En Auvergne, le champion mondial du pneumatique Michelin promet pour 2050 des pneus composés à 80 % de matières premières durables, recyclées ou biosourcées, contre 30 % aujourd’hui. Sur ces différents leviers de décarbonation, le seul « butadiène biosourcé devrait représenter près de 20 % de cet objectif », avance Florent Menegaux, le président de Michelin. Le monde consomme 12 millions de tonnes par an de ce dérivé du pétrole, dont environ 40 % pour la production de pneumatiques.
Depuis 2012, la société Axens et l’Ifpen, les fers de lance du projet BioButterfly, travaillent avec Michelin à sa substitution par un équivalent biosourcé. « Grâce à de la biomasse issue de déchets végétaux – bois, écorces de riz, feuilles et tiges de maïs –, 4,2 millions de tonnes de copeaux de bois pourraient être intégrés dans les pneus Michelin chaque année », précise le service R & D. Un démonstrateur industriel, construit sur le site Michelin de Bassens (Gironde), a vu le jour en 2020, après plusieurs années d’essais en laboratoire. Un investissement de 70 millions d’euros. À terme, il devrait permettre de produire 100 000 tonnes par an de butadiène biosourcé.
Créée en 1999 à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), Metabolic Explorer utilise la biochimie des bactéries pour créer des alternatives à la pétrochimie. Devenu l’un des leaders de la production d’acides aminés de synthèse et de biopolymères, il affiche un chiffre d’affaires flirtera en 2022 avec les 350 millions d’euros, contre 170 millions en 2021. Parmi les produits phares de cette entreprise de 450 salariés, il y a l’acide glycolique vert, très prisé des industries cosmétique et pharmaceutique. Alors que ses principaux concurrents américains et chinois le fabriquent exclusivement par voie pétrochimique, Metex le produit à partir de sucres issus des amidons de pommes de terre, de maïs, de blé ou de pois. « La première difficulté a été de créer un business model dans le secteur de la propriété intellectuelle. La compétition est acharnée avec la Chine, mais il existe un vrai pôle de compétence en France, décrypte Benjamin Gonzalez, le PDG et fondateur de Metex. Autre difficulté, les temps de développement sont longs, et la R & D réclame beaucoup d’investissements. »
Un plastique sans plastique
La plasturgie accomplit elle aussi sa révolution copernicienne. Depuis 2014, Lactips produit « un plastique sans plastique » à base de caséines, des protéines de lait utilisées dans les peintures, les colles et les cosmétiques. Ce thermoplastique breveté peut être injecté, utilisé comme film sur des machines d’ensachage ou sur toute chaîne de production classique. Les premières applications ont permis de remplacer les films d’alcool polyvinylique des pastilles de détergents. Ce thermoplastique durable, hydrosoluble, industrialisable, imprimable, biodégradable est même comestible. « Cette innovation de rupture est susceptible de répondre à toutes les demandes des secteurs de l’emballage, de la chimie, du textile… », affirme Pierre Vendeville, le directeur industriel de Lactips. Une levée de fonds de 20 millions d’euros et l’entrée au capital du chimiste japonais Mitsubishi Chemical Holdings Corporation ont permis à l’entreprise de 60 salariés d’investir, fin 2021, dans un nouveau site à Saint-Paul-en-Jarez (Loire). L’ambition est de passer d’une capacité de 1500 tonnes de granulés par an à 10000 tonnes. À condition que les habitudes de consommation changent, car les produits biosourcés demeurent plus chers que les autres.

