 à 50 ans et auront un impact à long terme sur la dépendance au charbon», décrit le rapport. L’expansion du charbon dans le pays a été motivée selon les auteurs par un manque d’investissements dans les énergies propres, une gestion du réseau confiée aux régions qui décident seules et des conflits entre gouvernement central et local. Des pénuries de charbon et d’électricité fin 2021, précisément pour tenir les engagements écologistes du pays, ont également poussé le pouvoir à s’appuyer de nouveau sur le charbon.
Global Energy Monitor Le président chinois Xi Jinping a annoncé vouloir atteindre le pic de consommation de charbon dans le pays entre 2026 et 2030, mais «l’industrie du secteur énergétique continue à planifier une expansion des capacités au charbon durant la décennie en cours», rappelle le rapport, ce qui éloigne le monde des critères des accords de Paris jusqu’aux années 2040. La situation est moins claire à l’international, puisque la Chine proposait jusqu’à présent de financer 56 centrales à charbon totalisant 52,8 GW de capacité. Si Xi Jinping a pris l’engagement de ne plus financer de centrales à charbon à l’étranger, nul ne sait si ces 56 centrales, déjà en cours de développement, sont concernées ou non par cette annonce.
Des résistances au charbon de plus en plus importantes en Inde
Deuxième plus gros producteur de charbon au monde, l’Inde a certes augmenté ses capacités de 20% entre 2015 et 2021. Le plan national d’électricité du pays a néanmoins identifié 48 GW de production à arrêter d’ici 2027 et le Premier ministre indien s’est engagé à atteindre le zéro émission d’ici 2070. Les problèmes sanitaires engendrés par le charbon et l’opposition des citoyens représentent la plus grande menace pour les nouvelles constructions envisagées, tel le rapport publié par l’association Fly Ash Watch, qui a mis en lumière l’inaction du gouvernement lors des scandales liés au charbon. En 2021, un tribunal spécial pour l’écologie a ainsi dû remettre en question les permis de construire de plusieurs centrales.
Aux Etats-Unis, troisième pays producteur de ce minerai, les capacités en charbon ont diminué en 2021 pour la deuxième année consécutive. Le président américain Joe Biden, qui a rendu le charbon moins compétitif, souhaite sortir de cette énergie d’ici 2035, mais seule la moitié des capacités américaines dispose pour l’instant d’un planning d’arrêt avant cette date. Plombées par une rentabilité en berne et la compétitivité accrue des énergies renouvelables, les centrales à charbon américaines ne doivent pas pour autant être remplacées par du gaz naturel, avertit le rapport. Les Etats-Unis en sont déjà le premier producteur mondial, et le gaz demeure très polluant.
Le charbon propre, une «distraction» dans la lutte contre le réchauffement
Dans le reste du monde, le fossé est béant entre les pays de l’OCDE, dont 86% n’ont plus aucun nouveau projet en cours lié au charbon, et les pays en développement, notamment en Asie du Sud-Est. «Des projets très significatifs continuent d’exister en Indonésie, au Vietnam et au Laos», établit le rapport. La Turquie demeure une exception au sein de l’OCDE, dont elle représente à elle seule 74% des nouveaux projets, cependant mis en péril par la décision chinoise de ne plus financer de centrales à l’étranger, et par la résistance de sa population.
L’Union européenne et le Royaume-Uni font par ailleurs figure de bons élèves. Un chiffre«record» de 12,9 GW de capacité a en effet été retiré d’Europe en 2021, et 98,4 GW depuis 2010. Seule la Pologne a mis en service une nouvelle unité en 2021. Le Portugal, la Belgique, l’Autriche et la Suède ont même réussi à se libérer complètement du charbon, tandis que la France n’a relevé en 2022 le plafond de production de ses deux dernières centrales à charbon que pour passer l’hiver. 63,6 GW de capacité du continent n’est toutefois couverte par aucun accord, c’est-à-dire la moitié de la capacité de production européenne, notamment en Allemagne et en Pologne. La nouvelle coalition de centre-gauche au pouvoir à Berlin a cependant pris l’engagement de ramener à 2030 son engagement de sortie du charbon, initialement prévu pour 2038.
Global Energy Monitor Le rapport du Global Energy Monitor n’a enfin pas de mots assez forts pour inciter les pays à se détourner du «charbon propre», soit des méthodes de capture et de stockage du gaz nécessaire à l’extraction du minerai. Une «distraction» et de «fausses chimères», condamnent les auteurs, qui ne font que «prolonger la dépendance du monde pour les énergies fossiles». «Un abandon progressif du charbon pour permettre une transition juste vers un système énergétique durable est le seul chemin possible pour arriver à réduire les émissions de gaz carbonique des centrales à charbon», implorent-ils.



