[Présidentielle - 10 propositions à la loupe] La France peut-elle vraiment sortir de l'élevage intensif ?

Alors que le premier tour de l’élection présidentielle approche, l’Usine Nouvelle, décrypte chaque jour une proposition innovante d’un ou plusieurs candidats. La sortie de l'élevage intensif est l'une des mesures phare des candidats de gauche à la présidentielle. Que ce soit Yannick Jadot, Jean-Luc Mélenchon ou encore Philippe Poutou, tous se disent en faveur de l'interdiction des élevages intensifs. Mais quelle est la réalité de l'élevage industriel en France? Quelles pourraient être les conséquences d'une interdiction? 

 

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Maître CoQ élevage poulets
La sortie de l'élevage intensif est une mesure phare des candidats à la primaire écologiste.

La question de la fin de l'élevage intensif est au coeur des propositions des candidats de gauche. Yannick Jadot a été le premier a se positionner sur le sujet. Lors de la primaire de son parti, il n'hésitait pas à expliquer que s'il était élu, l'interdiction de l'élevage industriel serait sa première mesure. Depuis il a été rejoint sur ce sujet par Jean-Luc Mélenchon et Philippe Poutou qui, tous deux, expliquent vouloir en «terminer avec un système d'élevage qui maltraite les animaux comme les salariés». Les candidats reprochent à ce mode d'élevage d'avoir des conséquences sur le bien-être animal, mais également sur l'environnement.

Une enquête conjointe de l'association Les Amis de la Terre et la fondation politique européenne Heinrich Böll Stiftung publiée en septembre 2021, indique que l’élevage de bétail représente 14,5% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, un chiffre en constante augmentation. Mais si l'interdiction de l'élevage intensif se concrétise, elle ne sera pas sans conséquence sur la filière française.

Pas de définition légale de l'elevage intensif

La question de la fin de l'élevage intensif soulève d'abord la problématique de la définition. Comme le souligne Agathe Gignoux, responsable des affaires publiques et juridiques de l'association animaliste CIWF, « il n'y a pas de définition légale de l'élevage intensif ». Pour définir ce concept, l'INAO (Institut national de l'origine et de la qualité) se focalise sur la densité.

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Il considère comme élevage industriel, les systèmes caillebotis ou en grilles intégral dépassant les seuils de 85 000 emplacements pour les poulets, 60 000 pour les poules, 3 000 pour les porcs de production (de plus de 30 kilos) et de 900 pour truies. Des seuils que Greenpeace juge insuffisants, puisque l'ONG définit les fermes-usines comme les établissements de plus de 40 000 emplacements pour les volailles, 2 000 pour les porcs de production et 750 pour les truies.

95% des porcs élevés de manière intensive

De son côté, le CIWF prend également en compte les critères de confinement des animaux et la génétique tournée vers la productivité. Sur la base de ces caractéristiques, le CIWF estime qu'en France, 70% des poulets et 95% des porcs sont élevés de manière intensive.« Ce taux est largement supérieur à celui chez nos voisins européens », déplore Agathe Gignoux. Elle rappelle qu'en Allemagne par exemple, moins de 5% des poules pondeuses sont en cage, contre 36% en France.

En 2018, Greenpeace chiffrait de son côté, à 4 413 fermes-usines en France réparties dans 2 340 communes françaises, notamment en Bretagne. « Les Côtes d’Armor, le Morbihan et le Finistère comptent 1 720 fermes-usines », relève l'ONG. En revanche, certaines filières sortent du lot, comme celles des vaches laitières ou des vaches allaitants. « La France compte de plus petites structures qu'à l'étranger avec un accès au pâturage relativement facile »,constate la responsable du CIWF.

Des améliorations en cours

Ce constat cache également de fortes évolutions au sein de la profession. Le Better Chicken Commitment, sur lequel s'est engagée la totalité des distributeurs français, en est l'exemple.« Tous les distributeurs français se sont engagés d'ici à 2026 à réduire la densité des élevages sous les seuils réglementaires européens, et à élever des souches de croissance dites moyennes », se féliciteAgathe Gignoux. « On peut considérer que d'ici à 2030, une partie non-négligeable de la profession sera en passe de sortir de l'élevage intensif », considère-t-elle.Un chiffre confirmé par un rapport de la chambre d'agriculture des Pays de Loire, qui estime que d'ici à 2030, 60% de la production de volailles françaises pourrait être engagée dans des démarches d'amélioration, soit via les cahiers des charges bio ou label rouge, soit via cet engagement européen. 

Hausse des importations ?

Face à cette perspective, les acteurs de la filière craignent une augmentation des importations. Les importations représentent déjà 39% des volailles consommées en France et 46% des poulets.« La filière agite un chiffon rouge, mais en réalité la majorité des importations proviennent de l'Union européenne, où les pays sont obligés de respecter le même cahier des charges », explique Agathe Gignoux. D'après les données de la filière volaille, 3% des importations de poulets proviennent de pays tiers, et 97% de pays européens.

Les critères européens imposent une limite de densité de 42 kilos au mètre carré. « 56% de poulets élevés dans cette plus grande densité en Europe sont produits en France,  détaille le CIWF. Ce n'est donc pas la concurrence européenne qui les inquiète ».

D'autant plus que les autres pays européens, à l'image de l'Allemagne ou des Pays Bas, ont déjà engagé leur transition. Dernière illustration de cette dynamique: l'interdiction des cages de contention pour les truies décidée cet été Outre-Rhin. Elle sera effective d'ici à 2030. Au total, un plan de 300 millions d'euros a été engagé pour accompagner le bien-être animal et la sortie progressive de l'agriculture intensive. « L'Allemagne est l'illustration que la sortie de l'agriculture intensive peut être une réalité », juge Agathe Gignoux. 

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