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Mars 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
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Trim 4 2025
Granulés bois producteurs - vrac€/tonne
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Février 2026
Indices des prix internationaux des matières premières importées - Pâte à papier - En eurosBase 100 en 2010
« Les engagements sociétaux du gouvernement et des consommateurs doivent être plus forts », confirme Adrien Wicart, le directeur général de Gilac, une entreprise de l’Ain spécialisée dans les bacs en plastique alimentaire pour l’industrie et la restauration. Gilac a conçu, fabrique et commercialise une vingtaine de produits biosourcés, issus de canne à sucre venue essentiellement d’Amérique du Sud. Avec « une réussite commerciale encore mesurée », reconnaît Adrien Wicart, qui évoque sur ces produits une part de 10 % d’un chiffre d’affaires qu’il ne dévoile pas. « L’accueil de nos clients a été très positif, mais avec des tarifs 20 à 25 % plus élevés, la réalité économique rend le passage à l’acte compliqué. Le consommateur n’est pas encore prêt à basculer », poursuit le directeur de Gilac, qui propose également quatre gammes de produits recyclés.
À Saint-Romain-Lachalm, en Haute-Loire, le spécialiste des films plastiques polyéthylène Leygatech s’est lancé dans les plastiques biosourcés pour des applications alimentaires ou industrielles. « Nous proposons des structures allant de 60 à 85 % de matières issues de bagasse de canne à sucre », assure le PDG Thierry Bonnefoy, qui vient d’investir 12 millions d’euros dans ses deux usines. Sur une production annuelle de 35 000 tonnes, 612 tonnes sont issues de bioressources, majoritairement de déchets végétaux ou de bois, mais aussi de canne à sucre. « Entre 2020 et 2021, notre utilisation de biosourcé a augmenté de 18,5 %. L’objectif est de tendre à une vraie économie circulaire, en développant des monomatériaux recyclables », précise la direction dont la « stratégie R & D est surtout axée sur la recyclabilité des emballages ».
Spécialisée depuis sa création en 1988 dans la formulation et la commercialisation de matériaux destinés à l’appareillage orthopédique externe, la PME drômoise Cop Chimie (3 millions de chiffre d’affaires, 25 collaborateurs) a développé une résine époxy à partir de biomasse, sans bisphénol. Les matériaux biosourcés représentent aujourd’hui un tiers de son volume de production. Implanté à Romans (Drôme), Christian Fabrications, spécialisé dans les articles de fêtes, s’est lancé en 2021 dans la confection d’équipements de protection individuels (EPI) à partir d’amidon de fécule de pomme de terre extrudée. Sourcée en Auvergne-Rhône-Alpes, elle arrive sous la forme de rouleaux dans lesquels sont découpés les tabliers, bavoirs, charlottes, manchettes et autres surchaussures. L’entreprise produit 75 000 pièces par jour et prévoit d’investir dans une nouvelle machine qui va lui permettre de décupler sa capacité de production et donc de baisser les prix. De la formulation aux applications, on assiste à une encourageante diversification !
L'idée biosourcée : Eiffage teste la poix
Une portion de 260 mètres sur l’autoroute A40 près de Chamonix (Haute-Savoie), voie d’accès au tunnel du Mont-Blanc par lequel transitent 10 000 véhicules par jour à près de 1 000 mètres d’altitude ; une bande de 2 km à Saint-Cyr-sur-Menthon, entre Mâcon (Saône-et-Loire) et Bourg-en-Bresse (Ain), sur cette même A40 ; ou encore près de 3 km de piste cyclable dans la Métropole de Lyon... Eiffage infrastructures multiplie les chantiers d’expérimentation de son enrobé végétal Biophalt, qui se substitue au bitume pétro-sourcé. Ce « goudron vert » est composé de poix de tall oil, un liant végétal, et de produits de chaussée recyclés. Mise au point dans son Centre d’études de recherche et de formation de Corbas (Rhône), cette poix est produite industriellement dans son usine Appia liants émulsions (ALE) de Collonges-au-Mont-d’Or (Rhône) à partir de résidus de la sylviculture (pins des Landes) et de l’industrie papetière française. Ce liant biosourcé, conjugué à l’abaissement de la température de fabrication de cet enrobé, permet à son concepteur de tendre vers des chantiers neutres en carbone.

Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle n°3708-3709 - Juillet-Août 2022



