La pandémie de Covid-19 a changé la donne pour la division vaccins de Pfizer. Le Comirnaty, développé avec BioNTech, a remis Pfizer sur le trône de la pharmacie mondiale. En 2022, ce seul vaccin a généré 37,8 milliards de dollars (un peu plus de 35 milliards d’euros) de ventes pour le laboratoire américain, sur un chiffre d’affaires total de 100,3 milliards de dollars (93,5 milliards d’euros). Pfizer ne détaille plus les revenus de sa division vaccins. En 2019, avant la pandémie, le chiffre d’affaires était de l’ordre de 6,5 milliards de dollars (6 milliards d’euros). En 2022, hors Comirnaty, les revenus liés aux autres vaccins se portaient aux alentours de 7 milliards de dollars (6,5 milliards d’euros environ), selon les données relevées dans le dernier rapport annuel. Le laboratoire américain ne donne pas non plus de perspective financière pour ses vaccins. En revanche, le pipeline regorge de projets, dont certains pourraient aboutir très vite. Une petite dizaine de mises sur le marché est prévue jusqu’en 2025-2026.
Pfizer mobilisé sur le VRS et la bronchiolite
Le programme le plus avancé concerne un vaccin contre le virus respiratoire syncytial (VRS), dont les bronchiolites à VRS peuvent entraîner de graves complications pulmonaires, en particulier chez les nourrissons. Selon des données mondiales citées par Pfizer, il y aurait chaque année 33 millions de cas de VRS chez les enfants de moins de cinq ans, dont 3 millions d’hospitalisations et 120 000 décès liés à des complications. En France, le laboratoire avance 480 000 cas par an de bronchiolite chez les enfants de moins de deux ans, ainsi que 50 000 hospitalisations en raison du VRS, dont 69% pour des enfants de moins d'un an. Le vaccin de Pfizer, en cours d’enregistrement pour une autorisation de mise sur le marché, permet d’immuniser les femmes enceintes. Lesquelles peuvent ainsi transmettre les anticorps in utero et donner naissance à des bébés protégés dès le premier jour. Selon Lucas Mollo, directeur médical de Pfizer France, ce vaccin maternel pourrait obtenir une «autorisation européenne de mise sur le marché au troisième ou quatrième trimestre 2023».
Une version pour les seniors est aussi en développement pour ce vaccin contre le VRS. Pfizer n’est pas le seul sur le créneau. Le britannique GSK développe aussi un vaccin dit maternel, pour immuniser les enfants dès leur naissance, ainsi qu’une version adulte actuellement en cours d’enregistrement. Le français Sanofi a, en partenariat avec AstraZeneca, obtenu en novembre 2022 une approbation de la Commission européenne pour un anticorps destiné prévenir les infections par le VRS pour les nourrissons.
Pfizer développe en parallèle d’autres vaccins contre certaines maladies pour lesquelles il n’y a pas encore de protection vaccinale. C’est le cas de la maladie de Lyme, avec un programme mené avec la société biotechnologique franco-autrichienne Valneva, entré en phase 3 de développement clinique en 2022. Autre exemple: un vaccin contre les infections à streptocoque du groupe B, entré à l’automne dernier en phase 2 de son développement clinique. Ce vaccin serait aussi administré aux femmes enceintes pour prévenir en particulier des infections néonatales invasives. Pfizer cite 500 cas chaque année en France, et entre 30 et 60 décès.
Les promesses de l'ARNm pour les futurs vaccins
D’autres vaccins sont en phase de développement contre les infections à méningocoque, les maladies pneumococciques, ou encore le clostridium difficile. Pfizer s’appuie sur trois technologies: les vaccins protéiniques, les vaccins conjugués, et désormais l’ARNm. Dans ce dernier domaine, le laboratoire travaille avec BioNTech sur un vaccin contre le zona. Et, surtout, Pfizer développe un vaccin ARNm contre la grippe saisonnière. C’était d’ailleurs, dès 2018, la raison pour laquelle le groupe avait initié une collaboration avec BioNTech, qui a mené dans l’urgence au Comirnaty. Mais le programme grippe reste fortement d’actualité, d’autant que c’est «un marché à énormes volumes », souligne Reda Guiha, le nouveau patron de Pfizer France. Cette technologie dispose de deux avantages: «La vitesse de production et une plus grande pertinence biologique», assure Annaliesa Anderson. La senior vice-présidente et directrice scientifique de la branche R&D Vaccins de Pfizer précise qu’actuellement «la production des vaccins contre la grippe démarre entre février et mars chaque année. Avec l’ARNm, on peut simplifier et démarrer en juin la production».
Ce facteur temps pourrait être déterminant. Quand, pour l’hémisphère nord, les productions actuelles démarrent en début d’année, à partir des recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) sur les souches grippales les plus susceptibles de circuler à l’automne, démarrer la production juste avant l’été permettrait de mieux affiner la connaissance des souches les plus menaçantes et de pouvoir mieux adapter les vaccins saisonniers. Le recours à l’ARNm a ainsi de quoi faire trembler les géants actuels des vaccins contre la grippe, dont le leader mondial du marché, Sanofi, qui lui aussi travaille sur un vaccin grippe ARNm. Autre cible prioritaire de Pfizer dans les vaccins ARNm: développer des vaccins combinés, en premier lieu avec des protections dans la même injection contre la grippe saisonnière et le Covid-19, devenu également une pathologie plutôt saisonnière.
Des capacités de 3 milliards de doses
Sur le plan de la production, Pfizer n’est pas inquiet face à tous ces programmes et lancements prévus. « Nous avons, et de la loin, la plus grosse production au monde », se félicite Reda Guiha. « Avant le Covid-19, Pfizer disposait de capacités de 200 millions de doses par an, aujourd’hui nous sommes à 3 milliards de doses, et nous continuons à augmenter ces productions. Notre plus grand centre se trouve en Europe, à Puurs, en Belgique, ce qui nous garantit un approvisionnement permanent. Lors de la crise Covid il n’y a eu aucune disruption. Chez Pfizer nous ne sommes jamais en rupture de stocks de vaccins ». Aujourd’hui, le laboratoire américain revendique 170 ans d’expérience dans le domaine des vaccins. Une expérience venue en héritage, car le véritable positionnement du groupe dans les vaccins date de l’acquisition du laboratoire Wyeth, en 2009, pour 68 milliards de dollars (63 milliards d’euros environ au cours actuel). Et c’est depuis une réussite et visiblement beaucoup de potentiel.



